AFRAVIH 2016 — «La solidarité, c’est la tendresse des peuples»*

Édito — L’Afravih 2016 est avant tout une grande conférence internationale sur le VIH/sida et les hépatites. Une conférence plurielle, transdisciplinaire, haut de gamme, terreau d’échanges et d’expériences.

De la recherche fondamentale aux délégations de soins en passant par l’engagement communautaire. Et puis hasard du calendrier, mais point de la géographie, cette 8 ère conférence francophone, est sise en plein Bruxelles. A 5 mn de tram de la station de métro Maelbeek, ensanglantée dans une autre guerre qui est toujours à faire1

Bruxelles ma belle 
Je te rejoins bientôt aussitôt que Paris me trahit 
Et je sens que son amour aigrit 
Et puis 
Elle me soupçonne d’être avec toi le soir 
Je reconnais c’est vrai tous les soirs dans ma tête 
C’est la fête des anciens combattants d’une guerre 
Qui est toujours à faire 

Dick Annegarn

. Mais Le Square, lieu du congrès, n’est pas Molenbeek. Et Molenbeek n’est pas Bruxelles. Et les 1081 congressistes venus dans la capitale Belge y représenter la francophonie, ses 274 millions de personnes de 80 pays et 5 continents, ne s’y sont point trompés. L’occasion aussi de rappeler que parfois les facteurs de risques, ou de vulnérabilité, se cumulent. Et que dans certains pays de la francophonie on peut être emprisonnés, inquiétés, violentés pour son identité de genre, sa sexualité comme pour son refus de porter tout signe extérieur d’allégeance à une croyance.

Cette conférence de l’Afravih permet aussi de sortir la francophonie de l’éteignoir de la CROi ou de la dilution d’une IAS. Parce que, comme l’a si bien rappelé Martine Peeters (IRD) lors de la cérémonie d’ouverture, l’histoire du vih/sida est elle-même francophone. De la découverte du Vih à la Prep de l’essai Anrs-Ipergay, en passant par Temprano. Mais aussi par l’analyse phylogénétique des origines du VIH. Où comment le VIH est sorti dans le sud-est du Cameroun du berceau simien pour se retrouver pathogène chez l’homme et remonter le fleuve congo jusqu’à Kinshasa, lieu de rencontre avec les populations urbaines et la mondialisation.

Il est rare qu’une séance d’ouverture d’un congrès résume aussi bien le fil conducteur et le contenu de quelques 488 abstracts (115 de France, 47 du Burkina Faso, 40 du Sénégal, 38 de Côte d’Ivoire, 31 du Cameroun, et de RDC, 30 du Mali…) dont 114 communications orale et 374 posters. Avec discours offensif et bien construit de Christine Katlama, La présidente de l’Afravih, que l’on pourrait, au risque de le caricaturer, résumer en une injonction: «Ne pas couper le fil, jamais!». En précisant combien la lutte contre le VIH et les hépatites doit faire face au développement des inégalités d’accès: à l’information, à la prévention et à la prise en charge thérapeutique. Des difficultés croissantes, pour les populations les plus vulnérables, au plan social et économique, en particulier pour ceux que les guerres, les politiques de répression et les crises socioéconomiques rejettent sur les chemins des migrations, loin des structures de soins. «La synergie concertée des acteurs et des institutions internationales est impérative, dira Christine Katlama, pour espérer vaincre, à terme, ces infections virales chroniques.»

Bruxelles est désormais aussi la terre d’un Appel , comme Viennes ou Durban, qui fera date dans la lutte contre le vih. Un appel porté par les activistes sida présent, et en particulier Coalition PLUS : A travers son initiative «PrEParons un monde sans sida», l’association appelle tous les Etats à autoriser la PrEP et à mobiliser les investissements financiers nécessaires pour un monde sans sida d’ici 2030 : «Nous exigeons que la PrEP soit disponible au Nord comme au Sud, pour toutes les personnes qui sans cet outil risquent d’être contaminées par le virus», a demandé sa présidente, Hakima Himmich. «A l’automne prochain, les Etats développés devront annoncer leur contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme: une occasion unique pour augmenter les investissements financiers internationaux et permettre, en plus de l’accessibilité aux traitements, la mise en place de dispositifs de prévention dont la PrEP fait partie ». Comme l’a souligné Christine Katlama il ne faut pas que ce financement de la Prep soit retiré aux financements des traitements a visée thérapeutique : «  en plus pas en soustraction ! ». Même message dans la bouche du Dr Aliou Sylla, porte-parole de Coalition PLUS sur ce sujet et directeur de la plateforme Afrique de l’ouest de la coalition, dans une nuée de tee-shirts d’un bleu mi Schtroumpf, mi Truvada : « Nous avons demandé la parole parce que nous avons besoin de faire de la PrEP une réalité dans nos pays. La PrEP est une urgence ! »

Dans un registre plus «french doctor» et très militant(e), une suissesse, le docteur Isabelle Andrieux-Meyer, de Médecins sans frontières (MSF) a évoqué à la tribune une « tragédie globale » à propos de l’indisponibilité des nouveaux traitements du VHC. Thème repris en séance de clôture par Karine Lacombe. En effet 96 % des personnes traitées pas ces molécules vivent dans les pays développés. Le Dr Andrieux-Meyer n’hésitant pas à comparer , au passage, la révolution thérapeutique que constitue l’arrivée des antiviraux à action directe (DAA) à celle de la pénicilline… Reste que face aux prix des DAA qui posent clairement problème, alors que 150 millions de personnes sont infectées par le VHC dans le monde et que la prévalence chez les usagers de drogues est de 60 % on constate à l’Afravih, comme à l’AASLD, la multiplication des stratégies de contournement : buyers clubs (James Freeman), Medecine Patent tools, accès aux grandes pharmacies indiennes du générique avec prescriptions militantes, accords entre ONG et des fabricants de générique (DNDi/Pharco)…Et même des « voyages touristiques » à visée curative organisés en Egypte. Peu de pays se sont dotés de programmes nationaux si l’on exclut l’Egypte, la Géorgie, l’Inde et le Pakistan. Ou ceux qui possèdent une organisation communautaire spécifique pour l’accès aux traitements du VHC: Mongolie, Ukraine…

Mais le débat sur les hépatites ne saurait se résoudre a celui des coûts. Cette Afravih a été riche en expériences notamment de dépistage VIH/VHC/VHB : dans les foyers de travailleurs migrants d’Afrique à Paris (# S7.03 ; Sié Dionou), au Sénégal (#S7.05 ; Papa Amadou Niang Diallo) ou à Kinshsasa (S7.06 ; Blaise Sumbu Matando Manzambi) ou d’analyse au Sud des occasions manquées de dépistage comme au Maroc (#S7.04 ; Latifa Marih). Sans oublier l’impact de l’éducation à la santé comme élément de prévention, à l’instar de l’impact de l’ETP sur le partage su statut sérologique au CHU SO de Lomé (S12.03 ; Abdou Gafarou Gdadamassi).

Et puis comme dans toute conférence internationale il convient de rapporter quelques bonnes nouvelles en dehors de l’effervescence légitime autour de la Prep. Celle de nouvelles molécules sur le front de la tuberculose mutirésistante, notamment. Pour cette coïnfection fréquente du VIH et du virus des hépatites au Sud comme à l’Est, les données Européennes de surveillance de la tuberculose montrent, en 2015, une incidence d’environ 5 % pour les formes multi-résistantes (TB-MDR) dont 18 % de formes XDR avec une répartition hétérogène selon les pays, ceux de l’ancien bloc de l’Est étant les plus touchés. L’offre de nouveaux antituberculeux pour les formes multirésistantes de tuberculose se limite pour l’instant à la bedaquiline et au delamanid dont l’accès est encore trop limité. L’essai 2LADY ANRS 12169 avec sa comparaison de l’efficacité et de la tolérance de 3 régimes d’IP/r qui donne de riches informations y compris sur les rares échecs en 2ème et 3ème ligne comme détaillé au Cameroun. Ou dans son approche économique qui démontre que parmi les stratégies comparées au Cameroun, au Burkina Faso et au Sénégal: Bras A: emtricitabine/tenofovir +lopinavir /ritonavir (5 cp en 2 prises); Bras B: didanosine +abacavir +lopinavir / ritonavir (6/7 cp en 3 prises) +lamivudine 150 mg si AgHBs positif; Bras C: emtricitabine/tenofovir +darunavir 400mg +ritonavir 100 mg (4 cp en 1 prise) , celle du bras A, retenue par l’OMS, apparaît comme l’option thérapeutique optimale en termes de coût-efficacité.

Et puis dernière bonne nouvelle : l’Afravih souhaite «la mobilisation des médias, et le recours aux nouvelles formes numérisées de communication» pour faire entendre les voix si plurielles de la francophonie. C’est dans ce sens qu’Edimark/La Lettre de l’Infectiologue et vih.org ont rejoint l’Afravih cette année. Et, comme on dit en Belgique, nous sommes désormais vos obligés.

* Citation : «La solidaridad es la ternura de los pueblos» — Non sourcée de Stéphane Lopez, ambassadeur de l’OIF en séance plénière d’ouverture et attribuée à Tomas Borge, feu ministre de l’Intérieur sandiniste du Nicaragua.

quis, id, tempus Aliquam leo consequat. mattis et, ut nunc nec