CROI 2026: Réponses stratégiques et résilientes à la crise du financement en Afrique

Lors d’un symposium consacré à la crise du financement de la lutte contre le VIH/sida en Afrique pendant la CROI 2026, l’ampleur des coupes américaine, mais aussi européennes, a été largement discutée: de 5,85 milliards de dollars en 2025, le PEPFAR ne disposerait plus que de 2,9 milliards en 2026. Parallèlement, le Fonds mondial n’a mobilisé qu’un peu plus de 11 milliards sur les 18 attendus, avec un recul notable des contributions allemande et française. Avec pour première conséquence, la désorganisation de la recherche VIH en Afrique.

Sustaining Successful HIV Programs Across Africa: The Impact of Shifts in Funding

Geoff P. Garnett, London School of Hygiene & Tropical Medicine, London, UK

Les programmes de lutte contre le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. anciens et efficaces ont été fortement perturbés en 2025 par des changements organisationnels et de financement. La décroissance de l’incidence se voit dans toutes les populations, y compris clés, probablement lié à la bonne qualité des programmes ciblant ces populations. Les baisses attendues de l’aide internationale consacrée au VIH se sont accélérées, de même que les évolutions portant sur ce qui sera financé et sur les modalités de circulation des fonds. 

La nouvelle stratégie de l’administration Trump concernant la santé internationale (America First Global Health Strategy) prévoit que les ressources nationales africaines se substituent progressivement aux  financements des bailleurs, alors même que ces derniers continuent d’imposer des contraintes sur ce qui sera financé. Les USA essaient de finaliser des accords bilatéraux et actuellement, 15 pays ont signé ce programme qui prévoit une décroissance importante de la participation américaine, qui va de -70% (Rwanda) à -15% (Éthiopie). Cette nouvelle stratégie flèche les financements vers les produits de santé (commodities) et les personnels de santé de première ligne, mais pas vers la gestion, les systèmes et la surveillance. Mais les pays les plus touchés par les baisses de financement sont ceux-là mêmes qui financent le moins la santé au niveau national.

Le financement du PEPFAR était de 5,85 Mds en 2025, et seulement 2,9 Mds sont prévus en 2026, très corrélé à la prévalencePrévalence Nombre de personnes atteintes par une infection ou autre maladie donnée dans une population déterminée. du VIH dans les pays concernés. L’abondement du fonds mondial n’a pas été total non plus avec une ressource d’un peu plus de 11 Mds sur les 18 attendus, avec une forte diminution des participations allemandes et françaises. Comment mesurer l’impact de ces baisses de financement ? Les décès étant des marqueurs tardifs d’une mauvaise prise en charge, les taux de transmission mère-enfant seront les premiers marqueurs du recul.

Concernant la prévention, elle est essentielle, mais elle coûte cher, car elle touche un nombre important de personnes, beaucoup plus important que le nombre de personnes nécessitant un traitement antirétroviral.

Global Cuts, Local Consequences: Community Impact and Response to the HIV Funding Crisis

Solange L. Baptiste, ITPC Global, Johannesburg, South Africa

Les réductions mondiales des financements consacrés au VIH sont souvent abordées en termes de budgets et de projections, alors que leurs effets les plus précoces et les plus déterminants sont rarement visibles dans les données nationales ou les modèles.

Cette présentation examine à quoi ressemblent les coupes budgétaires au niveau des services, en s’appuyant sur des données multi-pays pour montrer comment la prévention et le traitement sont perturbés non seulement par les pénuries, mais aussi par la confusion, la fragilité des systèmes et la perte de confiance — parfois même lorsque les médicaments restent disponibles. Elle met en évidence pourquoi les services de prévention sont généralement les premiers à s’effondrer, comment cela augmente discrètement, en aval, les coûts cliniques et financiers, et pourquoi ces effets sont d’abord détectés par les communautés plutôt que par les systèmes formels de surveillance.

L’accès aux soins est toujours la pierre angulaire de la lutte contre le VIH, comme le montre le programme de Sierra Leone avant même les coupes américaines: 74% des patients ne recevaient pas le résultats de leur charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. une fois celle-ci réalisée, et seulement 37% recevaient le résultat de leur charge virale dans les deux semaines suivant la réalisation de l’examen, le coût des transport – qui revient très souvent comme une barrière dans l’accès aux soins – étant le facteur le plus souvent mis en avant pour expliquer cette défaillance.

Les données produites par les communautés sont des sources essentielles, mais insuffisamment utilisées, d’informations en temps réel, en montrant comment la société civile a identifié précocement des défaillances de services, maintenu la continuité des soins et influencé les politiques et l’allocation des ressources lors de périodes de choc financier. Il est important de comprendre que les communautés voient  les défaillances avant tout le monde. 

Circumventing the Cascading Crisis: Impacts of US Government Policies on Research and Adaptations in Africa
Andrew D. Kambugu, Infectious Disease Institute, Kampala, Uganda

La recherche concernant le VIH a jusqu’à maintenant été largement financée par le NIH américain en Afrique, avec en tête de pont l’Afrique du Sud et l’Ouganda. Comme pour le PEPFAR, les instructions/injonctions venant de l’administration américaine depuis le début de l’année 2025 ont entraîné un vaste chaos dans la recherche, notamment la note de mai 2025 stipulant que le programme ne prendrait pas en charge plus de 15% des coûts indirects, alors que personnes d’autre ne les financent.

Cela a entraîné un fort ralentissement des programmes de recherche clinique, mais probablement également une diminution de la qualité de la recherche et de la qualité des données. Les réseaux de recherche qui devaient être créés risquent de l’être aux dépens de ceux qui fonctionnent déjà, ce qui amène à des choix cornéliens…

Un peu plus tard, le NIH a interdit les financements étrangers complémentaires dans sa recherche clinique, entraînant la aussi une grande désorganisation: il fallait faire avec une baisse drastique du financement des programmes de recherche, parfois mal explicité, mais en parallèle il était interdit d’essayer de trouver des sous-financements complémentaires!

Certains essais dont l’orateur était investigateur ont dû être interrompus du fait des instructions concernant l’impossibilité de financer des essais portant sur les discriminations ou l’inclusion… afin d’essayer de faire face, la priorité a été donnée à la sécurité des patients, mais cela s’est fait au prix d’une diminution des salaires de 10 à 50% des équipes, au moins jusqu’à la fin de l’année 2025. Dans certaines études, les patients ont perdu une partie de leur suivi ainsi que des avantages ancillaires (transport, accès au laboratoire, référencement vers d’autres centres, etc.) nuisant gravement à leur participation à l’étude.

NDR : Il a été souligné dans la discussion que les orateurs avaient été particulièrement diplomates, car il n’a pas été dit que la stratégie «America First Global Health Strategy», que l’administration Trump met en place actuellement pour succéder aux financements du NIH, de l’USAID et du PEPFAR était une véritable horreur : son principe premier est que le programme bénéficie en priorité à l’Amérique, ses clauses secrètes, l’imposition de règles morales non basées sur la science, la détention des données des programmes de recherche (et des échantillons) par l’état américain, etc.

La question aussi est «est-ce que ce que l’Amérique à quelque chose à perdre?» dans cette histoire. Outre le fait que son désengagement risque de lui fermer la porte de certains services de surveillance épidémique —mais encore faut-il que ceux-ci survivent sans l’aide US—, les USA ont déjà perdu un élément essentiel : la confiance de tous leurs interlocuteurs!

Référence

Symposium interactif : Réponses stratégiques et résilientes à la crise du financement en Afrique, CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH. 2026

Cet article a été publié sur le site du CoReSS Bretagne, nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation de son auteur.