Swaps 98-99 : 30 ans de la loi Evin

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Il n’est pas rare que la rédaction de Swaps aime à célébrer, ou à fêter, des anniversaires. Ce fut le cas avec le numéro 83/84 qui fêtait les 20 ans de Swaps, ce fut le cas aussi avec le numéro 96/97 anniversaire de la loi de 1970. Cette fois c’est un dossier alcool, rempli à ras bord, qui accompagne les trente ans de la loi Évin. Loi de santé publique sur l’alcool et le tabac qui visait notamment l’encadrement de la publicité en faveur de l’alcool et son interdiction pour le tabac. Paradoxalement, cette loi de trente ans d’âge résonne parfaitement avec les problématiques actuelles de la réduction des risques (RdR). Notamment la question des lois de santé publique suspectées de restreindre les libertés, dont la liberté d’expression. Ce que Claude Évin réfute (voir son interview). À la question des objectifs de santé publique qu’il faudrait désormais afficher pour une loi contre l’alcool, Claude Évin répond: «cela passe par de la communication, le développement des consultations d’addictologie, la possibilité offerte de davantage prendre en considération la maladie alcoolique». Reste le poids indiscutable des chiffres: en France, 22,6% des personnes entre 18 et 75 ans dépassent les repères de consommation et 10% des 18-75 ans absorbent 58% de l’alcool consommé chaque année. Cela dans un pays qui concentre 10% de la surface mondiale des vignes et reste parmi les plus grands consommateurs, au 6e rang parmi les 34 pays de l’OCDE. C’est dans un contexte doublement difficile, à la fois de viniculture omniprésente et de crise sanitaire liée au Covid, que Swaps s’est intéressé à l’invisibilité en janvier 2021 du Dry January, via l’article de Christian Andréo et Christian Tremoyet. Et plus globalement à la problématique des consommations d’alcool en temps de crise sanitaire et de confinement ; période imposant de nouveaux modes de consommation et de vente/deal (Voir Swaps 94, spécial Covid…). Complexifiant par là-même la prise en charge des addictions, de l’alcool comme des autres. En 2021, un dossier alcool ne pouvait passer sous silence les adaptations récentes des alcooliers. C’est ainsi que Jean-Pierre Couteron décline l’explosion du marketing alcoolier en termes de diversification de produits et de ciblage des populations avec pêle-mêle l’émanation du binge driking, l’avènement des boissons type prémix ou hard seltzers, sans compter l’arrivée de «vins bien-être». À l’image d’un modèle de bière infusée à partir de cannabis commercialisé aux États-Unis par une grande marque… ou bien de vin aromatisé au CBD, en plein vignoble bordelais.

Il n’est pas que l’anniversaire de la loi Évin qui fait l’actualité dans cette nouvelle livraison de Swaps. Le lecteur lira avec attention une incursion ethnographique sur un sujet difficile qui pourrait être l’un des dossiers clés des prochaines élections régionales et nationales: la problématique sécuritaire et l’inquiétude des riverains dans les territoires du crack à Paris. Alors même que les chaînes d’information continue et les hebdomadaires à grands tirages n’ont de cesse de découvrir comment la question de la consommation du crack dans l’espace public, entre «scènes ouvertes» et «plans éphémères», est à la fois récurrente et vécue essentiellement par son aspect sécuritaire et répressif. Avec notamment la migration parisienne du bassin de La Villette à Stalingrad et de Stalingrad au Jardin d’Éole, baptisé «Stalincrack» ou «parc de la défonce». Ici, sont posés les différents éléments ayant trait aux consommations, aux outils de réduction des risques, aux traitements, et plus globalement au désarroi des professionnels devant ces consommations dans un contexte social défavorisé. La RdR a encore de belles pages à écrire.