Parmi les modèles, San Francisco est souvent, comme Vancouver ou Sydney, cité en exemple. Et pour cause. Comme l’a rappelé Robert Grant (# 25) à SF, ou l’épidémie a quasiment démarré aux Etats-Unis, 94 % des personnes vivant avec le VIH (PvVIH ou PLWA en anglais) sont diagnostiqués, 84 à 91 % sont traités par antirétroviraux, et parmi eux 88 % ont une charge virale < 200 copies/ml. Le fameux 90-90-90, objectif de l’ONUSIDA, atteint. Il reste néanmoins de la marge pour l’accès à la PreP des séronégatifs, libérée depuis Juin 2013 aux Etats-Unis, puisque sur la population dite “éligible”, évaluée à 16 089 personnes, seulement 31 % (5059) ont usé de la PreP dans l’année précédente.

Deborah L.Birx, Ambassadrice du Département d’Etat américain et MD, a dressé pour sa part un bilan ultra positif, on s’en serait douté, du PEPFAR créé en 2003 par Bush : 7,7 millions de personnes sauvées par les ARV, un million de bébés nés sans le VIH de mères séropositives, 21 millions de populations prioritaires bénéficiant de programmes de prévention... Tout en soulignant combien le déclin des nouvelles contaminations est hétérogène d’un pays à l’autre. Au Botswana les nouvelles contaminations ont baissé de 32 % entre 2005 et 2013, et de 17 % au Kenya pour la même période. Reste les populations clés dominées, cette CROI ci encore une fois, par les jeunes filles (15-24 ans) qui représentaient 60 % des nouvelles infections en 2013. Le PEPFAR 3.0,  associé à la fondation Gates  et à la fondation Nike, a débloqué 210 millions de $ à destination de cette population cible négligée.

Parmi les obstacles en cours d’identification pour douter d’un monde sans sida , figurent les personnes vivant avec le VIH (PvVIH) avec charges virales détectables. Notamment en termes de transmissibilité. Depuis l’étude de Quinn, dans la région de Rakai, en Ouganda (2000) on sait que la limite de 1 500 copies de charge virale est possiblement un seuil de transmissibilité. Non démontré. Lytt I. Gardner, du CDC, a comptabilisé, sur 14 532 VIH + de 6 centres US,  les détectables et leurs facteurs de détectabilité. Selon cette étude 54 % des patients ont “quelque fois” une charge virale au dessus de 1500 copies/ml. Avec comme facteurs de risques le fait d’être sans traitement, avec des visites plus espacées (> 6 mois) ou d’être black ou jeune. Malheureusement le CDC n’a pas eu accès aux données d’observance, de résistante ou comportementales. Au-delà, sans doute qu’il y aurait là quelque chose à faire pour les partenaires des détectables : de la Prep “à la demande” par exemple…

P.S.

Selon la formule historique, “Un événement s’est produit sur lequel il est difficile de parler et impossible de se taire” (Edmond Burke à propos de la Révolution Française - 5 Mai 1789). Sans doute en panne de news, les organisateurs de la CROI 2015 ont inséré dans le programme une session Ebola. Avec parmi les intervenants invités, un certain , médecin sans frontières au physique pour tapis rouge des Oscars, chemise ouverte à la BHL et rasage de deux jours. Entre Dr House et le plombier de Desesperate Housewives, “en mieux” selon une collègue. Le belgium doctor a d’abord mis la salle dans sa poche, en reconnaissant qu’il était plus à l’aise dans la jungle la plus hostile d’Afrique que devant un parterre de 4 000 spécialistes VIH. Puis livré un discours scientifique et politique ciselé sur la gestion actuelle d’Ebola et ses manquements. Avant d’obtenir une standing ovation, rarissime par temps de CROI. Mais le pire était à venir. A la fête réussie de l’ANRS, au Hard Rock Café de Seattle, il n’était question que de lui, pour nombre de pamé(e)s. A la demande implicite des filles et de quelques garçons ... la photo ! 

Dr. Gilles Van Cutsem

Le Pr Gilles Pialoux est à la CROI 2015, qui se tient cette année à Seattle, du 23 au 26 février, et coordonne le E-journal en direct pour La Lettre de l'infectiologue. Il est également co- investigateur et membre du Conseil Scientifique de l’Essai ANRS Ipergay.

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