Selon le bilan consolidé, l’épidémie a totalisé 19 cas — 14 confirmés et 5 probables — avec 14 décès au total. Un épisode bref mais sévère, qui rappelle la dangerosité de ce virus rare, proche parent du virus Ebola.
Une première pour le pays
L’alerte initiale a été donnée en novembre 2025, après la confirmation en laboratoire de cas de fièvre hémorragique virale dans la ville de Jinka, au sud du pays. Les analyses réalisées par le laboratoire national de référence de l’Institut éthiopien de santé publique ont identifié le virus de Marburg. C’était une première pour l’Éthiopie.
Le premier cas connu avait développé des symptômes fin octobre : vomissements, perte d’appétit, douleurs abdominales, puis aggravation rapide de l’état général. Au fil des semaines, d’autres cas ont été identifiés dans plusieurs districts de la région Sud et jusqu’à Hawassa, dans la région de Sidama.

L’investigation épidémiologique a été massive : 857 personnes contacts ont été recensées et suivies pendant 21 jours, sans apparition de nouveaux cas à l’issue du suivi. Près de 3 800 échantillons biologiques ont été testés au cours de la réponse des autorités sanitaires locales et nationales.
Le virus de Marburg : une maladie rare mais redoutée
La maladie à virus de Marburg appartient à la famille des fièvres hémorragiques virales. Elle est causée par des filovirus, comme Ebola. Le réservoir animal principal est une chauve-souris frugivore africaine. La transmission à l’humain se fait d’abord par exposition à ces animaux — notamment dans des grottes ou des mines — puis d’humain à humain par contact direct avec les liquides biologiques infectés, des surfaces contaminées ou du matériel infecté. Les personnes les plus à risque sont les soignants et celles qui travaillent dans le secteur funéraire.
Après une incubation de 2 à 21 jours, les symptômes débutent brutalement : forte fièvre, céphalées intenses, douleurs musculaires, grande fatigue, puis troubles digestifs sévères (diarrhée, vomissements). Dans les formes graves, des saignements et des défaillances d’organes peuvent survenir rapidement.
Le taux de létalité historique varie fortement selon les flambées — de 24 % à 88 %. À ce jour, il n’existe pas encore de vaccin ni de traitement antiviral spécifique homologué, même si plusieurs candidats sont en développement. La prise en charge repose sur des soins de support précoces et intensifs, qui améliorent nettement la survie.
Une réponse coordonnée et multisectorielle
La fin de l’épidémie ne doit rien au hasard. Les autorités sanitaires éthiopiennes ont rapidement activé des cellules de crise nationales et régionales, avec un pilotage centralisé, un plan de réponse chiffré sur trois mois et une organisation opérationnelle par piliers : surveillance, laboratoire, prise en charge, prévention des infections, communication, logistique. Deux hôpitaux, avec du personnel soignant dédié, ont été désignés comme centres de traitement. Les capacités de diagnostic ont été renforcées, notamment grâce au déploiement d’un laboratoire mobile. Des équipes de réponse rapide ont mené des investigations de terrain, du traçage de contacts et des recherches actives de cas. Un volet clé a concerné la communication et l’engagement communautaire : information du public, dialogues locaux, lutte contre la désinformation via les réseaux sociaux, identification de relais de confiance. Les pratiques d’inhumation sécurisée et digne — essentielles pour limiter la transmission — ont été systématiquement mises en œuvre.
L’Organisation mondiale de la Santé a apporté un appui technique, opérationnel et matériel : kits de test, équipements, experts déployés, soutien à la coordination transfrontalière et à la prise en charge des survivants.
Pourquoi la vigilance reste nécessaire
La déclaration officielle de fin d’épidémie ne signe pas la disparition totale du risque. Le virus de Marburg étant hébergé dans un réservoir animal, des réintroductions restent possibles. Les autorités sanitaires sont donc encouragées à maintenir des capacités de détection précoce, des circuits de diagnostic rapides et des protocoles de contrôle des infections.
Les recommandations de prévention restent centrées sur la réduction des expositions à risque — notamment dans les grottes et mines abritant des colonies de chauves-souris — et sur l’application rigoureuse des mesures de protection dans les structures de soins (port de gants et de masques, pas de contact direct ou proche avec un malade, cas suspects ou confirmés placés à l’isolement dans un centre de traitement désigné comme tel, gestion des déchets conforme à la réglementation en la matière…).
Un signal important pour la préparation aux épidémies
Cet épisode éthiopien illustre un point clé de la santé mondiale : même des maladies rares peuvent apparaître dans de nouveaux territoires. La rapidité du diagnostic, la qualité de la surveillance, la confiance des communautés et la coordination internationale font la différence.
La gestion de cette flambée montre aussi l’importance d’investir dans des systèmes de santé capables de détecter, isoler et contenir rapidement les menaces infectieuses — un enjeu qui concerne bien au-delà des seules fièvres hémorragiques.
Référence
- Organisation mondiale de la Santé, Disease Outbreak News — Marburg virus disease – Ethiopia, 26 janvier 2026.