Épidémiologie — Migrants : Une population fragilisée face au VIH

Les données issues de la surveillance épidémiologique reflètent clairement le risque accru d’infection par le VIH dans la population étrangère vivant en France. Avec, au 31 décembre 2007, un taux de découverte de séropositivité de 431 cas pour 100 000 habitants, les personnes originaires d’Afrique subsaharienne sont, de loin, les plus touchées par l’épidémie1BEH n°45-46, (1er décembre 2008)..

Viennent ensuite les personnes originaires du continent américain dont Haïti (179 cas pour 100 000), puis celles originaires d’Afrique du Nord, d’Europe et d’Asie (respectivement 15, 14 et 10 cas pour 100 000 habitants). A titre de comparaison, le taux de découverte de séropositivité parmi les personnes de nationalité française est 7 pour 100 000, environ 60 fois moins important que celui enregistré parmi les populations originaires du continent africain. L’importance des personnes d’Afrique subsaharienne dans l’épidémie de VIH/sida est aussi observée dans d’autres pays européens ayant des liens historiques d’immigration avec des pays à forte prévalence (Belgique, Royaume-Uni, Suède, etc.).

98 % de contaminations par voie hétérosexuelle 

L’épidémie de VIH parmi les personnes originaires d’Afrique subsaharienne se caractérise par un mode de contamination très majoritairement hétérosexuel : 98 % des personnes ayant découvert leur séropositivité entre 2003 et 2007 ont été contaminées par voie hétérosexuelle, 1,4 % lors de rapports homosexuels ; l’usage de drogues et la contamination mère-enfant contribuant pour une même proportion (0,3 % des cas)2Données cumulées 2003-décembre 2007, non corrigées pour la sous déclaration (www.invs.sante.fr). Pourcentages calculés à partir du nombre de découvertes de séropositivité pour lequel le mode de contamination est connu (85 % du total)..

Dans plus de six cas sur dix, les personnes diagnostiquées sont des femmes. L’analyse des motifs de dépistage montre que les femmes africaines sont plus souvent diagnostiquées à l’occasion d’une grossesse que les femmes françaises (24 % vs 11 % en 2007). Le stade clinique lors de la découverte de la séropositivité varie également selon la nationalité : les hommes et les femmes d’Afrique subsaharienne contaminés par rapport hétérosexuel sont moins nombreux à découvrir leur séropositivité au moment de la primo-infection que les hétérosexuels français (3 % vs 14 %). Par contre, la proportion de découvertes au stade sida parmi les personnes de nationalité étrangère a constamment diminué au cours du temps pour atteindre 17 % en 2007. Cette même proportion est de 18 % parmi les hétérosexuels français. 

Deux épidémies intriquées

Si, dans la majorité des cas, les personnes de nationalité africaine sont infectées lors de leur arrivée en France, une partie des découvertes de séropositivité est liée à des contaminations qui ont eu lieu sur le territoire français. Un indicateur reflète bien cette dynamique : la proportion de sous-type B chez les personnes d’Afrique subsaharienne. L’Afrique subsaharienne se caractérise par la présence majoritaire de virus de sous-type non B, alors que ces derniers étaient quasiment absents en Europe de l’Ouest au début des années 1990. En 2007, la proportion de sous-type non B s’est stabilisée autour de 40 % tandis que la proportion de personnes originaires d’Afrique subsaharienne porteuse d’un sous-type B s’élevait elle à 26 %. Par ailleurs, le fait que 22 % des personnes de nationalité française dépistées positives en 2007 soient porteuses d’un virus de type non B traduit l’intrication des deux épidémies.

Dépistage et accès au traitement

En 2007, 35 % des découvertes de séropositivité concernent des personnes de nationalité étrangère contaminées par rapports hétérosexuels, en majorité des personnes d’Afrique subsaharienne. Le nombre de découvertes de séropositivité dans cette population a régulièrement diminué depuis 2003. Cependant, cette tendance est difficile à interpréter car elle peut être le reflet d’autres phénomènes complexes et pas toujours bien documentés3Les éléments de discussion présentés ici sont repris du BEH n°45-46 (1er décembre)..

Ainsi, cette diminution est-elle le reflet de la diminution des flux migratoires vers la France? D’une diminution du recours au dépistage? D’une diminution de la prévalence du VIH dans les pays d’origine? D’une diminution de l’incidence dans les populations étrangères vivant en France? Quid également des politiques actuelles en matière de lutte contre l’immigration en termes de recours au dépistage et d’accès au traitement de ces populations ?

L’analyse des flux migratoires montre qu’après avoir augmenté entre 2000 et 2003, ils se sont stabilisés ces dernières années. La prévalence du VIH dans les pays d’origine a peu évolué. L’incidence du VIH chez les Africains vivant en France n’a probablement pas diminué puisque le nombre de nouveaux diagnostics par le sous-type B n’a pas diminué entre 2003 et 2007. Quant au recours au dépistage, les données disponibles ne permettent pas de dire si la diminution globale du nombre de tests observée entre 2005 et 2006 a plus concerné les populations africaines. 

Lutte contre l’immigration et accès au dépistage

L’étude menée par l’Inpes en 2005 auprès des populations africaines vivant en Île-de-France a montré que ces dernières avaient un recours important au dépistage – 64,9 % des personnes interrogées avaient fait un test de dépistage au cours de leur vie – mais aussi que ce recours était moins systématique parmi les personnes qui se trouvaient dans une situation sociale et administrative précaire4Lydié N. (dir.), Beltzer N., Fénies K., Halfen S., Lert F., Le Vu S. Les populations africaines d’Ile-de-France face au VIH/sida -Connaissances, attitudes, croyances et comportements. Saint-Denis : Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (coll. « Études Santé »), 2007 : 183 p. Disponible sur demande.

On ne peut donc écarter l’hypothèse d’un impact des politiques de lutte contre l’immigration sur l’accès au dépistage de ces populations. Et de rappeler que l’efficacité des politiques de prévention repose aussi sur la mise en œuvre de politiques d’accès aux soins et d’accès aux droits cohérentes et équitables…

 

Bibliographie 

Le Vu S., Lydié N. Pratiques de dépistage du VIH chez les personnes originaires d’Afrique subsaharienne en Ile-de-France, 2005. Bull Epidemiol Hebd 2008, n°7-8.

Calvez M., Semaille C., Fierro F., Laporte A. Les personnes originaires d’Afrique subsaharienne en accès tardif aux soins pour le VIH : données de l’enquête Retard, France, novembre 2003-août 2004. BEH 2006 ; 31 : 227-9.

Mortier E., Chan Chee C., Bloch M., et al. Nouveaux consultants pour une infection par le VIH dans un hôpital du nord des Hauts-de-Seine. BEH 2003 ; 01 : 2-3.

Valin N., Lot F., Larsen C., Gouëzel P., Blanchon T.,Laporte A. Parcours sociomédical des personnes originaires d’Afrique subsaharienne atteintes par le VIH, prises en charge dans les hôpitaux d’Ile-de-France, 2002. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire, 2004 : 55 p. 

Lydié N. (dir.), Beltzer N., Fénies K., Halfen S., Lert F., Le Vu S. Les populations africaines d’Ile-de-France face au VIH/sida -Connaissances, attitudes, croyances et comportements. Saint-Denis : Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (coll. « Études Santé »), 2007 : 183 p. 

Lydié N. Les femmes africaines face au VIH/sida : perception et gestion du risque. Médecines Sciences 2008, vol. 24, Hors série n°2.

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