Migrants — La question de la prise en compte de l’origine

Déjà dix ans que les premières données sur la situation du sida parmi les populations étrangères ont été publiées en France. C’est en effet en 1999 que paraissait un rapport de l’InVS consacré à une analyse détaillée des cas de sida parmi les étrangers. Cette étude a constitué un tournant en nommant une nouvelle catégorie de population concernée par le sida : les étrangers. 

Les catégories liées à l’immigration dans le contexte français

La question des catégories liées à l’origine doit être restituée dans les recherches sur l’immigration. 

En France, le modèle d’intégration prône la réduction progressive des spécificités socioculturelles des immigrés. Le point d’aboutissement de ce processus est consacré par l’acquisition de la nationalité française. Les catégories relatives à l’origine étaient dès lors considérées comme inutiles et illégitimes. Inutiles en raison de la primauté accordée à l’identification socio-économique. Illégitime car cela risquait d’entraîner des revendications de type communautariste mais également d’accroître la stigmatisation de ces populations. Néanmoins, le constat des discriminations subies par une partie des la population immigrée a conduit à faire émerger cette question des catégories. 

Vers des données sur l’origine ethno-raciale ?

Dans ce contexte, la prise en compte de l’origine géographique s’est faite, à la fois de manière récente et progressive et de façon circonstancielle et conflictuelle. Récente et progressive puisqu’il faut attendre le début des années 1990 pour voir émerger la notion d’immigré, qui désigne une personne née étrangère à l’étranger. Fondée sur le lieu de naissance et la nationalité, elle est apparue comme plus à même de refléter les trajectoires individuelles que celle d’ « étranger », construire à partir de la seule nationalité. Cette nouvelle catégorie a constitué un tournant dans les recherches sur l’immigration. Puis est apparue la catégorie des descendants d’immigrés, la fameuse « seconde génération ». Les questionnements actuels, quant à eux, portent sur l’utilité de recueillir des données sur l’origine ethno-raciale des personnes dans le cadre de la lutte contre les discriminations. Circonstancielle et conflictuelle car la légitimité de ces catégories n’est pas assise une fois pour toute : elle est liée aux enjeux, certains plus légitimes que d’autres, comme les questions de discriminations et de santé. 

Immigration et sida : des liaisons dangereuses ?

Le traitement  de l’immigration dans le contexte du VIH/sida n’apparaît pas spécifique au sida même si le fait qu’il s’agisse d’une pathologie mortelle n’a pas contribué à simplifier le débat. 

La crainte de renforcer la stigmatisation a pu rendre difficile l’émergence d’un questionnement autour de sida et immigration. Pour D. Fassin, le lien entre immigration et sida n’est devenu pensable qu’à partir du moment où les  étrangers ont été considérés comme des victimes et non plus comme des vecteurs de la maladie. L’accent était ainsi déplacé de la question du risque à celle des inégalités. Ce renversement de perspective est à replacer dans un cadre plus global qui a vu, du moins au niveau scientifique, les problématiques autour des discriminations et des inégalités subies par les immigrés et de leurs enfants supplanter celle de leur nécessaire intégration. 

S’agissant du sida, la collecte de données en fonction de l’origine, et surtout leur publication, était alors nécessaire pour dessiner un nouveau profil de l’épidémie. Avant 1999, les étrangers n’apparaissaient pas explicitement dans les données de surveillance. Mais derrière la catégorie de « transmission hétérosexuelle », on pouvait lire « migrants originaires d’Afrique subsaharienne ». Cette superposition d’une catégorie par une autre masquait les populations concernées, le mode de transmission constituant une euphémisation des populations immigrées, en particulier originaires d’Afrique subsaharienne. 

L’évolution des catégories : étrangers, immigrés… 

Le rapport de 1999 s’intéressait au cas de sida parmi les étrangers. Par la suite, d’autres sources vont collecter les données relatives à l’origine des personnes, en intégrant des questions sur le pays de naissance des personnes. Actuellement, les informations disponibles dépendent des sources utilisées et des finalités poursuivies. Selon qu’il s’agit de la notification des diagnostics d’infection, de ceux du sida ou de la surveillance virologique, sont utilisées les catégories du pays de naissance et/ou de la nationalité. Et les catégories utilisées ont pu changer au cours du temps ce qui ne simplifie pas les comparaisons.

Si ces données sur la nationalité et le pays de naissance ont permis de faire émerger de nouvelles catégories de population, elles ne suffisent pas pour appréhender l’ensemble des populations concernées. Déterminer les populations concernées ainsi que la manière de les repérer représente encore un enjeu important. Si les personnes étrangères et/ou immigrées sont visibles dans les statistiques, qu’en est-il d’autres populations ? En l’absence de données sur le pays de naissance des parents, la question des inégalités sur le territoire français en termes d’exposition, de contamination et de dépistage parmi les descendants d’immigrés, c’est-à-dire là où on ne les mesure pas, reste posée. En outre, les personnes en situation clandestine représentent une population difficile à cerner. Ces populations dessinent encore une autre réalité de l’immigration et du sida en France. 

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