CROI 2020 : virtuelle sera ton nom

Le Pr Gilles Pialoux couvre la CROI pour Vih.org et la Lettre de l’infectiologue depuis des années. Pour la première fois, et à cause du Covid-19, la conférence se tient de façon virtuelle, avec une diffusion en direct sur le net pour les personnes inscrites.

Me serais-je donc trompé de date? Je me suis rendu ce dimanche 8 Mars, journée international des droits des femmes, à 5:00 PM pétantes dans l’auditorium du hall C, au Hynes Convention Center de Boston, après un arrêt par la Cheesecake Factory, étonnamment dépeuplée, comme désormais c’est l’accoutumée pour la plupart des CROI sises à Boston.

Mais il n’y avait pas cette agitation fébrile si caractéristique de piétons disciplinés aux passages protégés, d’Américains en bras de chemise malgré l’hiver tenace sur Boston et ce brassage multiculturel qui fait aussi la richesse des conférences internationales comme la CROI. Pas l’ombre non plus d’un membre de sécurité à l’entrée. Arrivé dans l’auditorium Balcony, j’étais seul. Seul avec quelques hommes de ménage. Les chaises étaient soigneusement rangées le long des parois amovibles. A ce moment-là, précisément, mon réveil a sonné. Et fort.

La CROI 2020 est pour la première fois de son histoire une abstraction virtuelle, sans hologramme. Je suis bien à Paris comme toute l’équipe du e-journal mais pas encore en quatorzaine. Entre temps, le Coronavirus COVID-19 a diffusé son lot de cas bénins, de réanimés et de mortalité, de Wuhan à Creil en passant par Venise, et son flot de fake news et d’interrogations scientifiques. Les recommandations internationales ont eu raison de la réunion en un même lieu de plus de 5000 spécialistes des maladies infectieuses et de la virologie tous mobilisés ou mobilisables. Le VIH cède pour un moment le pas au futur de cette pandémie que l’on souhaite le plus bref possible. On se réjouit de la prudence des organisateurs, tout en étant attristé. On en est donc réduit sans voyage, sans Chardonnay et sans échange —même à plus de 1 mètre et à moins de 15 minutes, ou avec un masque— entre scientifiques venus de différents continents.

Il reste la substantifique moelle désincarnée de cette conférence qui valait d’habitude autant par ses échanges que par ses communications. Il est vrai qu’il était difficile de faire sans les chinois, sans les coréens du sud, les italiens, les iraniens, les habitants de Singapour et sans doute toute une partie de l’Europe vécue par les États-Unis comme un continent à risque de coronavirus.

Reste à décortiquer les 470 pages de l’abstract book et à déterminer en équipe soudée mais de Paris, l’essentiel qui doit être retranscrit dans notre e-journal. Et pourtant, à priori, il en est des infos dans cette nouvelle livraison de la CROI.

À commencer par une information qui est sortie la veille de l’ouverture de la conférence, en page 8 du Journal du dimanche après quelques 4 pages consacrées au Coronavirus sous la photo de Francois Dabis, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le Sida et les hépatites virales (ANRS). Une vraie information: l’épidémie de VIH/Sida en Russie aurait fait 37000 décès dans l’année 2018, un travail réalisé par le Russe Vadim Pokrovski, chef du centre fédéral scientifique et méthodologique de prévention et de contrôle du Sida. Selon cet épidémiologiste, non inscrit à la CROI 2020, plus de 1,1 million de personnes vivent avec le VIH en Russie avec 103000 nouveaux diagnostiqués en 2018! Ce qui aurait boosté considérablement les demandes d’autotests sur internet en Russie sans pour autant régler le problème de fond qui est entre autre la stigmatisation des personnes séropositives, la qualification par la Russie de plusieurs d’ONG «d’agents étrangers», l’homophobie comme sport national et l’absence quasi-totale de politique de réduction des risques pour les usagers de drogues qui restent des délinquants. A noter que selon ce même organe fédéral, seule la moitié des russes vivant avec le virus ont reçu un traitement antirétroviral, ce qui en dit long sur la cascade de soins dans ce pays.

Cette CROI est pourtant marquée par plusieurs attentes. A commencer bien-sûr par les sessions consacrées aux stratégies curatives, de nouveau en vogue cette année et c’est une bonne nouvelle. Dont une session qui suivra d’ailleurs le Special Lunch Time Session on Covid-19 de mardi, avec plusieurs agents dont le Tamoxifène associé au Vorinostat, des essais sur les checkpoint, les CAR-T cells, l’ABX464, etc. Sans oublier, bien sûr, les données attendues de l’essai ANRS-QUATUOR sur les réservoirs, le sperme notamment. On attend aussi beaucoup des données consolidées avec les molécules injectables non pas tant l’Elsulafavirine, un nuc précisément commercialisé… en Russie, mais plus du côté des Long Acting ayant fait leur preuve à l’image (#34) des communications des résultats de l’étude ATLAS-2M avec Cabotégravir et Rilpivirine en intra-musculaire tous les deux mois. 

Plusieurs sujets mériteront de s’y arrêter, notamment la session TD-02 sur les consommations d’hormones et le sur risque cardiovasculaire à la fois chez les hommes vivant avec le VIH et utilisant de la testostérone pour augmenter leur capacité sexuelle mais aussi l’utilisation des hormones chez les femmes transgenres. Comme à l’accoutumée, il devrait être peu question des injecteurs de drogues même si une présentation dès mercredi en plénière (#62) utilise le français pour venir à la rescousse sur la prévention des injecteurs de drogues: «Plus ça change, plus c’est la même chose!» Les sessions de prévention avec notamment des anciens et des nouveaux agents seront particulièrement suivies telle la session de présentation orale CO-08 qui va des inserts vaginaux chez le macaque à la question de l’initiation de la Prep durant une primo-infection VIH et de son impact sur les résistances (#93). Sans oublier un détour chez les très rares français qui n’auront pas à faire le voyage à Boston pour s’exprimer, dont Valérie Delpech, mais qui est localisée au Royaume-Uni et notre consœur Jacqueline Capeau en maîtresse de cérémonie sur la session concernant les augmentations de poids sous traitement antirétroviral. Du lourd donc.

Voilà, on est au taquet avec l’équipe Edimark, Valérie Pourcher, Laurence Morand-Joubert et Jean-Philippe Madiou. Sans jetlag. Et nos nuits sur youTube ou sur le site de la CROI seront plus belles que nos jours «virusés» par le Covid-19.

Cet article a été publié dans la Lettre de l’infectiologue consacrée à la CROI 2020. Nous le reproduisons avec leur aimable autorisation.

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