Quelques semaines après la publication de l’arrêté fixant le prix d’Apretude® et son remboursement à 100% par l’Assurance maladie, la SFLS concrétise la mission que lui avait confiée la Direction générale de la santé (DGS) : fournir aux professionnels de santé les outils nécessaires pour prescrire et accompagner la PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. injectable par cabotégravir.

Le guide comprend des fiches réflexes couvrant les schémas d’initiation, la gestion des retards d’injection, les bilans biologiques requis et des modèles d’ordonnances. Un outil interactif d’aide au suivi des injections et une vidéo sur la technique d’injection en «Z» complètent le dispositif. La SFLS rappelle par ailleurs l’existence de sa formation gratuite en ligne dédiée à la santé sexuelle, accessible sur formasantesexuelle.fr.
La Direction Générale de la Santé a elle aussi publié un communiqué le 19 mars, dans lequel elle qualifie la PrEP injectable d’«innovation majeure» et précise que la prescription est ouverte aux médecins de ville expérimentés dans la prise en charge du VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. en lien avec les Coordinations régionales de santé sexuelle (CoReSS).
Elargir la couverture préventive
Dans un communiqué publié le 24 mars, la SFLS insiste sur le fait que «l’enjeu n’est pas de substituer un outil à un autre par confort» mais «d’élargir la couverture d’un outil de prévention»; seule une minorité des personnes exposées au VIH en France accèdent aujourd’hui à la PrEP, rappelle la société savante, avant de pointer des freins multiples : complexité du parcours de soins, saturation de l’offre de premiers recours, tabous autour de la sexualité et inégalités sociales en santé. Pour la SFLS, la PrEP orale, autorisée en France depuis 2016, et la prise quotidienne de comprimés peut s’avérer difficile dans la durée, en particulier pour les personnes en situation de vulnérabilité qui doivent parfois dissimuler leur traitement. Le cabotégravir injectable, administré en intramusculaire tous les deux mois, peut offrir un mode alternatif de prise de PrEP à ces personnes.
La Dr Victoria Manda, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) et membre du groupe de travail SFLS, souligne par ailleurs: «Apretude® représente une avancée majeure pour les femmes, trop longtemps sous-représentées dans les files actives PrEP. L’avis de la HAS recommande d’associer une contraception efficace chez les femmes en âge de procréer, ce qui est une précaution légitime. Mais il faut le dire clairement: les données de cohorte les plus récentes sur les grossesses sous cabotégravir sont rassurantes. Le profil de tolérance et la pharmacocinétique dans ce contexte sont de mieux en mieux documentés. Cela ne doit pas devenir un frein à la prescription.» Aujourd’hui, pour les femmes cisgenres, seul le schéma de PrEP orale «en continu» est proposé en France, même si les recommandations sur ce sujet devraient évoluer comme dans d’autres pays.
Quatre axes d’action selon la SFLS
Au-delà du cabotégravir, la SFLS identifie quatre axes d’action qui conditionnent l’efficacité de la stratégie de PrEP dans son ensemble : alléger le suivi biologique en s’alignant sur les recommandations internationales (IAS-USA 2024) qui proposent d’espacer les charges virales ARN VIH. En effet, si le médicament est pris en charge à 100%, la charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. ne l’est pas, un frein concret pour les personnes sans couverture complémentaire; financer l’accès à la PrEP pour les personnes sans droits ouverts suivies en CeGIDDCeGIDD Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) des infections par les virus de l'immunodéficience humaine, des hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles. Ces centres remplacent les Centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) depuis le 1er janvier 2016. centres de santé sexuelle ou PASS ; recommander enfin officiellement la PrEP orale « à la demande » pour les femmes, comme c’est déjà le cas au Royaume-Uni, dans les recommandations européennes (EACS) et aux États-Unis ; et faciliter l’arrivée du lénacapavir, l’injectable sous-cutané à longue durée d’action (tous les six mois, bientôt tous les douze), déjà disponible aux États-Unis, à un coût soutenable pour le système de soins.
Pour le Pr Gilles Pialoux, vice-président de la SFLS (et rédacteur en chef de Vih.org), l’arrivée d’une deuxième molécule et d’une deuxième forme galénique dix ans après le début de la PrEP en France est un moment important, mais l’innovation thérapeutique seule ne suffira pas pour les personnes éloignées du soin. Elle doit s’accompagner d’innovation organisationnelle, de programmes d’aller-vers structurés et financés, et d’une réduction des inégalités sociales de santé.
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