Conduit dans 90 centres de 15 pays, l’essai a inclus 557 participants au profil rarement représenté dans les essais d’enregistrement: âge médian de 60 ans, le plus élevé jamais observé dans un programme d’enregistrement anti-VIH et une durée médiane de traitement de 28 ans avec CD4 médians à 612/mm³. Plus de la moitié cumulaient au moins deux comorbidités (dyslipidémie 68%, hypertension 50%, diabète 24%, insuffisance rénale chronique 14%) et prenaient au moins deux médicaments concomitants en plus de leur traitement antirétroviral, soit en médiane 3 comprimés par jour (jusqu’à 11), dont 39% en prise biquotidienne.
La principale raison du recours à un schéma complexe était l’historique de résistance aux antirétroviraux (81% des participants), avec des taux de résistance documentée de 67% pour les INTIINTI Les inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse du VIH ou INTI, sont des composés de synthèse utilisés dans le traitement du VIH et des hépatites. 55% pour les INNTINNRTI Les inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI en Français ou «non-nucleoside reverse transcriptase inhibitors», NNRTI, en anglais) ont un effet inhibiteur direct sur la transcriptase inverse (TI) du VIH-1 en formant une liaison réversible et non compétitive avec l'enzyme. La nevirapine, la delavirdine et l'efavirenz sont des NNRTI. et 41% pour les IP. Les données de résistance aux INIINI Les inhibiteurs de l’intégrase, ou anti-intégrases sont l'une des dernières classes d’antirétroviraux. Ils agissent en empêchant le VIH d’intégrer son message génétique dans celui de la cellule cible. Ces médicaments ont un profil de résistances différent des autres molécules, ce qui les rend intéressants en cas de multi-résistances face aux autres traitements. concernent un faible nombre de patients (1%). À l’inclusion, 77% des participants recevaient un schéma contenant un inhibiteur de protéase, le plus souvent associé à un inhibiteur d’intégrase (30% PI + INI seuls, 24% PI + INI + INTI).

Non-infériorité atteinte, aucune résistance émergente
À la semaine 48, 0,8% (3/371) des participants sous BIC/LEN et 1,1% (2/186) sous schéma complexe présentaient une charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. ≥ 50 copies/mL (différence −0,3% ; IC 95,002% : −2,3 à 1,8), satisfaisant le critère de non-infériorité fixé à 4%. Les taux de suppression virologique (charge virale < 50 copies/mL) était atteint chez 96% des participants sous BIC/LEN et 93,5% sous traitement complexe. Aucune mutation de résistance émergente n’a été détectée durant l’essai.

L’incidence globale des événements indésirables était similaire entre les deux groupes (82% contre 84%), de même que les événements de grade 3 ou plus (14% dans chaque bras). Le taux d’effets indésirables jugés liés au traitement était plus élevé sous BIC/LEN (14% contre 2%), un écart attendu dans un essai en ouvert impliquant un changement de traitement. Les arrêts pour événements indésirables restaient rares (2% contre 1%).
Cinq décès sont survenus dans le bras BIC/LEN (cancer métastatique, arrêt cardiaque, carcinome oropharyngé, deux causes indéterminées), aucun n’étant attribué au traitement. Un seul événement indésirable grave a été considéré comme lié au BIC/LEN : un diabète chez un patient déjà hyperglycémique à l’inclusion, résolu après reprise du schéma antérieur.
Le passage au BIC/LEN s’est accompagné d’une amélioration significative des paramètres lipidiques à la semaine 48 par rapport au groupe contrôle : cholestérol total −15 contre +2 mg/dL, LDL −9 contre +2 mg/dL, triglycérides −15 contre +4 mg/dL (tous p < 0,001). Ce bénéfice, confirmé par les deux sources, est probablement lié à l’arrêt des inhibiteurs de protéase boostés. Le poids corporel est resté stable dans les deux bras.
Satisfaction thérapeutique en nette hausse
La satisfaction vis-à-vis du traitement, évaluée par le questionnaire HIVTSQs (HIV Treatment Satisfaction Questionnaire – Status version), s’est améliorée de +7 points sous BIC/LEN contre 0 sous traitement poursuivi (p < 0,0001, valeur rapportée dans la présentation CROI). Le score de changement perçu (HIVTSQc) atteignait +27 sur 33 à la semaine 48. Pour des patients prenant depuis des décennies des schémas multiples, cette simplification à un comprimé unique par jour représente un progrès concret en termes de qualité de vie et potentiellement d’observance.
Notons que les personnes co-infectées par le virus de l’hépatite B (VHB) étaient exclues de l’essai, ce qui restreint la généralisabilité des résultats à cette sous-population. Le suivi se limite pour l’instant à 48 semaines et l’efficacité et la sécurité à plus long terme restent à démontrer.
Les résultats de l’essai ARTISTRY-2 ont également été présentés à la CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH. (poster 513). Cet essai de phase 3 en double aveugleDouble aveugle L'étude avec répartition aléatoire, randomisé ou en double insu (ou en double aveugle) est une démarche expérimentale utilisée en recherche médicale et pharmaceutique faisant que ni le patient ni le médecin ne sait quel traitement est pris : traitement A ou B, traitement A ou placébo. comparant BIC/LEN au bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide (B/F/TAF) chez des patients virologiquement contrôlés a démontré la non-infériorité de BIC/LEN à la semaine 48. Ces données, non incluses dans la publication du Lancet, élargissent le champ d’application potentiel de cette combinaison au-delà des seuls patients sous traitement complexe.
ARTISTRY-1 et 2 démontrent l’efficacité, la tolérance de ce traitement simplifié à un comprimé unique BIC/LEN par jour, avec une amélioration du profil lipidique et une satisfaction thérapeutique accrue, pour des patients sous des traitements complexes ou non.