Pour la première fois, les chiffres de la déclaration obligatoire de l'infection à VIH et du sida fournis par l'Institut national de veille sanitaire (InVS) nous indiquent qu'il y a plus de découvertes de séropositivité en province qu'en région parisienne. La Guyane reste particulièrement exposée, avec 835 découvertes de séropositivité par million d'habitants (97 au niveau national).

Découvertes de séropositivité VIH en 2012, InVS.

L'augmentation  du nombre de sérologies VIH réalisées en 2011 ne s'est pas poursuivie en 2012, ce qui confirme que les recommandations d'élargissement du dépistage en population générale (via le rapport de la Haute autorité de santé et à travers le Plan national 2010-2014) ont eu un trés faible impact. 5, 2 millions de sérologies ont été réalisées en 2012, dont 8% en CDAG, pour 11 100 sérologies positives. Un chiffre à peu près stable par rapport à 2011.

Trente deux mille tests rapides d'orientation au dépistage (TROD) ont été effectués et 330 se sont révélés positifs, soit une augmentation de 5% de découvertes via les TROD entre 2011 et 2012.

Notons néanmoins que le dépistage orienté a augmenté : En 2012, le médecin était à l'initiative de la sérologie pour ¾ des découverte, la personne atteinte pour ¼. Les conditions de découvertes changent elles aussi et la découverte est de plus en plus précoce : En 2012, 64% des personnes découvrent leur séropositivité au stade asymptomatique, uniquement 13% au stade sida et surtout 12% au stade de la primo-infection .

On observe une diminution des cas de sida pour les trois modes de contamination ( HSH , hétérosexuels et usagers de drogue injectable)  avec 1500 personnes concernées en 2012, dont 900 ignoraient leur séropositivité.

La pneumocystose reste la pathologie inaugurale de sida la plus fréquente depuis 2008.

Stade clinique à la découverte de séropositivité VIH, InVS.

Cette augmentation de la découverte au stade précoce de la maladie se retrouve presque exclusivement chez les HSH, qui sont 62% à se découvrir séropositifs durant la phase asymptomatique, et 21% pendant la primo-infection.

Notamment parce qu'ils demandent plus souvent le dépistage (32 %) que les hétérosexuels (18 %), les gays découvrent leur séropositivité plus précocément : 62 % alors qu'il n'y a pas de symptômes, et 21 % dans les mois qui suivent l'infection (primo-infection). Mais cela reste insuffisant pour infléchir l'épidémie. D'autant que deux épidémiologistes de l' Inserm , Virginie Supervie et Dominique Costagliola, ont estimé récemment qu'environ 9 000 HSH sont séropositifs sans le savoir. Ils ne sont pas les seuls : 9 800 hétérosexuels nés en France, 9 500 hétérosexuels nés à l'étranger et 500 usagers de drogues ignoreraient leur séropositivité.

> France: 6372 personnes ont découvert leur séropositivité au VIH en 2012, Séronet.info.

HSH, la population la plus exposée

Sans que ce soit une surprise pour les personnes impliquées dans la prévention, et contrairement à ce que pouvaient laissé espérer les chiffres de l'année dernière, le nombre découvertes de séropositivités augmente chez les HSH, avec 300 séropositifs de plus en 2012, soit une augmentation de 14% par rapport à 2011.

Nombre de découvertes de séropositivité VIH par populations, InVS.

Plus de 2600 HSH ont ainsi découvert leur séropositivité en 2012, soit 42% des nouvelles découvertes. Chez 47% des HSH diagnostiqués, l'infections est récente (moins de 6 mois).

La monté en charge des TROD en 2012 explique probablement en partie l'augmentation du nombre d'HSH découvrant leur séropositivité, mais il faudra attendre 2014 et les nouveaux chiffres de l'incidence du VIH pour interpréter plus avant ces chiffres. Grâce à une action concertée avec l'ANRS, l'InVS proposera une estimation commune avec l'Inserm (Paris,Bordeaux)

Selon les résultats de l'enquête Presse Gays et Lesbiennes 2011, 46% des répondants disent ne pas avoir utilisé de préservatifs lors du dernier rapport sexuel.

Pénétration anale non protégée lors du dernier rapport selon le partenaire, InVS.

Parmi une masse très importante de données récoltées en 2011 auprès de près de 11000 Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), une tendance déjà observée lors des précédentes enquêtes se confirme. L'usage du préservatif se fait moins systématique chez les gays, quel que soit leur statut sérologique. Moins d'un gay sur deux (47%) protège systématiquement ses rapports sexuels avec des partenaires occasionnels. Depuis 1997, l'utilisation systématique du préservatif ne cesse de diminuer et ce quel que soit le statut sérologique des répondants. Elle est passée de 68% en 1997 à 47% en 2011.

> Dans l'Enquête presse gays, 53% des gays déclarent ne plus protéger systématiquement leurs rapports sexuels, Yagg.com

Les HSH ont donc de plus plus recours à des stratégies de séro-adaptation. Dans ce contexte, l'importance de la connaissance du statut sérologique demande que soit donnée une place primordiale au recours fréquent au dépistage.

Trans*, population invisible ?

Enfin, notons l'un des principaux angles mort des chiffres de cette déclaration obligatoire de l'infection à VIH et du sida qui concerne les trans. Si la possibilité de déclarer une découverte chez une personne trans a été ajouté fin 2011, un seul cas a été déclaré. En 2012, pour le moment, aucun. Les données de surveillance des médecins font de leur côté état de 83 déclarations de reprise de suivi VIH concernant des personnes trans, souvent suite à une arrivée en France.

A lire également

> Comportements à risque et prévention dans des populations particulièrement exposées au VIH, aux IST et aux hépatites, BEH n°39-40/2013.
> Trente ans de lutte, et un niveau de sida toujours élevé chez les gays, Didier Lestrade, Slate.fr.