Les causes sont multiples: perception de la maladie et du virus, du fait de sa transmission sanguine et sexuelle, déficit d’information sur les questions de transmission, d’efficacité du traitement, pauvreté, interprétation erronée des textes sacrés ou législatifs, auto-exclusion etc… Ainsi, un cercle vicieux de la discrimination peut être mise en évidence. 

Il existe des barrières au niveau communautaire qui vont entrainer des difficultés en terme de prévention :  refus du dépistage du VIH , moindre recours aux services, partage retardé du statut « « je préfère mourir du VIH que de supporter la honte de la séropositivité »… De la même façon, une fois le diagnostic fait, cela va entrainer une moindre adhésion aux services proposés, des arrêts de traitement, l’arrêt du suivi…

Les barrières institutionnelles sont également nombreuses : il n’y a pas ou peu de politique de lutte contre les discriminations, et les agents de santé comme des administrations sont souvent mal formés. Une enquête récente de l’ONUSIDA montre que les HSH évitent les services de soins par peur de discriminations, variable d’un pays à l’autre : 40% au Burkina Faso contre 16% « seulement » au Lesotho.

Les barrières juridiques sont nombreuses, avec notamment la criminalisation de la transmission de VIH, du travail du sexe, de l’usage de drogue, de l’homosexualité. Pour ces derniers, certaines lois vont jusqu’à pénaliser les personnes qui aident les homosexuel(le)s, stigmatisant ainsi également les communautés qui les soutiennent. Une quarantaine de pays limitent encore leur accès aux séropositifs VIH. Les femmes sont très mal protégées par la loi dans certains pays (propriété, héritage, exclusion de la scolarité en cas de grossesse, impossibilité de se faire dépister sans le consentement de l’époux…). Les procédures judiciaires sont exceptionnelles, car elles exposent encore plus les plaignants à la discrimination…

L’ONUSIDA propose 7 programmes-clés pour limiter la stigmatisation:

  • Formations des travailleurs de la santé aux droits de l’homme et à l’éthique médicale. En Côte d’Ivoire par exemple, un document de politique de santé en milieu carcéral a été mis au point et permet un meilleur accès aux soins dans les 34 prisons du pays. Un document à destination des prestataires de soins concernant la santé des HSH a également été produit
  • Programme d’information juridique
  • Programmes visant à fournir de l’assistance juridique
  • Programme de sensibilisation des législateurs et agents d’application de la loi.  En Côte d’Ivoire, une association de travailleuses du sexe a conclu un partenariat avec un commissariat local pour limiter les incarcérations abusives et permettre de disposer de points focaux pour rapporter les violences subies
  • Programmes de surveillance, de réforme des lois, règlements et politiques relatifs au VIH.
  • Programmes de lutte contre la discrimination à l’égard des femmes et des filles dans le contexte du VIH.
  • Programmes visant à réduire la stigmatisation et la discrimination liée au VIH : Engagement des leaders religieux, artistiques, communautaires et célébrités, mesure de la stigmatisation, mobilisation et soutien des pairs, utilisation des médias, discussion et interactions de groupes impliquant des PVVIH.

Une campagne nationale de lutte contre la discrimination a été lancée en Côte d’Ivoire en décembre 2017 pour « positiver » l’image des séropositifs, pour en sortir de l’image du séropositif cadavérique, d’autant plus que la dernière enquête réalisée dans le pays a montré une auto-stigmatisation proche de 50%. Cette campagne vise notamment à positiver l’image des femmes séropositives dans la société.

Ces chronique de l'ICASA 2017 ont été réalisées et publiées en intégralité par Cédric Avrieux sur le site du COREVIH-Bretagne. Nous les republions ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.