Moustique-tigre ou moustique commun ?
Parmi les 3 729 espèces de moustiques qui existent à travers le monde, deux sont bien connues des Français : le moustique commun (Culex) et le moustique-tigre.
Le premier est grand, brun et empoisonne nos nuits avec ses zonzonnements et ses piqûres urticantes. Il aime les grandes étendues d’eau sale, que l’on retrouve notamment dans les vides-sanitaires ou dans certains parkings, et peut se déplacer dans un périmètre de 2 à 6 km. Par chance, il est très peu vecteur de maladies, sauf de l’infection liée au virus du Nil occidental (VNO ou WNV en anglais). Un virus porté par les oiseaux migrateurs qui peuvent le transmettre aux chevaux et, de façon très accidentelle, aux êtres humains. Trois personnes en sont mortes en Ile-de-France en 2025.

Le moustique-tigre présente des caractéristiques différentes : petit, avec des pattes zébrées noires et blanches, il affectionne l’aube et le crépuscule. Préférant voler bas, la femelle a tendance à piquer à plusieurs reprises pour se gorger des protéines du sang nécessaires au développement de ses œufs. Pas besoin de beaucoup d’eau pour qu’elle ponde ses œufs, un dé à coudre suffit largement. Si l’on évoque souvent la piscine comme un gîte larvaire, le moustique-tigre n’y pond ses œufs que si elle est mal entretenue. C’est pourquoi il est impératif de la nettoyer régulièrement, sans oublier les réservoirs d’eau tout autour, et de vider l’eau qui stagne sur les couvertures de piscine. Autre différence avec son cousin, son périmètre d’action, beaucoup plus limité, qui n’est que de quelques centaines de mètres seulement. En revanche, le moustique-tigre est potentiellement beaucoup plus dangereux car vecteur de plusieurs maladies très invalidantes : Zika (qui entraîne des malformations fœtales en cas de grossesse), la dengue, et le chikungunya (responsable de gros problèmes articulaires et rhumatismaux, ainsi que de problèmes oculaires). Des maladies qui peuvent se transmettre entre humains si un moustique-tigre s’infecte auprès d’un malade et transmet le virus à une personne saine. Cette espèce peut également être porteur du ver Dirofilaria immitis, responsable de la dirofilariose, une infection responsable d’une insuffisance cardiaque chez les animaux domestiques infectés (surtout le chien, mais également le chat), pouvant conduire à la mort de l’animal dans les 5 ans suivant l’infection.
Pas UNE solution mais la combinaison de plusieurs approches
On le sait, il n’existe pas une solution unique. Aujourd’hui, la solution c’est de combiner plusieurs approches. On parle de « solution intégrée et globale », qui associe divers outils au sein de la méthode mécanique, divers outils au sein de la méthode biologique et/ou plusieurs outils au sein de la méthode chimique (principalement des répulsifs. À noter que les adulticides chimiques sont règlementés en France et ne sont utilisables qu’en cas de déclaration de maladie vectorielle).
La méthode mécanique : des pièges à CO2 mais pas que !
La méthode mécanique repose essentiellement sur des pièges à CO2. La femelle moustique est fortement attirée par le CO2 que l’on dégage. Le piège, en imitant ces effluves humains, l’attire, l’aspire et l’enferme dans un filet. C’est très efficace, à condition de le placer correctement, indique la spécialiste. Il ne faut en effet jamais le disposer à côté d’individus car le moustique ne saura pas faire la distinction entre le CO2 d’origine humaine ou celui du piège ; on conseille de le placer à distance, dans un espace frais et végétalisé. Le piège agit uniquement sur les moustiques adultes, dans un rayon de 30 à 60 m. Ces dispositifs peuvent être utilisés à l’échelle d’une ville, mais encore une fois cette solution ne suffit pas à elle seule d’autant qu’elle ne s’attaque pas aux autres stades des moustiques (larves).
Les pièges pondoirs et antipontes font partie des outils de la méthode mécanique, il s’agit de mimer un lieu de ponte pour les femelles moustiques puis de récupérer soit les œufs pondus, soit la femelle qui va pondre et l’empêcher de générer ces 6 à 7 générations durant la saison.
Les larvicides, à utiliser impérativement
Travailler en amont, sur les larves groupées, est par ailleurs indispensable. Les œufs de moustiques-tigres ont la capacité de résister au froid ; c’est lorsque celui-ci prend fin et que les températures radoucissent (15°C), dans une atmosphère encore humide, que les œufs éclosent et libèrent les larves, qui deviennent adultes en une semaine à dix jours. Sachant qu’au cours de sa vie, une femelle moustique-tigre effectue six pontes, déposant en moyenne 200 œufs à chaque occasion, dont environ la moitié sont des femelles, une seule femelle peut donner naissance à près de 600 femelles au total. Pour neutraliser les larves, on peut utiliser des larvicides ; les plus efficaces sont des produits sous forme de poudres ou des granules contenant une bactérie, le Bacillus thuringiensis israelensis (BTI). À l’inverse des adulticides, qui perturbent la biodiversité sans éliminer la cause et contre lesquels peut se développer une résistance en cas d’usage trop intense, ces produits sont parfaitement écologiques : ils agissent en s’attaquant au tube digestif des moustiques-tigres sans perturber la biodiversité et ne présentent par conséquent aucun risque pour les oiseaux, les grenouilles ou les animaux de compagnie. Pour autant, leur usage doit être réalisé dans un cadre réfléchi et uniquement dans le but de maîtriser la présence de moustiques dans des lieux où ils provoquent des nuisances importantes et un risque vectoriel de maladies c’est-à-dire en zone urbaine.
Les différentes méthodes biologiques
Parmi les méthodes biologiques, la stérilisation des moustiques-tigres donne des résultats très satisfaisants dans les villes qui l’ont expérimentée, comme Brive-la-Gaillarde et Montpellier. Une solution efficace mais qui ne réduit cependant pas les nuisances liées aux piqûres ni les risques allergiques. Son principe : élever des moustiques-tigres dont on ne sélectionne que les mâles que l’on stérilise ensuite en les passant sous des rayons ionisants. Ces mâles stériles sont alors relâchés dans la nature. Les femelles qui s‘accouplent avec ces mâles pondent alors des œufs vides.
Autre technique, la transfection des moustiques-tigres par la bactérie endosymbiotique Wolbachia. La bactérie, transmise par les femelles à leur descendance et passe ainsi de générations en générations, agit en empêchant les arbovirusArbovirose Les arboviroses sont des maladies virales dues à des arbovirus transmis obligatoirement par un vecteur arthropode (moustique, moucheron piqueur, tique) à des hôtes vertébrés (mammifères, oiseaux), d’où leur nom adapté de l’anglais : ARthropod-BOrne virus. de se multiplier dans l’organisme des moustiques et en réduisant leur durée de vie. Une stratégie appliquée avec succès au Brésil sur des populations d’Ae. aegypti pour lutter contre la dengue, et qui est actuellement expérimentée en Nouvelle-Calédonie, en Indonésie et à Singapour (lire notre article Lutte contre la transmission de la dengue par le moustique Aedes aegypti sans insecticides : on s’en approche).
Actions individuelles et collectives
Si certaines méthodes peuvent être appliquées à l’échelle individuelle, comme la lutte contre les gîtes larvaires (bidons, jarres, pneus à l’extérieur, gouttières, soucoupes sous les pots de fleurs, etc.) et le recours aux répulsifs, d’autres sont du ressort des collectivités.
En France, au niveau régional, la lutte antivectorielle est du ressort des agences Régionales de Santé (ARS). Elle associe une démarche de surveillance entomologique (contrôle des pièges), de communication et de sensibilisation de la population, et de mise en place d’actions d’élimination lorsqu’un cas d’infection humaine lui est notifié par les autorités de santé. L’ARS ordonne alors une action de démoustication à l’aide d’adulticides dans un périmètre de 150m autour du cas, afin d’éliminer les autres moustiques qui pourraient être également infectés par le cas contaminé.
Un travail de pédagogie est donc nécessaire pour faire prendre conscience aux municipalités des enjeux en cours et de l’importance d’appliquer une stratégie « intégrée et globale ».
L’exemple de Mirepoix
Envahie par le moustique-tigre, la commune de Mirepoix (Ariège, 3170 habitants) a choisi en 2024 de se faire accompagner par une entreprise spécialisée dans cette approche ; après avoir procédé à une inspection entomologique de la ville et cartographié les zones d’intérêt, cette dernière a mis en place 40 pièges pondoirs et appliqué des traitements larvicides au niveau de 6 endroits critiques, indique Thierry Sarda, conseiller technique de la ville. “Lorsque les femelles viennent pondre sur les pièges pondoirs, elles restent collées dessus. En 2024, près de 2000 moustiques ont ainsi été capturés entre juin et octobre”. L’opération a été renouvelée en 2025, avec une montée en puissance : 76 pièges pondoirs et application de traitements larvicides au niveau de 11 endroits d’intérêt tous les 2 mois. Résultat : 3469 moustiques capturés entre le 14 mai et le 31 octobre, ce qui représente, in fine, 4 162 800 moustiques évités. Pour la 3ème année, en 2026, l’entreprise qui accompagne la ville de Mirepoix dans sa lutte antivectorielle a décidé d’opérer une nouvelle montée en puissance en renforçant la surveillance, en ajoutant 20-25 pièges pondoirs dans trois nouvelles zones (dont deux écoles), en appliquant de façon systématique des traitements larvicides (toutes les 3-4 semaines entre juillet et septembre, le pic saisonnier), en sensibilisant davantage les citoyens avec l’organisation de réunions publiques et d’ateliers dans les centres de loisirs et les écoles, la distribution de pièges pondoirs aux particuliers et la mise en place d’un service dédié au suivi des pièges. Pour les prochaines saisons, une réflexion est en cours sur l’organisation d’un lâcher de moustiques stériles en amont ou en fin de saison sur une zone très sensible pour en mesurer l’impact.
Pour l’heure, la commune de Mirepoix n’a pas communiqué sur l’impact de l’ensemble du dispositif au niveau sanitaire – difficile d’en mesurer déjà l’effet, notamment sur la réduction de l’incidence des piqûres de moustiques-tigres et sur les risques de maladies associées. Mais gageons que ces mesures inverseront la tendance actuelle…