Robert F. Kennedy Jr, un militant antivaccins aux commandes de la santé américaine
Le choix de placer Robert Francis Kennedy Jr au plus haut poste de responsabilité pour la santé (Secrétaire à la Santé et aux Services Sociaux, l’équivalent de notre ministre de la Santé) en février dernier annonçait bien la couleur: cet avocat, anciennement démocrate et investi dans la défense de l’environnement, était devenu ces dernières années un leader des mouvements complotistes et antivax, particulièrement actif dans la lutte contre le confinement et l’obligation vaccinale aux grandes heures du CovidCovid-19 Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2. Il a consacré une part importante de son activité d’avocat à des affaires portant sur la demande de reconnaissance de la responsabilité des vaccins dans l’autisme, bien que le lien ait été écarté par de multiples études de haut niveau1.
Il était attendu qu’il s’attaque rapidement à la politique vaccinale des Etats-Unis, qu’il critique violemment depuis plus d’une décennie, mais la brutalité des actions mises en place depuis le début de son mandat dépasse les prévisions les plus pessimistes, à l’image des multiples ruptures imposées par le gouvernement Trump au cours des 12 derniers mois (lutte contre le réchauffement climatique, aide au développement international, contribution à l’organisation mondiale de la santé, etc.).
Le démantèlement organisé de la politique vaccinale américaine
Le démontage méthodique de la politique vaccinale opéré au cours des derniers mois a connu plusieurs temps forts :
- Juin 2025 : éviction des 17 membres du comité national chargé des recommandations vaccinales chez l’enfant. Ce comité national était jusqu’ici resté relativement stable au gré des changements de gouvernement, ses membres étant choisis pour leurs expertises et leurs complémentarités plutôt que leur appartenance politique.
- Au décours, la recomposition de ce comité tranche nettement avec les principes antérieurs, avec une nette coloration républicaine « extrême » et une perte franche de l’expertise scientifique, au profit d’un enrichissement en membres du mouvement MAHA, « Make America Healthy Again« .
- Le même mois, les Etats-Unis se retirent du programme Mondial GAVI (Global Alliance for Vaccines and Immunization), partenariat public-privé qui joue depuis 25 ans un rôle primordial pour l’accès aux vaccins essentiels des enfants vivant dans les pays à faibles revenus. Robert F. Kennedy Jr a notamment justifié ce retrait complet, avec annulation des engagements antérieurs du pays, par « la dangerosité des vaccins »…
- Depuis, plusieurs publications « grand public » du comité consultatif sur les pratiques vaccinales (advisory committee on immunization practices, ACIP) ont repris des thématiques chères aux vaccinosceptiques, concernant notamment la toxicité des adjuvants ou le lien entre vaccination de l’enfant et autisme, controverse née d’un article publié en 1998 par Wakefield et rétracté depuis pour cause de fraude scientifique. Ce lien avait pourtant été réfuté par de multiples études de haut niveau, concordantes. En positionnant aux manettes de la politique de santé du pays un avocat qui a construit sa réputation (et sa fortune) sur des affaires portant sur ce lien supposé, le président Trump pouvait s’attendre à ce que ce vieux serpent de mer revienne à la surface. L’impact de la résurgence de cette polémique sur la couverture vaccinale risque d’être dramatique, notamment vis-à-vis de la rougeole, maladie particulièrement contagieuse et potentiellement mortelle chez les immunodéprimés. La France en avait fait la cruelle expérience entre 2008 et 2012, à l’occasion d’une épidémie liée à une baisse de la couverture vaccinale. Sept enfants immunodéprimés étaient morts, évènements d’autant plus tragiques qu’en cas d’immunodépression profonde, le vaccin est contre-indiqué. Ces enfants sont décédés à cause de la mauvaise couverture vaccinale de la France dans ces années-là. Les Etats-Unis vont probablement vivre cette tragédie dans les années qui viennent, si la politique vaccinale n’est pas rapidement corrigée.
- Fin novembre, c’est du côté de la FDA (Food & Drug Administration), l’équivalent de notre Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), qu’une nouvelle attaque a été portée. Vinay Prasad, directeur du CBER (Center for Biologics Evaluation and Research) de cette agence, a annoncé que désormais, aucun nouveau vaccin ne serait autorisé tant qu’il n’y aurait pas eu d’études randomisées démontrant son efficacité. Il s’agit d’une rupture majeure avec le fonctionnement antérieur : pour des agents infectieux tels que la grippe, le pneumocoque ou le Sars-CoV2, les vaccins doivent être régulièrement adaptés à l’évolution des souches qui circulent, en reproduisant les procédures de fabrication du vaccin princeps, ciblant les nouvelles souches, à la condition de démontrer que les patients vaccinés développent des anticorps protecteurs contre ces nouvelles souches. Si le changement de paradigme proposé par Vinay Prasad est adopté, il deviendra impossible de proposer des vaccins adaptés à la grippe chaque année, la cinétique d’évolution des souches dominantes étant nettement trop rapide pour laisser le temps de conduire des études randomisées. Pour les autres agents infectieux, cette nouvelle exigence conduirait à augmenter de manière spectaculaire le coût de développement des vaccins et le délai avant mise à disposition des populations. Aucune justification scientifique n’a été avancée pour expliquer ce durcissement des règles d’autorisation des vaccins, qui aura des conséquences catastrophiques sur leur accessibilité et sur leurs coûts2.
- Dans la foulée, deux mesures risquent de gonfler artificiellement les effets indésirables attribués aux vaccins : le Dr Martin Makary, commissaire de la FDA, a annoncé la volonté de se passer de l’avis de l’advisory committee pour la plupart des décisions, qualifiant cette commission de « coûteuse et laborieuse ». Ce court-circuitage fait perdre une occasion précieuse d’évaluer les rapports bénéfices/risques des vaccins, et efface en grande partie la transparence des décisions ; en parallèle, il a été décidé de tenir compte de tous les évènements indésirables rapportés au décours des vaccinations, sans évaluer la plausibilité du lien entre la vaccination et l’évènement. En considérant tout évènement indésirable grave comme un effet indésirable grave, on surestime forcément la toxicité des vaccins.
- Enfin, un allègement drastique du calendrier vaccinal de l’enfant a été proposé en décembre 2025 et acté en janvier 2026 : désormais, les vaccins contre les hépatites virales A et B, ou le méningocoque, ne sont plus recommandés de manière systématique.

Les risques pour les populations totalement ignorés
Comme pour le désengagement brutal des Etats-Unis dans le financement de l’US Agency for International Development (USAID) l’hiver dernier, ce qui frappe dans cette succession d’attaques sur la politique vaccinale du pays, c’est l’absence de toute prise en compte des conséquences humaines de ces décisions, totalement assumées, ainsi que la vitesse à laquelle des outils précieux peuvent être perdus, par des décisions unilatérales et injustifiées. Dans les deux cas, on peut anticiper que la reconstruction sera longue et complexe. Pour la politique vaccinale, même en espérant qu’une autre équipe gouvernementale, un jour, revienne à la raison, il faudra probablement des décennies pour réparer les dégâts et restaurer la confiance des populations dans l’excellent rapport bénéfices/risques des vaccins recommandés, qui ont permis d’éradiquer des maladies dramatiques dans les pays où les programmes vaccinaux ont été bien appliqués (tétanos, poliomyélite, diphtérie, cirrhose post-hépatite B, cancer du col de l’utérus, etc.). Dans l’intervalle, la résurgence d’épidémies de maladies particulièrement contagieuses, comme la rougeole, va venir illustrer les risques que l’on prend en inquiétant le public – et notamment les parents – avec des craintes pourtant solidement réfutées par les études, telles que le lien entre vaccination et autisme.
Un CDC affaibli, incapable de jouer pleinement son rôle de garde-fou
Est-ce que les conséquences inévitables du relâchement de la politique vaccinale aux Etats-Unis éveilleront les consciences ? Ce n’est même pas certain si l’on considère qu‘en parallèle l’agence nationale chargée de la prévention et du contrôle des maladies (Center for Diseases Control & Prevention, CDC), a également connu des coupes sombres dans ses effectifs et une reconstruction idéologique qui pourrait conduire à négliger les preuves du caractère délétère de la nouvelle politique. On peut aussi craindre une bonne dose de mauvaise foi lors des épidémies à venir, qui risquent d’être particulièrement rudes pour les populations précaires, déjà largement tenues à l’écart.
Des acquis fragiles qu’il faut défendre sans relâche
Quelles leçons peut-on tirer, en France, de ce nouvel épisode de retour en arrière, opéré par la première puissance mondiale ? Surtout prendre conscience que les progrès sont fragiles et qu’il faut se préparer à défendre bec et ongles ceux auxquels on tient, comme la vaccination. Il a été démontré que le programme élargi de vaccinations (PEV) a évité 154 millions de décès entre 1974 et 2024 dans le Monde, dont 95% chez des enfants de moins de 5 ans3. Ces vies sauvées ne sauraient être remises en cause par des théories complotistes entretenues par un gouvernement toxique. Nous ne sommes pas du tout à l’abri d’une contagion de ces politiques destructrices de notre côté de l’Atlantique. Il faudra rester unis et déterminés pour éviter le pire…
Références
- Coste P. Robert F. Kennedy Jr : Un an de prédation vaccinale. Libération 07 01 2026:2-4. ↩︎
- Califf RM et al. A threat to evidence-based vaccine policy and public health security at the FDA. New Engl J Med 2026;394(1):4-6. ↩︎
- Shattock AJ et al. Contribution of vaccination to improved survival and health: modelling 50 years of the Expanded Program on Immunization. Lancet 2024;403(10441):2307-2316. ↩︎