CROI 2017 — Surtout ne nous débarrassez pas de la Rakaï

La Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, la CROI, a choisi Seattle pour son édition 2017, du 13 au 16 février. Gilles Pialoux, rédacteur en chef de Vih.org, est sur place.

Difficile encore, à J1 de cette CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH. loin de tout, de distinguer ce qui va rester dans les mémoires, si ce n’est dans les consciences, en rentrant, jetlagués, de Seattle. On peut faire preuve de fainéantise en reprenant le Press Conference Schedule qui a retenu, entre autres les inhibiteurs de capsides à action prolongée, l’essai ANRS 12 249 de TasPTasp «Treatement as Prevention», le traitement comme prévention. La base du Tasp a été établie en 2000 avec la publication de l’étude Quinn dans le New England Journal of Medicine, portant sur une cohorte de couples hétérosexuels sérodifférents en Ouganda, qui conclut que «la charge virale est le prédicteur majeur du risque de transmission hétérosexuel du VIH1 et que la transmission est rare chez les personnes chez lesquelles le niveau de charge virale est inférieur à 1 500 copies/mL». Cette observation a été, avec d’autres, traduite en conseil préventif par la Commission suisse du sida, le fameux «Swiss statement». En France en 2010, 86 % des personnes prises en charge ont une CV indétectable, et 94 % une CV de moins de 500 copies. Ce ne sont pas tant les personnes séropositives dépistées et traitées qui transmettent le VIH mais eux et celles qui ignorent leur statut ( entre 30 000 et 50 000 en France). en Afrique du sud ( 2 communications orales), l’essai SWORD 1 et 2 avec DTG+RPV, le Bictegravir en comparaison frontale avec le Dolutegravirdolutegravir Le dolutégravir, nom de marque de Tivicay® et présent dans Juluca® et Triumeq®, appartient à la une classe de médicaments antirétroviraux appelés inhibiteurs de l'intégrase. Il est utilisé en combinaison avec d'autres médicaments anti-VIH. (avec FTC/TAF), l’effet de le prednisone sur la prévention de l’IRIS tuberculeuse, le microbiote …vaginal, ses facteurs de risques de transmissibilité VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. et son impact sur la PrEPPrep Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®.  chez les femmes, la doxycicline en prévention post exposition chez les HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.  dans Ipergay,  l’épidémie cachée et la cascade de soins chez les HSH aux Etats-Unis (3 CO), le chemsexchemsex Le chemsex recouvre l’ensemble des pratiques relativement nouvelles apparues chez certains hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), mêlant sexe, le plus souvent en groupe, et la consommation de produits psychoactifs de synthèse. etc.. Sans oublier la Rakai qui nous revient régulièrement. Non pas cette racaille dont un certain Nicolas S. avait promis de nous débarrasser mais la province d’Ouganda, appendue au Lac Victoria. Là même ou le TasP a débuté en 200. Et là où, aujourd’hui, la prévention combinée (Antirétroviraux depuis 2004, circoncision débuté en 2007, le tout grâce au Pepfar à l’avenir incertain sous l’aire Trump) associés aux modifications comportementales et aux préservatifs fait au bas mot 42 % de réduction de l’incidence VIH!

Pas de conclusion hâtive, mais un sentiment. Qu’il n’est point besoin de convoquer les épistémologistes, Bachelard en particulier, pour constater de CROI en CROi combien la science n’est que récurrence de la pensée. La théorie du « cure » lancé une première fois en grande pompe lors de la Croi 1996 puis celles de 2013 et 2014, édulcorée en « guérison fonctionnelle » dans le sillage du Patient de Berlin et des enfants Visconti n’est plus l’ombre que d’elle même. Songez qu’il a été montré ou redémontré que traiter les primo-infections très précocement (Fiebig 1) ne suffit pas à se passer des antirétroviraux, que l’association d’un vide-réservoirs (Romidepsin) et d’une molécule vaccinale ne suffit pas à purger les réservoirs, que les anticorps neutralisants (VRC 01b) ne préviennent pas le rebond post arrêt des antirétroviraux  et que même les associations les plus novatrices (TLR 7 angonist + Ad 26 MVA) ne font qu’estomper le rebond viral post suspension antirétrovirale. Que dire du retour es Zinc Fingers promus en 2014 déjà ? Et même la très élégante et médiatique présentation plénière de Carl H.June (# 13) (Philadelphia,PA) sur les avancées en matière de thérapie cellulaire n’a pas dissipé le malaise. Concernant l’approche CAR T Cell (Chimeric Atigen Receptor) : 161 essais recensés au 14/2/2017, tous dans le cancer, aucun dans le VIH…

Et aussi, cette vérité lancinante rappelé lors de plusieurs séances : le poids des HSH1 Dans l’avion Paris–Seattle lecture d’un petit livre du romancier Philippe Besson: «Le patient zéro». Un joli livre sur les candidats différents à la position controversée et stigmatisante de « patient zéro », de Andrew Carr à Gaétan Dugas. STEINKIS EDITIONS (18/05/2016). dans l’épidémie actuelle au Nord. Tant pour le VIH que pour les autres ISTIST Infections sexuellement transmissibles. . Sonia Singh (#30) du CDC a re-précisé que les HSH représentent 2 % de la population générale et 67 % des personnes vivant avec le VIH aux Etats-Unis en 2015. Dont 17,3% (16,3-18,4) sans connaître son statut sérologique. Soit une prévalencePrévalence Nombre de personnes atteintes par une infection ou autre maladie donnée dans une population déterminée. de 615 000 HSH VIH + sur le territoire américain et un accroissement d’incident chez les latinos HSH et chez les plus jeunes (25-34 ans) d’entre eux.  

Enfin comment ne pas remarquer que cette XXIVème CROI se déroule avec une participation française qui rétrécit à vue d’oeil. Et sans fête de l’ANRS cette année, pour cause d’année compliquée pour l’Institution entre l’IAS Paris 2017 et d’absence d’arbitrage ministériel sur la succession de Jean-François Delfraissy.

Gilles Pialoux est en direct de la CROI, avec le e-journal d’Edimark et jean-Philippe Madiou, Valérie Pourcher, Laurence Morand-Joubert, Rodolphe Garaffo. 

Précision

Suite à l’envolée éditoriale d’hier sur le thème «un éléphant çà Trump énormément», il nous faut préciser que Avi Hakim, présentateur du Poster # 914: «HIV status awarreness and art coverage among female sex workers in Juba, south Sudan» alors que le sud Soudan figure parmi les sept « pays musulmans jugés dangereux » par Donald Trump, était bien présent devant son poster. Et pour cause, il est américain, et membre du CDC. Les soudanais, eux, sont restés bien au chaud chez eux.