Découvertes de séropositivité en France de 2003 à 2016.

François Bourdillon, directeur de Santé publique France, qui présente ces chiffres avec son équipe, souligne néanmoins deux bons chiffres dans ces dernières données, qui concernent donc l’année 2016: une diminution de 5% du nombre des découvertes de séropositivité par rapport à 2013 et une augmentation du nombre de tests de dépistage réalisés, plus 400 000 depuis 2010.

Ces chiffres sont d’aillleurs meilleurs chez les hétérosexuels, qui voient le nombre de découvertes de séropositivité continuer à diminuer depuis 2013, avec -9%, soit 3 200 diagnostiques en 2016. Cette baisse du nombre de découvertes est plus marquée chez les hommes, que chez les femmes.

En 2016, la proportion d’hommes dans les découvertes de séropositivité est de 69%, stable depuis plusieurs années. Au niveau de l’âge, les personnes de moins de 25 ans représentent 11% des découvertes et les personnes de 50 ans et plus, 20%. Un chiffre qui s’est stabilisé après avoir augmenté entre 2003 et 2014, de 13% à 21%.

Les hommes ayant des rapports avec des hommes ( HSH ) et les hétérosexuels nés à l’étranger —dont les 3⁄4 sont nés dans un pays d’Afrique subsaharienne— restent les deux groupes les plus touchés, avec respectivement 44% et 39% des découvertes. Les hétérosexuels nés en France et les usagers de drogues injectables (UDI) représentent respectivement 15% et 1%.

Chez les hétérosexuels, la majorité des découvertes est constituée par les 2300 personnes nées à l’étranger. Il s’agit à 80% de personnes nées en Afrique subsaharienne et à 63% de femmes. Les découvertes à un stade avancé concernent plus particulièrement les hommes que les femmes.

Notons enfin que chez les hétérosexuels né en france, ⅓ des découvertes concernent les plus de 50 ans, et chez les homo-bisexuels, on compte 15% de jeunes (de 15 à 24 ans).

Nombre de découvertes par mode de contamination.

Le chiffre 2016 du nombres de découvertes de séropositivité devra être confirmé dans les mois qui viennent. En effet, le passage d’une déclaration papier à une déclaration en ligne (e-DO) pour la découverte de séropositivité depuis avril 2016 a considérablement réduit les délais de déclaration. Les calculs de redressement des données ont donc été impactés, entrainant une possible légère sur-estimation du chiffre de l'année 2016. Par ailleurs, les biologistes ont été plus nombreux que les médecins à adopter la déclaration électronique, ce qui explique un manque important de données biologiques.

Proportion des infections récentes par âge et mode de contamination.

En 2016, 31% des découvertes de séropositivité concernent des infections récentes (moins de 6 mois avant le diagnostic). Ce qui veut dire que la majorité des personnes mettent au moins 6 mois à découvrir leur séropositivité.

Les hommes gay et bisexuels toujours autant exposés

Diminution des découvertes de séropositivité chez les hétérosexuels mais pas chez les HSH

Alors que d’excellents résultats nous parviennent de ville comme Londres ou San Francisco, le nombre annuel de découverte de séropositivité parmi les hommes ayant des rapports avec des hommes (HSH) ne baisse pas, et ce, depuis des années. Il reste stable avec 2 600 découvertes en 2016, soit 44% de l’ensemble des découvertes. Leur nombre a augmenté jusqu'en 2012, puis s'est stabilisé. Cette stabilité est notamment observée en IdF.

Le nombre de personne bénéficiant de la Prep fin 2016 (environ 3000) est encore trop faible pour avoir un impact sur la dynamique du nombre de contaminations dans la communauté.

Le recours au dépistage est insuffisant dans cette population. Seule la moitié des découvertes en 2016 chez des HSH étaient des diagnostics précoces. D’autre par, la proportion de découvertes au stade avancé de l’infection est de 18%. Ces deux chiffres sont stables sur les dernières années.  

Plus inquiétant, 26% des HSH ayant découvert leur séropositivité en 2016 ont déclaré n’avoir jamais été testés auparavant. Les recommandations pour cette population particulièrement exposée était pourtant au moins un dépistage tous les ans et même désormais tous les 3 mois, selon les nouvelles recommandations 2017 de la Haute autorité de santé.  

L’étude Prévagay, réalisée fin 2015 dans les lieux de convivialité gay de 5 villes de France (Nice, Montpellier, Lyon, Lille et Paris), avait déjà souligné la fréquence trop basse de dépistage, avec seulement 63% des répondants qui avaient réalisé un dépistage du VIH dans les 12 derniers mois.

Les homosexuels et bisexuels nés à l’étranger sont aussi exposés face au VIH. En 2016, ils représentaient 20% des découvertes de séropositivité : 7% nés sur le continent américain, 4% en Afrique subsaharienne, 4% en Europe et 5% ailleurs.

Enfin, la prévalence du VIH chez les HSH afro-caribéens est extrêmement élevée : elle est de 15% chez les homosexuels, et de 2% chez les bisexuels. Ces résultats proviennent de l’AfroBaromètre 2016, une enquête transversale ayant pour objectif de décrire les comportements sexuels et préventifs des populations afro-caribéennes vivant en Île-de-France et de mesurer les prévalences observées des infections VIH et VHB dans ces populations.

Géographie de l’épidémie

Taux de découverte par région en France.

La proportion de résultats positifs parmi les tests réalisés est le plus élevé en Guyane, en Guadeloupe et en Île-de-France. Ainsi, rapporté à la population, le nombre de découvertes de séropositivité est de 607 par million d’habitants en Guyane, de 238 en Guadeloupe et de 206 en Île-de-France. A comparer à un taux de 90 découverte par million d’habitant en moyenne en France. Le taux de découverte en Guyane est donc 10 fois plus élevé que le taux français moyen.

La région Île-de-France concentre 42% des découvertes de séropositivité et les DOM 8%, alors que ces deux régions concentrent respectivement 18% et 3% de la population vivant en France.

Rappelons que le Conseil national du sida et des hépatites virales ( CNS ) a dénoncée à trois reprises depuis 1996 la situation préoccupante dans les départements français d’Amérique depuis plusieurs années. Dans un communiqué publié suite à ces résultats, le CNS rendra dans les prochains mois un Avis suivi de recommandations consacré aux territoires de la Guyane et des Antilles françaises, nourri par un dialogue avec les acteurs locaux. Il entend exprimer «l’urgence d’une réponse déterminée de la France à une situation inacceptable sur une partie de son territoire».

Un nombre important de dépistages mais...

C’est l’un des bons chiffres présenté cette année, le recours au dépistage ne faiblit pas. En 2016, 5,4 millions de sérologies VIH ont été réalisées par les laboratoires d’analyse médicale, de ville ou hospitaliers. Mais comme le dit Gilles Pialoux dans son analyse de ces chiffres, si «la France est toujours l’une des championnes d’Europe du dépistage», il s'agit surtout du «dépistage des séronégatifs».

Nombre de sérologie réalisées.

Léger recul des tests rapides (ou TROD, pour test rapide d’orientation au dépistage), puisque 56300 ont été réalisés, contre 62000 l’année dernière). La proportion de TROD positifs reste élevée. Ces tests rapides touchent toujours les populations les plus exposées au VIH (32 % d’HSH et 31 % de migrants en 2016).

Parallèlement, Santé publique France estime que 75 000 ont été vendus en pharmacie en 2016, sans qu’il soit possible de savoir quelle population en a bénéficié. Le nombre de TROD communautaires et de ventes d’autotests reste marginal par rapport à l’activité de dépistage réalisée en laboratoires.

… des dépistages encore trop tardifs et...

Proportion de diagnostics précoces et tardifs.

Alors que, rappelons-le, une infection dépistée et traité précocement permet aux personnes vivant avec le VIH de bénéficier d’une qualité de vie comparable à celle de la population générale, une proportion bien trop importante des dépistages restent tardifs, à 27%, sans qu’on constate une diminution depuis 2013. La moitié des diagnostiques à un stade avancé concerne les hétérosexuels nés à l’étranger. Chez les HSH, au contraire, cette proportion est plus faible, à 18%. Et la proportion de diagnostics à un stade avancé est toujours plus élevée chez les UDI: 43% de diagnostics dans cette population a lieu à un stade avancé en 2016.

Un diagnostic est considéré tardif, ou au stade avancé quand il y a un diagnostic au stade sida, ou lorsque les CD4+ sont inférieurs à 200/mm3, hors primo-infection . A l’inverse, un diagnostic est considéré comme précoce lorsqu’il est réalisé stade de primo-infection, ou quand le nombre de CD4+ est supérieur à 500/mm3, hors stade sida.

La proportion de diagnostics précoces est stable depuis plusieurs années. En 2016, 37% des séropositivités VIH ont été découvertes à un stade précoce. On estime à environ 25 000 le nombre de personnes qui ignorent qu'elles vivent avec le virus, et c'est cette épidémie cachée qui entretient en grande partie l'épidémie.

… le nombre globale des dépistages chez les personnes exposées reste trop faible

Antécédent de sérologie VIH

Un autre chiffre qui confirme l’importance de renforcer le recours au dépistage: chez 43% des personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2016, il s’agissait seulement du premier de dépistage de la personne de la personne (un chiffre là encore stable depuis 2013).

Chez les hommes homosexuels et bisexuels, seuls 31% avait fait une dépistage dans l’année précédent la découverte, comme le recommandait la Haute autorité de santé.

Dans la population afro-caribéenne également, le recours au dépistage apparaît insuffisant Concernant l’infection par le VIH, 40% des personnes atteintes ignoraient leur statut.

D’ailleurs, dans cette optique, l’association Afrique Avenir a inauguré sa nouvelle unité mobile de dépistage du VIH et de promotion de la santé en présence d’Anne Souyris, adjointe à la Maire de Paris chargée de la santé, le mercredi 29 novembre 2017, à la sortie du métro Marcadet Poissonniers, à Paris. L’association a obtenu un soutien financier de l’initiative «Vers Paris sans sida».

Les cas de sida, de moins en moins nombreux

Nombre de cas de sida en France

Enfin, pour finir, notons que les cas des diagnostics de sida chez les personnes vivant avec le VIH sont en diminution constante depuis l’apparition des multithérapies. En 2016, on comptait 900 cas de sida en France, concernant pour la plupart des personnes qui n’avaient pas reçu de traitement à temps, souvent parce qu’elles n’avaient pas été dépistées.

On l’aura compris, la fin du VIH ne sera envisageable que si le recours au dépistage dans les populations exposées est renforcé de manière exponentielle et c’est d’ailleurs l’objet de la campagne 2017 de Santé publique France.

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