Colombie: trente ans de guerre lasse contre les drogues

Et si la «guerre contre les drogues» était addictive? Et si elle consistait non pas dans une stratégie pour combattre les forces qui dominent ce marché mais en une forme de gouvernance? C’est cette impression qui ressort de l’expérience de la Colombie, obstinée dans la poursuite de la même politique depuis une bonne trentaine d’années. Afin d’apporter des éclaircissements sur le sujet, Olga. L. González s’est entretenue avec le sociologue colombien, spécialiste des drogues et chercheur au Transnational Institute d’Amsterdam, Ricardo Vargas, pour le numéro 87 de Swaps.

«Questions de réseaux», questions d’éthique

Travailler sur les réseaux et trafics de drogues nécessite quelques préalables et réflexions sans lesquels les conditions mêmes du travail ne sont pas réunies, le rendent hasardeux, voire impossible. On pense immédiatement aux obstacles auxquels s’expose le chercheur autant que le travailleur social sur ce terrain d’investigation, dont on imagine aisément qu’il est empreint de secrets, parfois de violence, de menaces. On pense aussi aux difficultés à recueillir des informations « complètes », tant les réseaux et les filières sont hiérarchisés et complexes, à la difficulté d’être sur le terrain. Mais travailler sur les réseaux et trafics de drogues nécessite, en plus des préalables habituels à tout travail de recherche et d’action sociale, de (se) construire une éthique, un rapport au monde en quelque sorte, qui, certes, envisage les problèmes techniques, légaux et moraux de ces activités illicites, mais qui leur est supérieur.

L’îlot Chalon, le « ghetto » parisien de la drogue du début des années 1980

Au début des années 1980 en France, sur fond de massification de l’usage d’héroïne, l’attention médiatique se focalise sur de nouveaux lieux de la drogue, qu’une lecture sensationnaliste et racoleuse portée par quelques journaux ou hebdomadaires dépeint comme des endroits sordides et dangereux tels que, à Paris, la « rue de la drogue » de Belleville, les passages de la rue du Faubourg-Montmartre ou encore le quartier de la Goutte-d’Or. Mais la plus emblématique des nouvelles scènes de l’héroïne de cette époque restera pendant longtemps un petit ensemble de bâtisses vétustes et de ruelles glauques tapies dans l’ombre de la gare de Lyon : l’îlot Chalon.

Oser aborder un sujet sensible: le trafic

Il y a quelques semaines, se tenait un colloque sur le thème « Engagement des jeunes dans les trafics : quelle prévention ? ». L’organisation1Organisé par la mairie de Paris (DASES), le conseil général de Seine-Saint-Denis (Mission de prévention des conduites à risques) et le FFSU et le succès d’un tel colloque témoignent d’une évolution dans l’appréhension du trafic et des possibilités de travailler dessus hors de l’axe répressif. Une évolution qui devrait concerner les mondes du soin, de la prévention et de la réduction des risques (RdR).