Un panneau de soutien à Donald Trump, Des Moines, Iowa (01/16), par Tony Webster

Inquiétudes pour la lutte contre le sida et les minorités

Compliqué de lire entre les lignes du candidat Trump en ce qui concerne la lutte contre le sida en général, et à la communauté LGBT en particulier. Dans une enquête, Le Post a contacté plus de 420 organismes de bienfaisance pour connaitre leur lien avec Donald Trump et a trouvé qu'il avait donné en tout et pour tout un cadeau personnel de moins de 10.000$ en 2008 à la lutte contre le sida... Rien semble-t-il pour le Gay Men's Health Crisis (GMHC) ou la Fondation Elton John, toujours selon cet article. Durant la campagne, la candidate démocrate Hillary Clinton a raconté comment il s’était invité à une coupure de ruban rouge: «l'histoire d'une coupe du ruban en 1996 pour une école maternelle au service des enfants vivant avec le VIH et le sida à New York (…) A l'improviste et sans y être invité, Donald Trump s’est assis sur le siège réservé pour un donateur local qui avait fait un don généreux. Aucune des personnes qui travaillaient pour l'organisme de bienfaisance ne savait pourquoi il était là. Il ne fut pas un donateur du tout. Il n'a jamais donné un seul dollar pour aider à construire l'école. Il voulait juste (…) poser pour les photographes, et quand ce fut fini, il se leva et sortit».

Ce qui est certain c’est que Trump, dans le but de s'assurer le soutien des chrétiens évangélistes, a toujours confirmé qu'il nommerait des juges ultra-conservateurs à la Cour suprême dans le but dans la perspective de remettre en cause le droit fédéral à l'avortement. (CBS, 13 novembre 2016). De la même façon, il s’est prononcé en faveur de la nouvelle loi anti-trans de la Caroline du Nord, tout en revenant sur sa position dans une interview sur la chaîne NBC le 21 avril 2016. Il a alors critiqué cette loi qui interdit aux personnes transgenres d'aller dans les toilettes de leur choix. Pour Trump, la loi est inutile car il y a eu très de plaintes dans ce domaine: «Les gens utilisent les toilettes qu'ils jugent adéquates, et il n'y a pas de problèmes» ; précisant même que si Caitlyn Jenner, personnalité transgenre et activiste, venait à la Trump Tower à New York, «elle pourrait utiliser les toilettes de son choix».

Trump avait aussi confirmé qu'il allait signer un projet de loi qui autoriserait à discriminer les LGBT dans le cadre de la liberté religieuse, avant de se rétracter. Alors même que son colistier Mike Pence, et maintenant Vice-Président, a confirmé qu'il allait démanteler les protections de Barack Obama pour les personnes LGBT.

Au cours des dernières semaines de campagne, le candidat Donald Trump avait obtenu le soutien de Peter Thiel, gay publique et l’une des figures de proue du secteur américain des nouvelles technologies, cofondateur de PayPal et l’un des tous premiers à investir dans Facebook : «Je suis fier d’être gay. Je suis fier d’être républicain. Mais surtout, je suis fier d’être Américain. Je ne prétends pas être d’accord avec chaque partie du programme de notre parti. Mais les guerres sociétales artificielles ne font que détourner notre attention de notre déclin économique. Et personne, dans cette campagne, ne le reconnaît à part Donald Trump.». Un délégué républicain gay de Californie, Charles Moran, a même dit de Trump qu’il était «le candidat républicain le plus pro gay que nous ayons jamais eu »… A prendre sans doute au second degré. Une position pourtant partagée par Gregory T. Angelo, un représentant du groupe républicain pro-LGBT Log Cabin Republicans, qui a déclaré au New York Times, que s'il obtenait l'investiture du parti, ce qui fut fait avec le succès que l’on sait, Trump «serait le candidat républicain le plus gay-friendly de l'histoire».

Pourtant, le candidat a régulièrement répéter sa volonté d'effacer toutes les mesures prises directement par Barack Obama en tant que président. Sans attendre un vote du congrès, dès aujourd'hui, le président Trump pourrait décider de s'attaquer à la protection des personnels LGBT du gouvernement fédéral, à la protection des personnes trans dans les lieux éducatifs ou réinstituer le «Don't ask, don't tell», qui interdisait la carrière militaire aux personnes LGBT.

Dans une interview donnée à la chaine CBS le 13 novembre, Donald Trump semble continuer à vouloir ménager la chèvre et le chou: Il a annoncé que la question du mariage entre personnes du même sexe avait été tranchée positivement par la Cour suprême et que cela lui convenait. «I'm fine with that.»

Mike Pence, adepte de la «conversion gay»

Les regards se tournent maintenant vers le vice-Président. Mike Pence, qui se vante d’avoir été Tea Party avant qu'il ne soit cool de l'être, a été catholique avant de se convertir au protestantisme évangélique. Ancien animateur d’une radio conservatrice, il avait pour mission principale en tant que vice-président de rassurer la droite religieuse, qui pouvait être troublée par les prises de position parfois déroutantes de Trump.

Mike Pence, en tant que représentant au Congrès, s’est battu dès 2009 pour que la définition d'un crime de haine n'inclut pas l'orientation sexuelle, ce qui reviendrait pour lui à «promouvoir un programme social radical», il prétendait aussi que cela aurait un «effet de nuisance» sur la liberté d'expression religieuse.

Client et adepte de la «conversion gay», il demande aussi que les fonds affectés à la lutte contre le VIH/sida soient redirigés vers des programmes encourageant les gays à «changer leur comportement sexuel» en prétendant que «les organisations qui reçoivent des fonds pour le traitement du VIH en vertu de la loi Ryan White Care Act célèbrent et encouragent la transmission du VIH». Le Ryan White Comprehensive AIDS Resources Emergency (CARE), mieux connu comme le Ryan White CARE Act avait été adopté en août 1990 par le Congrès, quatre mois après la mort de Ryan White, hémophile décédé du sida et figure emblématique de la «victime innocente» aux Etats-Unis. Cette loi est le plus grand programme de financement par le gouvernement fédéral des États-Unis en direction des personnes vivant avec le VIH ou le SIDA. Elle finance des programmes pour améliorer la disponibilité des soins aux personnes à faible revenu, aux victimes du VIH sans couverture ou mal assurées, ainsi que leurs familles.

L'«Obamacare» réellement menacée ?

C’est sans doute sur cette question que le candidat Trump et le Président Trump semblent le plus diverger. C’est aussi la promesse qui a plus mobilisé l’inquiétude des associations communautaires que ce soit LGBT, Afro-américaines, latinos ou trans. Bête noire des républicains, l'Affordable Care Act (ACA), couramment appelée l’«Obamacare», vise à réduire le nombre d'Américains dépourvus de couverture santé notamment en instituant un système de polices d'assurance subventionnées par l'État. Elle a permis à 22 millions d'Américains d'avoir une assurance santé. Donald Trump, qui avait promis pendant la campagne d'abroger purement et simplement l'ACA, a indiqué vendredi 11 novembre, suite à la discussion avec le Président Obama, qu'il envisageait d'en conserver certaines dispositions : «"Obamacare" sera soit amendée, soit abrogée, soit remplacée», a assuré Donald Trump dans un entretien donné au Wall Street Journal. «Je lui ai dit que j'allais étudier ses suggestions, et par respect, je le ferai», a-t-il assuré.

Le prochain président américain songerait à conserver deux aspects de l’Obamacare : l'interdiction faite aux assureurs de refuser un patient en raison de son état de santé et la possibilité pour des parents de faire bénéficier plus longtemps leurs enfants de leur couverture santé. «J'aime beaucoup ces deux dispositions», a-t-il dit au quotidien économique. Trump a assuré également que les personnes bénéficiant d'Obamacare ne se retrouveront pas sans couverture le temps qu'il abroge ou amende et remplace le reste du système. «Nous allons le faire simultanément. Ca va aller. C'est comme ça que je travaille. Je fais du bon boulot. Vous savez, je sais comment faire ces trucs», a-t-il assuré à CBS, qui a diffusé l'interview complète dimanche 13 Novembre.

Enfin, l'ACA a institué des incitations financières en direction des États pour augmenter le nombre de personnes susceptibles de bénéficier de Medicaid, la couverture santé minimale payée par le gouvernement fédéral et les Etats. Grâce à cela, de nombreuses personnes séropositives ont pu intégrer ce programme dans les états concernés par son expansion. Il est à craindre désormais que le déploiement de Medicaid soit suspendu ou renversé et qu’il soit difficile pour de nombreuses personnes vivant avec le VIH d'obtenir une protection à moins d'être vraiment très pauvres et/ou très malades. Aujourd’hui, Medicaid est la première source d’accès aux soins pour les personnes vivant avec le VIH, et reste encore plus important que l'ACA. C'est la remise en question possible de ces dispositions qui inquiète aujourd'hui les associations.

La Légalisation du cannabis : Etat par état ou stoppée net?

L’élection triomphale de Donald Trump et la majorité complète obtenue par le Parti républicain, qui contrôleront tous les leviers du pouvoir aux Etats-Unis au moins pour les deux prochaines années, a quelque peu occulté un autre changement politique majeur de ce scrutin: la légalisation du cannabis! Comme l’a souligné Le Monde, tout dépendra de l’attitude d’un gouvernement fédéral contrôlé par les Républicains devant la légalisation progressive, état par état, qui pousserait le gouvernement fédéral à se prononcer sur la question comme il y a été poussé sur d’autres, comme par exemple le mariage entre personnes du même sexe, adopté à l’échelle fédérale en 2015. Longtemps après la Californie et autres états pionniers.

Il est possible que l’administration Trump «sceptique sur une réforme du cannabis puisse facilement revenir sur cette approche», selon le Washington Post. En 1990, Trump se disait ainsi favorable à la légalisation de toutes les drogues: «Nous perdons mal la guerre contre les drogues. Il faut légaliser les drogues pour gagner cette guerre.» (Miami Herald, 14 avril 1990). Une position proto-libertaire qu’il a complètement modifiée en devenant candidat. Pendant la campagne, il a dit que la légalisation du cannabis devrait être «un dossier géré par les Etats» tout en se disant favorable à son usage médical. Tout cela, bien sûr, ne l’engage en rien et comme le résume Ethan Nadelmann, directeur de Drug Policy Alliance: «La politique de Donald Trump en la matière pourrait être tout et son contraire.»

Tout dépendra des personnes nommées aux postes clés. Si Trump nomme par exemple l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, au poste d’attorney general (ministre de la justice), cela pourrait constituer un coup d’arrêt au courant actuel de légalisation. Giuliani est en effet connu pour avoir «nettoyé» New York dans les années 1990, notamment par les contrôles inopinés des personnes dans la rue, même en l’absence de tout délit constaté. Et le vice-président actuel, Mike Pence, a fait passer certaines des lois les plus drastiques pour possession de cannabis lorsqu’il était gouverneur de l’Indiana. «La possession d’un joint était passible jusqu’à un an de prison», selon l’ONG Marijuana Policy Project qui a analysé sur son site les propositions et les positions de chacun des candidats à la Présidentielle américaine, à commencer par Trump et Clinton.

L'usage des préservatifs dans l'industrie du porno

Parmi les quelques 160 référendums auxquels les Américains étaient aussi invités à voter ce 8 novembre, il en est qui est relativement passé sous silence. Celui où les Californiens ont rejeté la «proposition 60» qui prévoyait l'obligation de porter un préservatif par les acteurs de films porno. Michael Weinstein, président et fondateur d’AIDS Healthcare, fondation dédiée à la lutte contre le sida, œuvrait depuis de nombreuses années à la mise en place de cette mesure. Une mesure jugée sur le site The Verge par un avocat de l’industrie pornographique, comme assez impopulaire: «Elle semble déléguer une autorité à chaque spectateur d’un film pornographique dans l’État de Californie. Imaginons que vous regardez un porno amateur entre mari et femme, et qu’ils n’utilisent pas de préservatif. Si le mari et sa femme l’ont aussi produit ou on fait des bénéfices en vendant le film, vous pouvez potentiellement les poursuivre». Les républicains, démocrates et libertins étaient opposés à cette proposition. Mille signatures avaient été rassemblées dans une pétition contre cette mesure, dont celles d'acteurs et actrices.

Merci à JD Davids, de TheBody.com, pour son aide et ses explications.

Crédit photo.