La création des CeGIDD était attendu depuis de nombreuses années et répond à une logique de rationalisation de mise au service des populations nécessaire compte tenu du manque de lisibilité de l’offre de santé sexuelle en France.

Outre les fonctions de dépistage et de soin, les CeGIDD se sont vus attribué la réalisation d'actions hors les murs en direction des publics cibles pour l'information, la prévention, et le dépistage, le conseil et expertise auprès des professionnels locaux, l’information et éducation à la sexualité, l’information sur la grossesse et orientation pour sa prise en charge, la prévention des grossesses non désirées notamment par la prescription de contraception y compris la contraception d'urgence et la délivrance de celle-ci dans certaines situations d'urgence sanitaire ou sociale, l'orientation des demandes d'interruption volontaire de grossesse vers une structure de santé ou un professionnel compétent et la prévention et détection des violences sexuelles ou des violences liées à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre, des troubles et dysfonctions sexuels, par la proposition d'une orientation vers une prise en charge adéquate.

S’ils veulent mener à bien ces missions, ils se doivent de faire le diagnostic local des problèmes liés à la santé sexuelle sur leur territoire, de répertorier les structures et associations en capacité de remplir certaines des fonctions demandées, de se mettre en lien avec elles et de favoriser la communication et la coopération avec ces structures.

Cette compétence doit s’exercer sur leur territoire de référence mais ils n’ont pas vocation à coordonner les actions de promotion et de prévention ou l’offre de santé sexuelle au niveau régional. Cette coordination est laissée à l’appréciation de l’ARS qui peut si elle le souhaite la confier au COREVIH dont une des missions est de favoriser la coordination du dépistage, de la prévention et de l'éducation pour la santé, de l'action sociale et médico-sociale, ainsi que des associations de malades ou d'usagers du système de santé dans le domaine de l’infection par la VIH. Sauf à construire un mur entre le VIH et le reste de la santé sexuelle, il n’y a pas lieu de dissocier l’action des CeGIDD sur un territoire de référence et celle des COREVIHs sur le territoire régional.

Les ARS qui ne confient pas la coordination des CeGIDD aux COREVIHs pour la composante régionale leurs retirent donc de facto la mission de coordination de la promotion et de prévention du VIH puisque celle –ci revient aux CeGIDDs sur leur territoire de référence, faisant fi des éventuels overlaps sur certaines zones couvertes par 2 ou plusieurs CeGIDD.

A cette incohérence de structure s’ajoutent un certain nombre de données qui peuvent avoir une influence sur le choix des pouvoirs publics de favoriser ou pas la prévention dans le domaine du VIH.

Les derniers chiffrent de l’épidémiologie qui tendent à montrer que trois régions (Ile de France, PACA et Rhône Alpes) cumulent plus de 50% des nouvelles infections survenues en 2013 jettent un voile pudique sur la situation dans le reste de la France metropolitaine.

L’Ile de France prend l’initiative judicieuse mais isolée de se lancer dans la bataille du 90–90–90 qui devrait être une bataille généralisée et non circonscrite à une région ou beaucoup de résidents sont de passage.

Ces éléments s’ils sont pris en compte par des ARS de régions moins touchées seront des arguments forts pour ne pas juger nécessaire de déployer la stratégie nationale de santé sexuelle mais surtout de ne pas favoriser la lutte contre le VIH dans des territoires moins impactés. Dans ce contexte, n’est-ce pas pour les COREVIHs de province que sonne le glas ?