Dans leur rapport rendu public le 12 janvier 2026, les auteurs, missionnés par le ministre délégué chargé de la Santé et de l’Accès aux Soins, identifient plusieurs facteurs de fragilisation : un déficit manifeste d’éducation scientifique et sanitaire dans la population, la montée en puissance des fausses croyances dans le débat public et la visibilité croissante des médecines pseudo-scientifiques. Parallèlement, en amplifiant massivement la diffusion de contenus trompeurs, les réseaux sociaux aggravent la défiance envers la parole publique.
La désinformation touche tous les domaines : vaccination, cancer, alimentation, santé mentale, santé des femmes, pratiques de soins non conventionnelles ou risques environnementaux. Ses acteurs se retrouvent à tous les niveaux du système de santé, des scientifiques aux autorités publiques, des personnalités politiques aux médias, en passant par les influenceurs et les lobbies industriels. Plus inquiétant encore, le rapport souligne que cette désinformation ne relève pas du hasard mais d’une organisation structurée. Le rapport rappelle l’existence d’un écosystème économique prospère autour de pseudo-médecines et de thérapies alternatives sans validation scientifique, générant des revenus substantiels grâce à la vente de produits, de formations ou de consultations, servant à financer la désinformation.
Ces acteurs déploient des techniques de communication sophistiquées, empruntées au marketing commercial : campagnes ciblées sur les réseaux sociaux, recours à des influenceurs, création de contenus pseudo-scientifiques imitant les codes de la recherche académique, et référencement optimisé pour toucher un maximum de personnes vulnérables.
Les neuf recommandations du rapport
Dans leur rapport, les auteurs proposent neuf recommandations afin d’élaborer une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé :
- Promouvoir l’éducation à l’esprit critique, à la science, à la santé et aux médias dès le plus jeune âge et tout au long de la vie. Cette éducation doit développer une culture scientifique partagée, une culture citoyenne en santé, et renforcer l’éducation aux médias appliquée à la santé, afin de permettre aux citoyens de distinguer les faits des opinions, les connaissances des croyances.
- Renforcer la formation à la science, à l’esprit critique, à la littératie numérique et à la communication. Elle concerne tous les professionnels : formation scientifique et méthodologique renforcée, formation à la communication pour les professionnels de santé et scientifiques, compétences accrues pour les futurs professionnels de santé, modernisation de la formation continue, amélioration de la formation des journalistes, formation des cadres publics et élus à la désinformation, développement de nouvelles formations universitaires, et interdiction de la labellisation académique de pratiques de soins non validées.
- Élaborer un plan public d’information et de lutte contre la désinformation dans chaque institution. Chaque acteur (agences, ministères, universités, organismes de recherche, établissements de santé, sociétés savantes, associations) doit mettre en place et rendre public son propre plan d’action, précisant ses ambitions, organisant une introspection régulière sur ses pratiques, définissant des règles de communication incluant la gestion des liens d’intérêts, et rendant compte périodiquement des actions menées.
- Développer et déployer un Info-Score Santé, sur le modèle du Nutri-Score. Cet indicateur permettrait d’évaluer la qualité éditoriale des sources d’information en santé selon des critères transparents (traçabilité, validation scientifique, actualisation, gestion des erreurs, liens d’intérêt), offrant au public un repère lisible pour s’orienter dans un paysage informationnel saturé, avec une gradation de A (excellent) à E (défaillant). A cette étape, le rapport ne précise pas les conditions de mise en place de cet outil, ni les contenus sur lesquels il s’appliquerait.
- Développer un système d’infovigilance au sein de l’observatoire de l’information en santé, avec trois missions principales : repérer (structurer une organisation de signalement et de détection), vérifier (qualifier et analyser les contenus trompeurs), et informer (organiser une réponse graduée, rapide et coordonnée). Ce système permettrait une détection précoce et une réaction rapide face aux vagues de désinformation émergentes.
- Créer un observatoire de l’information en santé qui deviendrait le point d’entrée public de l’information de santé fiable en France. Coordonné par un comité de pilotage s’appuyant sur un conseil scientifique, il serait doté d’une plateforme d’information accessible via le portail Santé.fr modernisé, d’une IA générative conversationnelle, d’un annuaire d’experts et d’un système d’infovigilance pour signaler les nouveaux cas de désinformation en santé.

- Inverser le risque en sanctionnant les désinformateurs et en protégeant les scientifiques. Le rapport préconise de faire appliquer rigoureusement les textes existants par les autorités administratives, disciplinaires et judiciaires plutôt que de créer de nouveaux délits, de communiquer sur les sanctions pour dissuader, de contrôler les associations orchestrant des campagnes de harcèlement, de renforcer la régulation des médias, et surtout de protéger les scientifiques qui informent en appliquant systématiquement la protection fonctionnelle et en créant une structure pérenne pour la défense de la science.
- Faire de l’infodémiologie une priorité de recherche via un PEPR (Programme et Équipement Prioritaire de Recherche). Ce programme permettrait de mieux comprendre les récits, les mécanismes algorithmiques, les comportements de santé, les coûts économiques et les stratégies de communication efficaces. L’infodémiologie, discipline scientifique émergente qui étudie l’information en santé et son impact sur la santé publique, doit devenir un axe de recherche structuré et financé.
- Agir au niveau européen en repensant la régulation des plateformes numériques, qui apparaissent désormais comme des médias dotés d’une véritable politique éditoriale et doivent être traitées comme tels, et en agissant auprès des instances européennes pour favoriser l’intégration de l’infodémiologie dans les appels d’offres de recherche afin de renforcer les collaborations internationales face à un phénomène qui dépasse les frontières nationales.
Les auteurs du rapport concluent que la désinformation représente un risque majeur pour la santé publique, la confiance dans la science et la cohésion sociale. Face à cette menace, toutes les mesures qui se révéleront nécessaires devront bénéficier d’une volonté politique forte et de moyens dédiés importants pour avoir une chance d’être efficaces.
S’il est impératif de produire plus de recherche de ce type et qu’il faut absolument saluer le travail réalisé, ce rapport souligne aussi à quel point la tâche est ardue et combien il sera difficile d’inventer des solutions capables de transformer durablement l’écosystème informationnel et de restaurer la confiance dans l’information en santé.