CROI 2026 : la mode est à l’«accouplement», plutôt de longue durée

La tendance indéniable de cette CROI, spéciale vue le contexte géopolitique, c’est l’accouplement. Il ne s’agit là ni de santé sexuelle, ni d’une version internationalisée du «réarmement démographique» voulu par Emmanuel Macron pour contrer la baisse de la natalité, mais d’accouplement de molécules anti-VIH.

En prévention comme en thérapeutique, c’est la course aux couples. Chercher la bonne combinaison, plutôt long acting et si possible «incestueuse» (issue du même laboratoire). Un vent de progrès, dans une économie et une recherche contraintes qui va nous permettre de revenir à nos consultations, au sein des équipes, la tête moins basse et avec quelques choses à dires d’autres que le climat scientifique délétère ici.

Commençons par le scoop du jour : ARTISTRY-1. Un essai randomisé, ouvert, contrôlé de non-infériorité de phase III1GS-US-621-6289 numéro ClinicalTrials.gov NCT05502341, menée dans 90 hôpitaux et cliniques répartis dans 15 pays ou territoires (Australie, Argentine, Canada, République dominicaine, France, Allemagne, Italie, Japon, Porto Rico, Afrique du Sud, Corée du Sud, Espagne, Taïwan, Royaume-Uni et États-Unis). Une communication au cordeau puisque l’article du Lancet daté du 25 Février circulait dans les rédactions des grands quotidiens européens (embargo 18 H 37 en France) alors même que Chloé Orkin, la nouvelle star des essais multicentriques parlait à 19 h 29 le même jour à Denver. La britannique aux cheveux violets (cette année) nous avez déjà fait le coup de la synchronisation parfaite publication/communication avec les formes graves de mpox chez les personnes vivant avec le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. (PVVIH) à la CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH. 2023 de Seattle. C’est un métier et The Lancet adore cela.

L’essai a des résonnances de l’essai ANRS TRIO, pour les plus ou moyennement anciens, avec Yazdan Yazdanpanah à la commande (Clin Infect Dis 2009 Nov 1;49(9):1441-9): alléger les plus lourdement traités. Résultats des courses: le STR BIC/LEN léger versus la poursuite de la multithérapie lourde, c’est non inférieur. Entre le 29 janvier et le 26 septembre 2024, 729 participants ont été sélectionnés; 557 ont été répartis de manière aléatoire (Randomisation 2/1) et traités (bictegravir-lenacapavir n=371; poursuite du traitement complexe n=186). À la semaine 48, une charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. VIH-1 RNA de 50 copies par ml ou plus a été observée chez trois participants (1 %) recevant du bictegravir-lenacapavir (un comprimé par jour) et deux (1%) recevant un traitement complexe (différence −0,3% ; C à 95,002% −2,3 à 1,8), ce qui correspond à la marge de non-infériorité de 4%.

En Terme de «traitement complexe»: 80% avaient des antécédents de résistance qui le justifiait, 77% ( 427) un traitement à base d’inhibiteur de protéase boostée, et 22% plus de 5 comprimés par jour. Aucune résistance n’est apparue. Les résultats des essais de phase III ARTISTRY-1 et ARTISTRY-2 mettent en évidence l’efficacité et l’innocuité d’un schéma expérimental d’association monocomprimé de bictégravir 75 mg/lenacapavir 50 mg (BIC/LEN) chez les personnes vivant avec le VIH qui sont virologiquement supprimées et passées de leur traitement antirétroviral antérieur à la nouvelle combinaison. C’est une bonne nouvelle en soit.

Coté accouplements prometteurs, après des prémices compliquées, on citera l’association Doravirine/Ilsaltravir2#177 chez les patients naïfs présentés par Juergen Rockstroh qui lui aussi a fait le coup double de la publication dans Lancet HIV en même temps que la communication.

L’étude portait sur 536 participants (DOR/ISL n=269, BIC/FTC/TAF n=267) avec un âge moyen de 34 ans, assignés femmes à la naissance 25%, Noirs 32%; dépistage CD4+ <200 cellules/mm3 17%, VIH-1 ARN >100 000 c/mL 37%, VIH-1 ARN >500 000 c/mL 12%. À la semaine 48, 91,8% des patients sous DOR/ISL et 90,6% des patients sous bictégravir/FTC/TAF présentaient un taux d’ARN du VIH-1 <50 c/mL (différence 0,3, IC à 95 % −2,9, 3,5) signant la non-infériorité de cette bithérapie par rapport à une trithérapie classique. L’efficacité virologique était comparable avec un dépistage de l’ARN du VIH-1 >100 000 (94,0% contre 87,6%) et >500 000 (90,3% contre 84,4%) c/mL.

Six participants sous DOR/ISL présentaient un ARN du VIH-1 ≥50 c/mL; 5 ont subi un test de résistance. Deux participants (avec un dépistage de l’ARN du VIH-1 >1 million c/mL et des mutations non exclusives dans la transcriptase inverse au début de l’étude) ont acquis des mutations apparues sous traitement (TE) (L74I, V106A, M184V, F227L; M184I, Y188L); l’analyse phénotypique a révélé une sensibilité à l’ISL et une résistance au DOR. Neuf participants sous BIC/FTC/TAF présentaient un taux d’ARN du VIH-1 ≥50 c/mL; aucune résistance TE n’a été identifiée chez les 6 participants ayant subi un test de résistance. Il n’y avait aucune différence entre les groupes en termes de variation moyenne par rapport à la valeur initiale du nombre de lymphocytes T CD4+ (on se souvient de la baisse des T CD4 + à des doses plus importantes d’Isltravir qui avait freiné le développement de cette molécule originale en tant que premier inhibiteur de la translocation de la transcriptase reverse, ni du nombre total de lymphocytes.

Cette combinaison ISLA/DORA a aussi été testé avec succès en switch chez les patients prétraités comme présenté par Chloé Orkin3#555 qui «représentait l’Europe» au panel de fin de congrés de take home messages. Les résultats montrent qu’à la semaine 96, l’ARN du VIH-1 était ≥50 copies/mL chez 9 participants: 7 (1,9%) du Groupe 1 et 2 (1,1%) du Groupe 2, alors que la suppression virologique était maintenue chez respectivement 92,6% et 96,6%. Un participant du Groupe 1 (et aucun du Groupe 2) a présenté une CSCV (virémie confirmée cliniquement significative) après la semaine 48 et a interrompu le traitement. Aucun participant n’a développé de résistance émergente sous traitement à la DOR ou à l’ISL jusqu’à la semaine 96.

Autre exemple4encore #178, l’étude EMBRACE (on reste dans la métaphore) associant le VH3810109 (N6LS) qui se nomme désormais Lotivibart, un anticorps à large spectre neutralisant qui se lie au site de liaison CD4 en injectable (SC ou IV) tous les 4 mois (Q4M) associé au cabotégravir intramusculaire à action prolongée (CAB LA) mensuel (pourquoi pas bimensuel? Ce sera pour la partie 2 de EMBRACE pour maintenir la suppression de la charge virale VIH-1. Étaient présentés à la CROI 2026 les résultats de l’évaluation de l’efficacité, de la sécurité, de la tolérance et les résultats cliniques à 12 mois issus d’une analyse intermédiaire. Au total, 125 participants ont été randomisés; les données démographiques ont déjà été présentées. Les proportions présentant un taux d’ARN du VIH-1 ≥ 50 c/mL (FDA Snapshot) à M 12 étaient de 3/50 (6 %) avec N6LS IV, 5/49 (10%) avec N6LS SC et 1/26 (4%) sous SOC.

Au cours du mois 12, un échec virologique confirmé (CVF) est survenu chez 2 (4%) participants recevant N6LS IV, 3 (6%) recevant N6LS SC et 1 (4%) recevant SOC. Des événements indésirables (EI) ayant conduit à l’arrêt du traitement sont survenus chez 1/50 participants IV et 5/49 participants SC (EI liés au N6LS ayant conduit à l’arrêt du traitement : IV, 0/50 ; SC, 1/49), sans EI graves liés au N6LS. Des réactions au site d’injection (RSI) de grade ≥ 3 liées au N6LS sont survenues chez 0/50 (0 %) des participants IV et 8/49 (16%) des participants SC. Malgré les différences en matière de sécurité les participants des deux groupes N6LS ont fait état d’une tolérance et d’une acceptabilité élevées jusqu’au mois 12.

Pour ce qui est de la durée, la CROI 2026 tend à nous faire passer du long acting à l’ultra long acting comme décliné dans la session #10 de ce mercredi: le VH 499, un nouvel inhibiteur de capside en Phase 1 candidat aux injections semestrielles (comme le lénacapavir); le VH184, décrit comme le premier inhibiteur de transfert de brin d’intégrase de troisième génération; le lénacapavir en une fois par an en PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. l’association lenacapavir/teropavimab/zinlirvimab deux fois par an; etc. 

Et puisqu’on parle d’accouplement, il est à noter une dernière tendance grandissante de la publication synchrone de la communication orale (2 Lancet et 1 Nature) pour cette dernière journée.

Enfin, celles et ceux qui étaient présent·es il y deux ans à la CROI 2024 ont remarqué combien la ville avait changé. Les quatre ans de travaux sont terminés, la 16th qui était éventrée ressemble à un marché de Noël. À première vue, plus de homeless5SDF. En fait, la ville les a «rangés». Les autorités municipales ont mis en place une réduction d’environ 45% du street homelessness et la disparition des grands campements visibles depuis 2023, grâce à une combinaison de mise à l’abri (shelter, hôtels, housing first) et de démantèlement d’encampments.

Pourtant en 2025, les décès par fentanyl à Denver ont augmenté d’environ 25% (346 décès en 2025 contre 277 en 2024), proche du pic de 2023, alors que le reste du Colorado semble plutôt stabilisé ou en légère baisse. Tous produits confondus, les décès par overdose sont passés de 344 en 2024 à 419 en 2025, soit une hausse d’environ 22%. Les autorités imputent cette hausse à un changement du drug supply (fentanyl plus puissant, mélange avec autres substances comme xylazine, nitazènes) et au rôle du corridor routier I‑25 comme axe majeur d’acheminement. Mais de cela la CROI n’en que cure. Un seul poster sur le fentanyl. Alors que la crise des opioïdes est majeure aux États-Unis et son éradication promise par l’actuel président.

Vivement San Diego.

Cet article a été publié dans le e-journal de la lettre de l’infectiologue d’Edimark, nous le reproduisons avec leur aimable autorisation.