Ainsi, les recommandations actuelles ont permis de traiter «plus de 30 000 malades, et plus de 90% d’entre eux n’ont plus de charge virale décelable, c’est-à-dire qu’ils n’ont plus de trace de présence du virus dans leur organisme», a rappelé Marisol Touraine. Les personnes coinfectées VIH /VHC pouvaient déjà être traitées depuis fin 2015. En France, environ 500 000 personnes sont touchées par une hépatite, et 200 000 par le virus de l'hépatite C (VHC).

Les patients «F2» (un stade de la fibrose), ceux qui ont été transplantés ou qui sont en attente de greffe et les «personnes vulnérables» feront l’objet d’un arrêté d’extension. La Haute Autorité de Santé (HAS) a été saisie pour les autres patients de stade F0 et F1. Rappellons que la Société française d'hépatologie (AFEF) recommande en France depuis Février 2016 le traitement universel.

Ces nouvelles indications élargies doivent s’accompagner d’une renégociation des prix des NAAD. Aujourd'hui, douze semaines de NAAD, même si des traitements de 8 semaines sont proposés dans certaines indications, coûtent entre 35000 et... 130000 euros. La ministre a donc saisi le Comité économique des produits de santé (CEPS) qui sera chargé de renégocier les tarifs avec les laboratoires.

Les associations entendues

Cette annonce est accueillie avec satisfaction par les associations. L'association de luttre contre le sida «salue cette décision et sera particulièrement vigilante quant à son application effective».

Aides salue également «la volonté de la ministre d'inclure dès aujourd'hui dans l'accès aux traitements les populations les plus vulnérables à l'épidémie, en particulier les personnes usagères de drogues et personnes détenues»: «Nous ne doutons pas une seconde que les personnes immigrantes étrangères seront incluses dans les recommandations, nous serons quoi qu'il en soit particulièrement vigilants sur ce point comme sur la transcription en actes de la déclaration de la ministre. Ces populations, particulièrement précarisées et éloignées du soin, doivent avoir accès sans délais à ces nouveaux traitements. Dans la même logique, afin de favoriser l'accès au traitement des personnes les plus vulnérables, des structures comme les CEGIDD ou les CSAPA vont être autorisées à prescrire.»

Pour Aurélien Beaucamp, président de Aides, «la fin de l'exception hospitalière est une mesure de bon sens. Cela faisait partie des revendications des associations, nous sommes satisfaits d'avoir été entendus sur ce point».

SOS Hépatites demandaient il a encore quelques jours que l'État cesse de «sûbir» les prix de ces nouveaux traitements, attirant l'attention sur le marché parallèle qui était en train de se mettre en place:

«De nombreux acteurs proposent actuellement des médicaments génériques aux malades, aux professionnels de santé, aux associations. Le coût d’un traitement de 12 semaines contre l’hépatite C est ainsi accessible pour un premier prix de 550 € contre un prix facial des médicaments princeps de 46 000 € en France, remboursé par l’assurance maladie (soit 80 fois plus).

Aujourd’hui, face au rationnement, des malades sont suivis en France avec des traitements génériques achetés sur un marché parallèle. L’importation de médicaments à titre individuel est encadrée par la législation et pose des problématiques de contrefaçon potentielle et d’inégalité d’accès. Le gouvernement en porte l’entière responsabilité : après 18 mois de rationnement, aucune réponse n’est apportée à ces malades injustement privés d’accès aux soins.

L’Etat possède pourtant tous les outils légaux pour importer ou faire produire des traitements génériques en France permettant à la fois l’accès aux traitements à tous les malades et la sauvegarde de l’équilibre des comptes de l’Assurance Maladie.»

Le Conseil national du sida ( CNS ) avait de son côté interpellé les politiques à l’occasion de cette journée nationale pour réclamer un accès universel aux nouveaux traitements pour tous:

«Concernant une pathologie fréquente, elle représente un cas sans précédent en France de restriction d’accès de certains patients à de nouveaux traitements plus efficaces, uniquement en raison de leur caractère onéreux. En l’absence de justification thérapeutique, le Conseil national du sida et des hépatites virales considère que cet accès différentiel constitue une discrimination entre patients qui n’est pas acceptable sur le plan éthique.» 

Parallèlement à cette annonce, la ministre a également déclaré que les arrêtés concernant l'autorisation des Test d'orientation rapide au dépistage (TROD) du VHC seront publiés prochainement. Egalement, l'expérimentation de salles de consommation supervisée commencera cette année à Paris et Strasbourg.

L'AFEF salue une «journée historique»

Enfin, les membres de la Societé française d'hépatologie (AFEF) se déclarent «heureux de ces propos» et salue une «journée historique» pour les patients et les hépatologues: «Il ne devrait plus y avoir d’obstacle au traitement des patients qui le souhaitent. (...) L’AFEF a proposé déjà depuis février 2016 des valeurs seuils de marqueurs non-invasifs pour initier ces traitements. Les propos de Marisol Touraine confirment que les praticiens peuvent appliquer les valeurs seuils proposées par l’AFEF pour initier un traitement dès cet été.»

Concernant une modification des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), la ministre a demandé un rapport à l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) et au CNS. Selon l'AFEF, «il va être confiée au Professeur Daniel Dhumeaux. Ce rapport sera prêt pour septembre 2016 et vise à préciser les parcours de soins pour permettre l’accès universel au traitement (y compris aux patients qui ne sont pas encore dépistés).»

L'AFEF se félicite de cette évolution des RCP , qui «ne seront plus des contrôles des indications de traitement mais une aide aux personnes prenant en charge le patient pour lui permettre une prise en charge adaptée et optimale : proposition d’un schéma thérapeutique, éclairage sur de potentielles interactions médicamenteuses, mise en place d’un soutien social, d’un suivi addictologique etc…»

La Ministre a en effet déclaré que «quelle que soit l’évolution des modes de prescription, je veux rappeler que les RCP répondent à des préoccupations de santé et ne sauraient en aucun cas être un lieu de contrôle administratif des prescriptions. Je le rappellerai aux établissements de santé.»