L’impact du Covid-19 sur l’hôpital : l’exemple de Delafontaine, à Saint-Denis

Le tableau dressé par Josiane Phalip-Lebesnerais, psychologue clinicienne du comité sida sexualités prévention à l’hôpital Ville-Evrard (93), donne une idée de l’intensité des bouleversements causé par l’irruption du Covid dans la vie des soignants.

Détachée au Centre hospitalier Delafontaine de Saint-Denis, situé dans un des départements les plus touchés de France, la psychologue décrit, à l’occasion de l’e-congrès 2020 de la SFLS, «une ambiance bizarre dans un hôpital où l’ensemble des consultations et services ambulatoires ont progressivement fermé et où les services hospitaliers se sont transformés les uns après les autres en unités Covid.» De mi-mars à mi-juin, les équipes ont reçu 560 patients hospitalisés, dans 217 lits consacrés au Covid, 236 au plus haut point. L’hôpital entier était dédié au Covid. Et 164 de ces patients sont décédés.

«L’hôpital s’est transformé, muré ; il était à la fois déserté dans les parties communes et transformé en une fourmilière dans les services.» Face à la crise, une première cellule d’antenne psychologique s’est créée très vite, d’abord pour les malades hospitalisés et leur famille: «Beaucoup de patients étaient paniqués d’être à l’hôpital, d’autres étaient rassurés d’être enfin acceptés aux urgences plutôt que seuls chez eux.» Toutes les visites étaient interdites, sauf pour les gens en fin de vie ou pour les gens décédés, où deux membres uniquement étaient autorisés à venir. «C’était difficile.»

Face à l’angoisse de mort, à la panique, au sentiment d’abandon, l’antenne psychologique a réalisé 500 appels visio avec les familles, en étant l’intermédiaire avec le patient, «qui parfois avec son masque à oxygène n’arrivait qu’à dire deux mots». «Ces séances étaient extrêmement émouvantes et éprouvantes mais aussi extraordinaires, puisque ça permettait aux gens de rester en contact. Bien souvent, ils n’avaient pas leur propre téléphone, s’ils étaient venus en urgence, ou ils ne savaient pas s’en servir, s’ils étaient un peu âgés.»

Le cellule accueillait les familles à l’entrée de l’hôpital pour les visites, quand elles étaient possibles, les aidaient à s’habiller, les accompagnaient dans les chambres pour une demi-heure. Lors d’un décès, les familles n’avaient qu’une heure pour venir, «il fallait qu’ils courent, on les habillait et ils pouvaient voir leur proche décédé». Josiane Phalip-Lebesnerais raconte aussi des moments plus gais, «comme les patients qui sortaient de réanimation», des moments euphoriques «parce qu’on partageait tous le bonheur de ces gens».

Des maraudes psy pour les soignants

Le personnel, aussi, a pu s’appuyer sur cette cellule psy: «On a mis en place des maraudes dans l’hôpital, la nuit, le week-end, à la rencontre des soignants», qui parfois, étaient réticents à venir eux-même vers la cellule. L’équipe psy avait la chance de compter plus d’une vingtaine de personnes, grâce à toutes celles et ceux qui s’étaient portés volontaires. Ainsi, le personnel soignant a ainsi pu exprimer «sa fatigue, son impuissance face à la mort et à la dégradation rapide de l’état de santé des patients, souvent d’heure en heure» ; raconter les processus inhabituels, comme l’obligation de s’occuper du corps au moment du décès, les peurs liées aux risques de transmission à la maison, les proches hospitalisés. Pour celles et ceux qui le souhaitaient, des groupes de paroles dans les services et des permanences en physique et par téléphone ont été assurés. 

Enfin, pour les 120 soignants atteints par le Covid, c’est un véritable «hôpital de jour pour les soignants» qui a été mis en place, et presque tous ont acceptés la proposition de bénéficier d’un suivi psychologique.  

«J’ai rarement vu une telle mobilisation, salue Josiane Phalip-Lebesnerais, tout le monde a été au-delà de ses compétences», avant de se réjouir que tout ceci soit déjà en place: «Alors que nous en entrons dans la deuxième vague, tout le monde s’en saisit déjà.»

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