L’infection par le VIH, un facteur de risque face aux formes graves du Covid-19

Présenté à l’occasion du lancement de la conférence de l’IAS 2021, un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que l’infection par le VIH est un facteur de risque indépendant de maladie grave au COVID-19.

Télécharger le rapport de l’OMS (en anglais)

Les chercheurs de l’OMS ont analysé les données cliniques soumises par 24 pays, sur plus de 15 500 personnes vivant avec le VIH ayant été hospitalisées à cause du Covid-19. L’âge moyen de ces patients était de 45,5 ans. Environ 37% étaient des hommes, 92% avaient reçu un traitement antirétroviral et 36% d’entre eux souffraient d’une forme grave ou critique du Covid-19 lors de leur admission. Les autres maladies chroniques les plus courantes constatées étaient l’hypertension, le diabète et l’obésité. Parmi les patients dont on connaît le sort, 23% sont décédés à l’hôpital. 

Dans la population hospitalisée suivie et par rapport aux personnes séronégatives, les personnes vivant avec le VIH présentaient un risque accru de forme grave ou critique du Covid-19 à l’admission à l’hôpital (aOR 1,06, IC à 95 % 1,02 à 1,11), après ajustement en fonction de âge, du sexe et la présence d’autres maladies chroniques (diabète, tuberculose, tumeurs malignes et maladies cardiaques et pulmonaires chroniques). Le risque de maladie grave ou critique évalué est le même , si on prend en compte le nombre de comorbidités dans la modélisation (aOR 1,13, IC à 95 % 1,09-1,17).

Les personnes séropositives, non prioritaires pour la vaccination

Jusqu’à présent, les personnes vivant avec le VIH ne font pas partie des personnes considérées comme particulièrement exposées face au VIH, et ne sont pas prioritaires pour se faire vacciner. En France, les sociétés savantes et les associations de lutte contre le sida s’étaient mobilisées en janvier 2021 pour que les personnes vivant avec le VIH accèdent à la vaccination le plus tôt possible. Toutes les personnes immunodéprimées sont, elles, considérées comme particulièrement exposées face au SARS-CoV-2. 

Dans les études précédentes, les preuves de l’impact de l’infection VIH sur la gravité et la mortalité du COVID-19 étaient limitées, voire contradictoires. La plupart des études ont été menées sur des cohortes relativement petites, et dans des contextes spécifiques. Retenons néanmoins que les données de l’étude OpenSAFELY, présentée à la CROI 2021 au début de l’année, montraient déjà que les patients séropositifs avaient un risque multiplié par 2,9 de décès liés au Covid-19.

Des données manquantes

S’ils sont inquiétants, ces résultats doivent pour autant être accueillis avec mesure: Les auteurs reconnaissent qu’une des limites majeures des données soumises à la plate-forme de l’OMS était l’absence d’informations sur le traitement antirétroviral des personnes suivies. En effet, ces données n’étant disponibles que dans 40% des cas, on ne connaît donc pas les risques en fonction de l’efficacité du traitement VIH. De la même manière, le poids et l’indice de masse corporel n’ont pas été collectés, alors même que le surpoids est un facteur de risque important pour les formes sévères de l’infection par le SARS-CoV-2.

Ces résultats plaident en tout cas pour un accès accru des personnes vivant avec le VIH à la vaccination, dans tous les pays: «Cette étude souligne l’importance des pays incluant toutes les personnes vivant avec le VIH dans la liste des populations prioritaires pour les programmes nationaux de vaccination contre le COVID-19», a déclaré Adeeba Kamarulzaman, présidente de l’IAS et coprésidente internationale de l’IAS 2021, lors de la conférence de presse de lancement. «La communauté mondiale doit également faire beaucoup plus pour l’accès aux vaccins Covid-19 dans les pays à forte prévalence du VIH et des autres maladies. Il est inacceptable qu’à ce jour, moins de 3% de l’ensemble du continent africain aient reçu une seule dose du vaccin et moins de 1,5% aient reçu les deux doses.»