Cette initiative est composée d'un numéro d’appel d’urgence, d'un numéro anonyme sur la messagerie WhatsApp et d'un groupe de discussion sur Facebook.  Elle est destinée à gérer les situations qui requièrent une prise en charge immédiate: sur-dosage, surconsommation, état de mal-être physique ou psychologique (bad trip, angoisse, descente), prise de risques à VIH ou hépatites, modification et altération du comportement préventif, sentiment d’isolement, interactions entre les produits psychoactifs et les traitements à VIH, conséquences délétères de la consommation sur la santé, l’environnement familial, social et professionnel, etc.

Chemsex urgence AIDES

  • Un numéro d’appel d’urgence : 01 77 93 97 77

  • Une offre anonyme via l’application WhatsApp : 07 62 93 22 29

  • Une groupe fermé Facebook dédiée au Chemsex : Info Chemsex (by AIDES)

Selon Fred Bladou, qui s'occupe de la prise en charge en addictologie communautaire à Aides, ces trois médias permettent d'apporter des réponses rapides dans des situations d'urgence. «Nous savions que la demande était là, l'explosion du nombre d'inscription au groupe Facebook en est la preuve, nous avons ajouté plus de 170 personnes de toute la France, et pas seulement de Paris.» La ligne d'appel, elle aussi, commence à recevoir quelques appels suite au dossier spécial publié par Libération le 13 juin 2017, de personnes usagères ou même de proches, qui s'inquiètent de l'isolement de leurs amis

De son côté, la messagerie Whatsapp, dont les échanges sont cryptés de bout en bout, est également très appréciée par les premiers usagers, qui, selon Fred Bladou, «sont rassurés par l'anonymat dans un contexte d'utilisation de drogues illégales».

Ni professionnels de la médecine, ni psychologues, ni addictologues, les 3 millitants écoutants sont des acteurs communautaires formés à l'écoute dans le respect de l’anonymat, la confidentialité et le non-jugement des pratiques d’usages de produits ou sexuelles.

La prise de drogue en contexte sexuel

Dans un dossier spécial, Libération rappelle ce qu'est le chemsex : «Cette pratique à risques où le sexe est associé à la prise de drogues - GHB, méthamphétamines ou cathinones, etc. - s’est démocratisée depuis une dizaine d’années avec l’apparition des applications de rencontres gays géolocalisées comme Grindr ou Scruff, et de nouveaux produits de synthèse accessibles à bas coût sur Internet. Elle procure, selon ceux qui la pratiquent, un plaisir sexuel plus important et plus intense.»

L'article souligne également l'augmentation récente des décès liés à cet usage de drogue : «Depuis deux ou trois ans, les décès de chemsexeurs, en particulier des slameurs, se sont banalisés ; ces derniers mois, des photos de leurs visages s’accumulent sur les pages Facebook de leurs proches, formant un mausolée numérique qui bouleverse la communauté gay. Certaines de ces morts sont attribuées à une surdose mortelle, un accident ou un arrêt cardiaque après un mauvais mélange. D’autres à des tentatives de suicide à cause d’un mal-être plus général «même s’il est toujours difficile de faire le lien entre un décès, un contexte et une pratique», précise Anne Batisse, pharmacienne du Centre d’évaluation et d’information sur les pharmacodépendances (CEIP) de Paris, rattaché à l’hôpital Fernand-Widal.»

Si un dossier sur le sujet dans un grand quotidien national est nécessaire pour sensibiliser le plus de monde possible à la question, rappelons que les associations et les professionnels de santé parlent des problèmes liés à l’usage de drogue en contexte sexuel depuis le début des années 2000. Ainsi, dans le numéro de Swaps sur le Slam —le chemsex version injection— daté du 2nd trimestre 2012, l’addictologue Philippe Batel expliquait que «depuis une dizaine d’années, des dérivés de la cathinone, l’un des principes psychoactifs du khat (une plante cultivée au Yémen et en Afrique de l’Est), sont apparus sur le marché des drogues récréatives». Le médecin concluait déjà qu’«en absence d’enquête épidémiologique, il est bien difficile à l’heure actuelle d’apprécier l’ampleur du phénomène d’injection de cathinones chez les HSH . La rapidité de croissance du nombre de patients en difficulté avec cette pratique est toutefois inquiétante. L’addictogénicité de certains produits comme le 4-MEC semble très élevée; un patient a décrit une session de 72 injections consécutives en 48 heures. Les risques de contamination aux IST , VHC et VIH sont très importants et rarement appréhendés par les utilisateurs».

Le chemsex et les problèmes qui peuvent en découler représente en effet un véritable défi pour les associations et le personnel soignant. Les usagers sont souvent des personnes qui ne se voient pas comme des usagers de drogue, elles ne sont pas sensibilisées à la problématique et aux techniques de l’injection et n’ont souvent pas de connaissances en réduction des risques en matière de drogues. Aujourd’hui encore, il reste peu de lieux d’accueil pour ce public, qui reste ainsi maintenu dans son isolement.

Parallèlement, les drogues consommées sont extrêmement addictogènes, de nouvelles molécules apparaissent régulièrement et il est extrêmement facile de se les procurer sur internet.

Trop peu de données

Aujourd’hui encore, comme Libération le rappelle, les chiffres dont disposent les associations et les autorités sanitaires restent toutefois insuffisants pour mesurer correctement l’ampleur du phénomène : «Dans un rapport destiné à l’Agence nationale de sécurité du médicament, les CEIP de Paris et de Montpellier ont d’ailleurs rapporté cinq décès de slameurs sur 51 cas observés entre 2008 et 2013. Ce chiffre semble toutefois sous-estimé puisqu’à Paris, sur les 24 morts par overdose “toutes drogues confondues“ recensées par la brigade des stups en 2016, au moins un quart l’ont été en contexte sexuel.»

Toujours dans les colonnes de Libération, Philippe Batel témoigne, dans sa pratique, d'un grand nombre de personne suivies depuis 2010 : «Près de 200. A l’hôpital Beaujon puis dans un établissement privé que je viens de quitter. Avec Aides, le 190, les CoreVIH, le Réseau de prévention des addictions (Respadd), les Services des maladies infectieuses et tropicales (Smit) et les services d’addictologie de l’AP-HP nous avons mis en place un réseau informel.»

Des actions locales nécessaires

Le clinicien pense qu'il faut aller plus loin que cette initiative: «Créer au plus vite un dispositif inspiré du modèle londonien. Une coordination allant d’une prévention de terrain à des centres spécifiques d’évaluations et de soins avec un hôpital de jour et de week-end et une articulation avec des soins de suite et de réadaptation (SSR). L’AP-HP devrait jouer un rôle central et expérimental dans ce dispositif.»

L'association Aides milite pour la mise en place d'actions locales, comme celles réalisées par Aides en Occitanie et son responsable, Cyril Martin: «Dans le Sud, près de Nîmes, la branche locale de son association mène à ce jour l’action la plus innovante pour limiter la casse, à savoir des interventions depuis novembre dans une grosse (chem)sex party régulière où des militants formés à la réduction des risques réalisent des entretiens et tests de dépistage rapide, voire distribuent tout le matériel nécessaire aux dizaines de participants. Cette initiative a permis de dépister des infections au VIH et au virus de l’hépatite C (VHC), et d’orienter les chemsexeurs vers des professionnels de santé.»

Dans une chronique publiée le même jour dans le quotidien, Aurélien Beaucamp, Président de Aides «appelle les autorités de santé à soutenir la mise en place de programmes expérimentaux pluridisciplinaires». «Nous refusons de céder à la panique ou de compter nos morts sans agir, déclare-t-il. Nous sommes face à une crise sanitaire, nous en appelons à la solidarité. En s’inspirant de la mobilisation des LGBT face à l’épidémie de VIH, il est vital de construire avec les gays des réponses adaptées, à l’image des cliniques de santé communautaire. Il nous faut briser l’isolement, nous parler, répondre par la bienveillance et l’empathie. Nous devons sortir de l’enfermement des applis de rencontre, nous interroger sur nos sexualités, nos usages.»

La conférence de l’Internation Aids Sociaty (IAS), qui se tiendra à Paris fin juillet, sera l’occasion de poursuivre la discussion, avec entre autre une communication très attendue de l’équipe de Bruno Spire pour le compte de IPERGAY ANRS sur l’impact de la consommation de drogues et notamment du slam sur les prises de risques par rapport aux VIH/IST et l’observance de la Prep .1  

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  • 1. Is on-demand HIV pre-exposure prophylaxis (PrEP) a suitable tool for men who have sex with men (MSM) who participate in chemsex? Results from a sub-study of the ANRS-IPERGAY trial
    Roux P, Fressard L, Suzan-Monti M, Chas J, Capitant C, Meyer L, Tremblay C, Molina JM, Pialoux G, Spire B.