La pandémie de mpox que nous avons connue au printemps 2022 a constitué une rupture majeure dans l’épidémiologie de cette infection. Pour la première fois, le virus Monkeypox (MPXV) a diffusé largement hors d’Afrique (plus de 90 000 cas dans des zones du monde qui n’avaient jamais comptabilisé un seul cas auparavant), avec une transmission interhumaine soutenue parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Cette pandémie, liée au cladeClade Les clades désignent les variations d’un même virus qui ont divergé au gré des mutations génétiques. 2b du MPXV, était liée à un mode de transmission quasi-exclusivement sexuel, et à la différence des épidémies africaines historiques, était associée à des présentations cliniques fréquemment anogénitales. Cette vague épidémique a été globalement contrôlée, grâce à la mobilisation communautaire, à la vaccination ciblée et à une modification transitoire des comportements. Néanmoins, des cas de mpox (clade 2b) sont toujours observés sporadiquement en Europe, y compris en France.
Parallèlement, à partir de 2023-2024, la situation s’est nettement aggravée en Afrique centrale, en particulier en République Démocratique du Congo et dans les pays voisins, avec une augmentation importante des cas de mpox, cette fois liés au clade 1b. Ce clade est historiquement associé à une transmissibilité interhumaine plus élevée et à une mortalité potentiellement plus importante. Cette évolution a conduit l’OMS à déclarer, en août 2024, une « urgence de santé publique de portée internationale ». Dans un contexte de circulation mondiale intense, de mobilités internationales et de connexions sexuelles qui ne connaissent pas les frontières, la question de l’importation puis de l’implantation du clade 1b en Europe se pose. Deux articles récents publiés dans Eurosurveillance montrent que cette étape est désormais franchie.
Irlande : transmission secondaire sexuelle, transmission intrafamiliale et transmission nosocomiale
Le premier article rapporte un foyer de transmission de MPXV de clade 1b en Irlande, survenu entre août et octobre 2025. Quatre cas épidémiologiquement liés ont été identifiés, incluant une transmission sexuelle, une transmission intrafamiliale et, fait particulièrement marquant, une transmission nosocomiale.
Confirmation de la transmission du mpox hors Afrique centrale
Le cas index était une personne ayant récemment voyagé au Pakistan, avec un transit par les Émirats Arabes Unis. Les symptômes initiaux, peu spécifiques (syndrome pseudo-grippal), ont précédé l’apparition de lésions génitales pustuleuses. Le diagnostic de mpox n’a pas été évoqué immédiatement, illustrant la difficulté de reconnaissance clinique de cette pathologie en dehors des contextes classiquement considérés comme « à risque ».
La transmission secondaire a concerné :
- Une partenaire sexuelle, ayant développé une forme plus sévère avec atteinte génitale étendue et symptômes systémiques, nécessitant une hospitalisation et un traitement par tecovirimat,
- Un enfant vivant dans le même foyer, avec une atteinte cutanée diffuse,
- Une soignante, contaminée lors de la prise en charge hospitalière de la patiente avant que le diagnostic de mpox ne soit posé.
Cette transmission nosocomiale serait survenue malgré l’application de précautions standard (gants, masque chirurgical).
L’analyse génomique par séquençage complet a permis de confirmer que l’ensemble des virus détectés lors du foyer irlandais appartenait au clade 1b du MPXV, avec une identité génétique stricte entre les trois souches séquencées. Cette absence totale de divergence génétique constitue un argument fort en faveur d’une chaîne de transmission unique, cohérente avec les liens épidémiologiques documentés entre les cas (transmission sexuelle, intrafamiliale et nosocomiale). L’intégration de ces séquences dans une analyse phylogénétique élargie, incluant plusieurs centaines de génomes de clade 1b disponibles au niveau international, montre que les souches irlandaises se regroupent étroitement avec une séquence détectée à Oman en février 2025. Cette proximité phylogénétique suggère une circulation du clade 1b bien au-delà de l’Afrique centrale, notamment dans la région de la Méditerranée orientale et en Asie, régions pour lesquelles la surveillance génomique reste encore lacunaire.
L’origine du cas index difficile à déterminer
S’agissant de l’origine de l’infection du cas index, les auteurs soulignent qu’elle ne peut pas être déterminée avec certitude. Le patient avait donc récemment voyagé au Pakistan avec un transit par les Émirats Arabes Unis, mais ne rapportait ni contact connu avec un cas de mpox, ni exposition clairement identifiée.
La transmission interhumaine du clade 1b avérée
L’analyse des mutations observées dans les génomes irlandais apporte un autre élément important pour comprendre la possible diffusion épidémique de ces souches. Plusieurs substitutions nucléotidiques identifiées sont compatibles avec l’activité de l’enzyme APOBEC3, connue pour induire des mutations caractéristiques lors de la réplication du MPXV dans les cellules humaines. Ce profil mutationnel est désormais reconnu comme une signature de transmission interhumaine établie, par opposition aux infections zoonotiques ponctuelles. Dans le foyer irlandais, ces mutations sont observées à la fois dans les souches locales et dans certaines souches internationales étroitement apparentées, renforçant l’hypothèse d’une circulation prolongée du virus entre humains.
Cette observation confirme l’adaptation à la transmission interhumaine du clade 1b, comparable à celle observée pour le clade 2b lors de l’épidémie de 2022. Autrement dit, le clade 1b ne peut plus être considéré uniquement comme un virus associé à des contextes endémiques africains ou à des transmissions limitées, mais comme un clade capable de se diffuser durablement dans des environnements sanitaires et sociaux très différents, y compris en Europe, et possiblement par voie sexuelle.
Pays-Bas : transmission autochtone et liens transatlantiques
Le second article décrit la première transmission autochtone documentée de MPXV clade 1b aux Pays-Bas, entre octobre et novembre 2025. Huit cas ont été confirmés, tous chez des HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. dont trois vivaient avec le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. Aucun ne rapportait de voyage récent en Afrique, établissant clairement l’existence d’une transmission communautaire locale. Les enquêtes épidémiologiques ont identifié plusieurs contextes de contamination, incluant des contacts sexuels dans un lieu de rencontres à Amsterdam, des transmissions en milieu privé et au moins un cas sans source clairement identifiée.
Une diffusion internationale rapide, impliquant des contacts interhumains
Sur le plan clinique, les tableaux observés étaient globalement comparables à ceux décrits lors de l’épidémie de 2022 liée au clade 2b : lésions anogénitales, symptômes généraux modérés, absence de formes sévères et aucune hospitalisation. Aucun des patients n’avait bénéficié récemment d’une vaccination antivariolique.
L’analyse phylogénétique montre que les huit souches identifiées aux Pays-Bas appartiennent toutes au clade 1b et présentent des liens génétiques étroits avec des souches détectées aux États-Unis et au Canada à partir de l’été 2025. Les auteurs ont notamment identifié des souches ayant une grande proximité génétique : une séquence canadienne collectée en septembre 2025, et plusieurs séquences américaines collectées entre août et octobre 2025. Cette proximité suggère une diffusion internationale récente et rapide du clade 1b, impliquant des contacts interhumains rapprochés de part et d’autre de l’Atlantique.
Une diversité génétique entre les souches
L’étude des souches néérlandaises montrent également qu’il existe entre ces souches une relative diversité génétique, pouvant aller jusqu’à huit substitutions nucléotidiques entre deux cas. Cette observation peut suggérer plusieurs introductions indépendantes du clade 1b aux Pays-Bas, ou une circulation communautaire cryptique préalable, passée inaperçue avant la détection des premiers cas.
Conclusion
Pris ensemble, ces deux travaux montrent que le clade 1b du MPXV est désormais engagé dans une dynamique de transmission interhumaine internationale, avec des chaînes documentées en Europe, des liens étroits avec les circulations observées en Amérique du Nord, et probablement une circulation plus large encore insuffisamment détectée. Les analyses génomiques démontrent que cette diffusion ne repose pas sur des événements zoonotiques isolés, mais sur une adaptation du virus à une transmission prolongée entre humains, facilitée par les mobilités internationales.
Rappelons pour terminer l’importance de la vaccination pour la prévention de mpox.
À ce jour, les données spécifiques sur l’efficacité clinique des vaccins antivarioliques de troisième génération (MVA-BN / Imvanex / Jynneos) contre le clade 1b sont limitées. Les preuves disponibles reposent essentiellement sur des données immunologiques suggérant une protection croisée entre les cladesClade Les clades désignent les variations d’un même virus qui ont divergé au gré des mutations génétiques. du MPXV. Les données observationnelles solides, elles, ne concernent que le clade 2b, et montrent une réduction du risque d’infection et de formes symptomatiques chez les personnes vaccinées. Il n’y a toutefois pas de raison de penser que la vaccination ne serait pas cliniquement efficace contre le clade 1b, aussi, encourageons les populations exposées à se vacciner ou à compléter leur schéma vaccinal.