Ce taux d'incidence est donc plus élevé que celui de la population générale des HSH en France, telle qu'estimée par l'Invs à 1%. Cette enquête transversale a été, rappelons le, menée en 2009 dans 14 établissements fréquentés par les gays, tels que des bars, des saunas et des backrooms, par l'Institut de veille sanitaire (InVS) et l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), en partenariat avec le Syndicat national des entreprises gaies (Sneg) et le Centre national de référence du VIH de Tours. Les instigateurs, conduits par Stéphane Le Vu, premier signataire du papier de PLos One, ont recueilli de manière anonyme un échantillon de sang de sang après avoir faire remplir un questionnaire aux participants. Ainsi, 886 hommes de 18 ans et plus ont été questionnés et ont accepté le prélèvement sanguin. Chez les personnes dont l'échantillon révélait un statut VIH positif, la recherche d'un marqueur d'infection récent tel que développé dans le laboratoire de Françis Barin à Tours, le EIA-RI a été réalisé. En outre pour ceux dont le test EIA-RI était positif, signant une infection probablement récente, la présence de traitements antirétroviraux était recherché afin de mieux déterminer ces infections récentes.

18% de prévalence

Les données majeures de Prevagay sont, outre l'incidence, que parmi les participants, 157 - soit 18% - étaient séropositifs pour le VIH et 31 (20 % des séropositifs) ignoraient leur infection au moment de l'enquête. Le test EIA-RI détectant les infections récentes était positif chez 28 (18%) des 157 VIH +. L'incidence dans cette population HSH, qui, répétons-le, ne représente pas l'ensemble des HSH en France, a été estimée à 4,1% par an [0 - 8,3] chez les hommes de moins de 35 ans et 2,5% par an [0 à 5,4] chez les hommes plus âgés. Cette différence n'est pas significative.

De précédentes estimations de l'incidence basées sur la population avaient déjà révélé que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) étaient la population la plus touchée et contribuaient à près de la moitié des nouvelles infections chaque année. Les instigateurs ont alors cherché à estimer l'incidence du VIH parmi les HSH sexuellement actifs dans les lieux gay de Paris.

Il s'agit de la première enquête communautaire pour estimer l'incidence et la prévalence du VIH parmi les HSH en France. Elle révèle un niveau élevé de transmission du VIH chez les personnes sexuellement actives, en milieu de consommation sexuelle parisien. Difficile, comme le souligne les auteurs, de comparer avec les données d'autres villes du monde tant les méthodes divergent. Néanmoins une revue générale de 24 études menées aux Etats-Unis en Europe et en Australie (Stall et al Aids Behavior 2009) établit l'incidence globale chez les HSH en milieu urbain à 2,5 personnes/année. En dépit d'une pratique élevée de dépistage du VIH et compte-tenu du fort taux d'incidence, le recours classique au test de dépistage ne suffit donc pas à connaître en temps réel son statut sérologique. D'où l'appel à l'ouverture vers d'autres modes de dépistage comme les « TROD » ou les « Home-tests ».

Les instigateurs insistent pour rappeler que cette nouvelle estimation d'incidence du VIH concerne une population spécifique et ne peut pas être généralisée au-delà. Il n'empêche, l'importance de ces chiffres donne une idée de l'ampleur de l'épidémie chez les gays en Ile de France. Ces données appellent à des programmes de prévention efficaces ciblant les HSH engagés dans des comportements à risque.