Pr Gilles Pialoux: «On n’a pas su tirer les leçons du VIH»

Notre estimé rédacteur en chef, le Pr Gilles Pialoux, actuellement en première ligne face au coronavirus dans son service parisien de l’hôpital Tenon, a fait l’objet d’un portrait signé Valérie Lehoux dans Télérama daté du 18 avril.

Gilles Pialoux dans Télérama
Capture d’écran de Télérama n°3666. DR.

Si les deux maladies, Covid-19 et sida, ne sauraient être comparées, Gilles Pialoux, engagé contre le VIH depuis 1983, retrouve dans la crise actuelle des échos de la pandémie sida qu’il aurait aimés laisser derrière lui: «Les maladies n’ont rien à voir, et pourtant je constate la même impréparation des services sanitaires. On n’a pas su tirer les leçons du VIH et de l’importance absolue de dépister. De nouveau, nous avons des réunions de crise, où il n’est question que de palliatif. Les chambres mortuaires sont devenues trop petites… Comme souvent avec les maladies émergentes, les gens ont mis du temps à réaliser, ne se sentant vraiment concernés que quand l’un de leurs proches est tombé malade. Mais pour cette crise comme pour le sida, nous devrons tirer le bilan politique de ce qui s’est passé. Les fermetures de lits à l’hôpital depuis des années, les calculs de rentabilité à court terme… Plus jamais nous ne devrons nous retrouver à court de masques et de respirateurs. Tout cela est hallucinant.»

Gilles Pialoux a rappelé également sa colère face aux polémique autour de l’usage de l’hydroxychloroquine: «Autant la piste scientifique est intéressante et fait l’objet de plusieurs essais sérieux, autant le débat est très vite devenu inaudible, voire nauséabond sur les réseaux sociaux, avec des délires complotistes, des relents antisémites, des accusations de conflits d’intérêts contre ceux qui osent exprimer des réserves… Tout cela alimente la peur et génère une défiance vis-à-vis du corps médical. Il faut se calmer. Nous avançons comme par temps de guerre, et on n’en a pas fini avec ce coronavirus. C’est compliqué et épuisant.»

Sa longue relation amicale avec la chanteuse Barbara, engagée contre le VIH/sida, est également évoquée. Apprenant en 1988 que la chanteuse veut s’engager, le jeune médecin a «récupéré son téléphone auprès du service culture de Libé et demandé une interview». Un mois plus tard, Barbara venait dans les bureaux du quotidien. «À la fin de l’entretien, je lui ai lancé: je m’occupe aussi de malades, vous savez, et à mon petit niveau je peux vous aider, si vous voulez agir. Elle s’est retournée: eh bien vous m’aiderez!» Pendant des mois, ils visiteront les prisons ensemble. Pense-t-il à elle dans cette crise? «Bien sûr, comme à chaque crise, que ce soit dans ma vie privée ou dans la vie publique. Elle est un de mes repères. Peut-être aurait-elle ouvert une ligne téléphonique pour les malades du Covid-19, comme elle l’avait fait pour ceux du sida, car ils ressentent aussi beaucoup d’isolement et d’angoisse. Et cela m’amuse de penser que Barbara, qui ne sortait presque pas de sa maison, sauf pour chanter ou aller dans les prisons et les hôpitaux, assumerait sans doute bien la situation actuelle. Avant l’heure, elle était la reine du confinement!»

Extraits repris avec l’aimable autorisation de Valérie Lehoux.

accumsan at ipsum risus. Sed dolor non id suscipit