Le lieu? Paris. S’il est si rare de voir une conférence mondiale sise à Paris, le lieu, fait doublement sens:

1) l’histoires  de l’épidémie a suivi, en effet, une grand partie de l’histoire post coloniale de la France et son apport à été crucial, de la découverte nobélisée du virus en passant par les apports de la recherche française de Temprano à Ipergay, comme l’ont précisé, à leur façon, Jean-François Delfraissy (Co-chair) et la Ministre, Agnès Buzyn, en baptême du feu;

2) A une encablure des champs Elysées  au delà des attaques d’une autre violence, le lieu est chargé d’actualités: outre l’arrivée du Tour de France, l’avenue accueillait il y a peu les Présidents Trump et Macron pour une fête nationale dont on espère qu’elle fut l’occasion aussi d’aborder les questions de financement internationale de la lutte contre le sida , du PePfar à la participation de la France au Fonds mondial tout deux à risque inflationniste. ET comme l’a dit Jean-François Delfraissy : «il faut redire l’importance de la stratégie de financement de la science pour gagner face aux maladies (…) vraiment pour gagner, pour gagner la guerre » (en Français dans le texte devant 6000 congressistes réunis dans la grade salle du Palais des Congrés ). 

Des chiffres? L’objectif fixé par l’Onusida au niveau mondial est d’atteindre en 2020 les «3 fois 90,  soit 90-90-90»: que 90% des personnes vivant avec le VIH soient diagnostiquées, que 90% des personnes diagnostiquées soient sous traitement antirétroviral (ARV) et que 90% des personnes sous traitement aient une virémie contrôlée. En filigrane l’espoir d’éliminer toute nouvelle infection en 2030. Selon le dernier rapport ONUSIDA,  sept pays ont déjà réalisé les cibles 90/90/90:  Le Botswana, le Cambodge, le Danemark, l’Islande, Singapour, la Suède et le Royaume Uni… Mais pas la France qui satisfait déjà plus ou moins aux deux derniers objectifs, mais qui pèche sur le premier, celui de 90% de personnes vivant avec le VIH connaissant leur statut, qui reste à atteindre (il est d'environ 75% aujourd'hui compte tenu de l’épidémie cachée). Et au niveau mondial, en 2016, plus des deux tiers (70%) des personnes porteuses du VIH connaissaient leur séropositivité; 77% d’entre elles avaient accès au traitement, et 82% des personnes sous traitement avaient une charge virale indétectable, protégeant aidant à la prévention de la transmission du virus par effet TasP .

Un leitmotiv? «Pas de fin du VIH sans la recherche et pas de recherche sans des investissements pérennes » comme explicité dans le discours de Jean-François Delfraissy et comme figurant dans la Déclaration de Paris en marge du congrès de l’IAS. Ce que le Président de l’ONUSIDA n’a cessé de déclarer en conférence de presse : « plus de 80% des nouvelles infections se produisent dans ces communautés », rappelle Michel Sibidé, son directeur exécutif (…) Et de rappeler que « L’argent sauve des vies ». Sentence à laquelle répond en écho le point 1 de la déclaration de Paris Communautaire : « Reconnaître que l’épidémie à VIH ne prendra pas fin tant que les populations les plus exposées resteront criminalisées, discriminées, rejetées, arrêtées, emprisonnées ou encore tuées, et de se mobiliser pour que les droits de ces populations soient reconnus et respectés par l’ensemble des organisations et gouvernements, au niveau international, régional et national. »

Un chouchou pour le Comité de Sélection des abstracts?  La PrEP assurément : 83 abstracts retenus ! Sans compter les sessions de «non commercial sattelite «, les sympos associatifs et un symposium de l’OMS le dimanche. 

Une absence? Celle du Président Macron pourtant omniprésent sur nombre de combats internationaux. Absence que n’a pu effacer la Ministre dont le discours s’est fait devant des pancartes « Shame Macron ». Des associations1 devraient être néanmoins reçu ce lundi par le Président après leur plainte publique, se référant notamment à la conférence qui s'est tenue en 2003, sous la présidence Chirac, et où la France était perçue comme "la locomotive" du Fond mondial de lutte contre le VIH tout juste créé.

Un visage et un combat? Ceux, si élégants, de Giovanna Rincon,  Directrice de AcceptessT, en plénière d’ouverture, en tant que représentante de la part  T du combat LGBT, figure de proue de ceux et celles qui veulent lutter pour que les Trans ne soit pas dans le 30/30/30 à l’échelle mondiale. En rappelant des chiffres marquant : l'espérance de vie des transgenres H/F est de 35 ans, et leur risque de s'infecter par le VIH 50 fois plus élevé que dans la population générale (S. Baral Lancet 2016).  Et de réclamer «un égal accès au traitement pour les populations clé». Giovanna souhaite qu’un autre 90 soit rajouté à l’emblématique enjeu d’ONUSIDA : celui des 90 % d’accès aux droits élémentaires. Giovanna pour qui «ne rien faire pour nous et sans nous, c'est faire contre nous». Et pour laquelle la La déclaration de Paris doit être «appliquée et comprise par toutes et tous». Du brut d’espoir dans un passé souvent rempli de désespoirs. 

Des tendances? Certaines se dessinent clairement. La guérison fonctionnelle est bien plus abordable scientifiquement que le « cure» . A l’instar du premier scoop de cette conférence, celui d’un bébé sud-Africain dont le diagnostic du VIH a été confirmé par PCR VIH-ADN + à l'âge de 32 jours et aux jours 39 et 60. Les ARV ont été commencé à l'âge de 8,7 semaines et interrompus à 40 semaines après la randomisation de l’essai CHER.  La charge virale était <20 copies / ml après l'interruption. Au cours du suivi ultérieur, VL 6 mois a également été < 20 copies/ml. À 9,5 ans, l'enfant était cliniquement asymptomatique avec CD4 802 cellules / μl, la PCR d'ADN qualitative a été négative. L'anticorps contre le VIH par ELISA était négatif mais était faiblement réactif mais avec des réponses en p40 et p24 sur le Western blot. Un bébé Visonti en quelque sorte, cette fois sur le continent africain. Tout le monde gardant en mémoire la résurgence virale chez le Bébé du Mississipi. 

Une direction  pour les ARV?  Celle des nouvelles molécules qui s’installent (TAF tenofovir, Bictegravir..), les nouvelles galéniques qui arrivent à maturité comme dans Latte-2 (Cabotegravir, Rilpivirine), les nouvelles associations de bithérapie antirétrovirale qui est une alternative à l’allègement 4 jours sur 7 (ANRS-4D) : ( ACTG 5353, ANRS-MOBIDIC, ou Dolulam pour 3TC/Doltutegravir)  

Et déjà un acronyme qui fera date :  ABCD  avec l’intervention de Sheena McCormack sur la PrEP : «  Adding D to the ABC : putting the Drugs in the ABC of prevention ». Un clin d’œil à un autre acronyme rappelé par Esther Duflo, ex-conseillère de Barack Obama pour les questions économiques : le le principe de "ABCD" (Abstain, Be Faithul, use a Concom or you Die) très prégnants sur le continent africain et aux Etats-Unis ou certaines églises, très impliquées dans l'éducation, l’on transformé en ABD (Abstiens toi, soit fidèle ou tu meurs). Ce combat là, comme le sida n’est donc pas fini.

Gilles Pialoux et l'équipe du e-journal, Jean-Philippe Madiou, Guillaume Gras et Valérie Martinez, couvrent à Paris la 9e conférence de l'IAS, du 23 au 26 juillet 2017.  

  • 1. Act Up-Paris, AIDES, Coalition PLUS, Action Santé Mondiale (GHA), le Planning familial, Sidaction et Solthis