C’est bien lors du deuxième jour que les tendances dessinées à la lecture du programme se confrontent au concept de réalité. On sait depuis Gaston Bachelard combien la progression de la connaissance scientifique n’est pas un phénomène linéaire. Et qu’il faut savoir revenir sur les données produites, contrôler et critiquer ses propres certitudes.

S’agissant du troisième volet de la saga «Cure», celle de la guérison fonctionnelle et de la vidange des réservoirs, force est de constater après la session 0-2 Orale, que le verre est, pour l’heure, au quart plein. Voire totalement vide. En atteste les premières études de l’anti PD-1 (prononcez anti Pi Di One, sinon …) en escalade de doses ((#25) pour 8 patients à charge virale contrôlée depuis plus de deux ans et ayant plus de 350 CD4 (6 avec principe « actif » deux avec placebo ). Par comparaison au placebo les auteurs, représentés par Joseph J Eron (Caroline du Nord) n’observent une augmentation de la réponse CD8 que chez 2 volontaires surs 6. Et ce sans effet sur la virémie cellulaire ou sur le DNA viral. Même constat avec l’absence d’effet probant de l’association Vacc-4x/Gm-Csf (un immunogène spécifique censé boosté la réponse anti P24)  + Romidepsine (un médicament anti-tumoral efficace dans es Lymphomes T) (#26LB). s’il existe bien un léger déclin dans la taille du réservoir (-40%) on n’observe aucun impact sur le rebond viral après arrêt des antirétroviraux. De quoi retourner vers les « basic science ».

Quel efficacité pour l'anneau vaginal?

Très attendu aussi les résultats des deux essais ASPIRE (MTN 020) et de The Ring Sud (IPM 027) qui testent l’efficacité de l’anneau vaginal à base de dapivirine attendus pour mercredi 24 février en session orale 0-9. Pourtant les chercheurs ont communiqué les résultats de ces deux essais durant une conférence de presse. Suite à la publication par le New England journal of medicine, daté du lundi 22 février des résulats de ASPIRE1. L’étude ASPIRE visait à déterminer si le dispositif expérimental antirétroviral dapivirine pourrait sûre et efficace à prévenir l'infection du VIH lorsqu'il est libéré en continu dans le vagin d'un anneau en silicone remplacé une fois toutes les 4 semaines . L'étude , qui a débuté en 2012 , a inclus plus de 2600 femmes âgées de 18 à 45 ans qui présentaient un risque élevé d'infection à VIH dans 15 sites au Malawi , en Afrique du Sud, en Ouganda et au Zimbabwe. Les femmes ont été réparties au hasard pour recevoir soit le vaginal ring de dapivirine ou un anneau de placebo.

Parmi les 2629 participantes, 168 infections VIH-1 se sont produites : 71 dans le groupe de dapivirine et 97 dans le groupe placebo (incidence : 3,3 et 4,5 pour 100 personnes-années, respectivement). L'incidence de l'infection par le VIH-1 dans le groupe dapivirine était  diminuée de 27 % (95% intervalle de confiance [ IC] , de 1 à 46; p = 0,05 ) que dans le groupe placebo. Dans une analyse qui exclut les données de deux sites qui avaient réduit les taux de rétention et le respect , l'incidence de l' infection VIH-1 dans le groupe de dapivirine était inférieur de 37% (IC 95% , 12 à 56 ; P = 0,007 ) que dans le groupe placebo . Dans une analyse post hoc , des taux plus élevés de VIH - 1 de protection ont été observés chez les femmes âgées de plus de 21 ans (56 % ; IC à 95% , 31 à 71 ; P <0,001 ) , mais pas chez ceux de 21 ans ou moins (-27% ; IC à 95% , de -133 à 31 ; P = 0,45) , une différence qui a été corrélée avec un niveau d’adhérence réduit. Les taux d' incidence des effets indésirables et la résistance aux antirétroviraux chez les femmes qui ont contracté le VIH-1 infection étaient similaires dans les deux groupes. Des résultats décevants à l’heure ou la Prep Orale continue ou «à la demande» (Ipergay-Anrs et Proud) affichent un niveau de réduction des risques de 86 % avec une bonne supérieure de l’intervalle de confiance à 99%!

Résultats de l'incidence sur 15 sites d'analyse

Incidence cumulée de l'infection au VIH-1 dans 2 analyses.

Cela ne tue pas l’idée que les vaginal ring puissent apporter beaucoup notamment par une association de différents produits: contraceptifs, antibactériens, antifungiques. Reste à trouver le bon produit pour la bonne délivrance. Et à ouvrir la Prep orale aux femmes. Femmes dont 0,6 % d’entre elles constitueraient, selon C Bradley Hare (San Francisco), une indication de Prep aux Etats-Unis ,soit 468 000  femmes concernées (274 000-662 000). «Les femmes ont besoin d'une forme discrète , longue durée d'action de prévention du VIH qu'ils contrôlent et veulent utiliser», a déclaré Anthony S. Fauci , directeur au National Institutes of Heath (NIH ), bailleur de fonds principal de l'essai . «Cette étude a révélé que un anneau vaginal contenant une libération prolongée du médicament antirétroviral confère une protection partielle contre le VIH chez les femmes en Afrique sub-saharienne. D'autres recherches sont nécessaires pour comprendre les disparités liées à l'âge dans le niveau observé de la protection.»

L’autre vaste essai clinique multinational appelé Ring Study vise également à tester l’anneau de dapivirine en terme de tolérance et d'efficacité chez les femmes. Les investigateurs de l'étude retrouve une efficacité globale de 31%…, avec un peu plus de la réduction du risque d'infection à VIH chez les femmes âgées de 21 ans. Les résultats de l'étude seront également présentés ce mercredi à la CROI .

Bonne nouvelle la session dévolue à la PreP (US/UK) a démontré combien les programme Prep, de Londres à San Francisco, en dépit d’un outil centré exclusivement sur le VIH (+/-HSV2) était porteur d’une offre globale de santé sexuelle. Et de dépistage des autres IST dont l’accès à la Prep permet le dépistage au stade asymptomatique et le traitement.

— En collaboration avec le E-journal Edimark/la lettre de l’infectiologue) avec à la rédaction : jean-Philippe Madiou, Valérie Pourcher-Martinez, Laurence Morand-Joubert et Rodolphe Garaffo.

  • 1. Use of a Vaginal Ring Containing Dapivirine for HIV-1 Prevention in Women. J.M. Baeten et al. for the MTN-020–ASPIRE Study Team ; NEJM daté du 22/2/2016