L’utilisation des agonistes des récepteurs du GLP-1 (GLP-1 RA) a explosé au cours des cinq dernières années, portée par des données solides dans le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’obésité, ainsi que par une couverture omniprésente sur les réseaux sociaux. L’enthousiasme pour cette classe de médicaments est-il rationnel ou irrationnel ? Où se trouvent les données les plus solides ? Quelles sont les principales lacunes en matière de données ? Comment devrions-nous utiliser ces médicaments chez les personnes vivant avec le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. ?

Cette présentation est revenue sur plusieurs axes de questionnements:
- L’un des mécanismes d’action étant une diminution de «l’addiction à la nourriture», les GLP-1 Ra peuvent-ils être utilisés pour d’autres types d’addiction ? Un petit essai (contre placeboPlacebo Substance inerte, sans activité pharmacologique, ayant la même apparence que le produit auquel on souhaite le comparer. (NDR rien à voir avec le groupe de rock alternatif formé en 1994 à Londres par Brian Molko et Stefan Olsdal.) tout de même) a été réalisé dans l’alcoolisme (Hendershot et al. JAMA Psychiatric) avec des résultats concluants sur la consommation d’alcool, et également sur la consommation de tabac.
- Comment expliquer l’effet bénéfique au niveau de la mortalité cardiovasculaire, est-ce uniquement lié à la baisse de poids? Des essais cliniques montrent que seulement 30% des effets cardiovasculaires bénéfiques sont expliqués par la baisse de poids…
- Qu’en est-il des effets sur la cognition? Les données sont controversées: une méta-analyse avait montré un effet bénéfique (Semminer, JAMA Neurology 2025), mais l’étude EVOKE (sémaglutide aux stades précoces d’Alzheimer) n’a pas montré d’effet sur l’évolution de la maladie.
- Les effets secondaires sont-ils tous connus sur le moyen/long terme ainsi que l’effet sarcopéniant? Des données montrent une possible augmentation du risque de fracture en population générale, ainsi qu’une diminution significative de la masse musculaire sous traitement (25% de la perte de poids observée est liée à la perte de masse musculaire). Pourraient-ils être plus problématiques chez les PVVIHPVVIH Personne vivant avec le VIH qu’en population générale? Certaines études montrent, hors essais cliniques d’enregistrement, des taux d’arrêt précoces importants, avec une médiane d’arrêt 1,4 an après l’initiation du traitement.
- Les GLP-1 RA, de par leur activité anti-inflammatoire, peuvent-ils avoir un effet propre sur l’inflammation persistante liée au VIH? Il n’y a pas de réponse à cette question pour l’instant, les données sont encore limitées, mais les premières études (Furdenburg et al. OFID 2025) semblent montrer un effet positif.
- Comment gérer la question de la réversibilité des effets à l’arrêt du traitement ?
- L’utilisation chez les personnes âgées est-elle «sûre»: malgré le très grand enthousiasme sur les réseaux sociaux où les molécules sont présentées comme les nouvelles, drogues miracles anti-âge, il y a peu de données dans la population de plus de 75 ans.
- Enfin, deux questions satellites: qui de l’accès compte tenu des coûts actuels et du nombre potentiel d’indications de traitement (>20% de la population mondiale est obèse). Et si on dit que l’effet est totalement réversible à l’arrêt du traitement, faut-il envisager de traiter les personnes à vie, comme on le fait pour le VIH ?
NDR : la machine commerciale démentielle autour des GLP-1 RA, qui génèrent des chiffres d’affaires de plusieurs milliards de $ pour les industriels concernés, a été relativement peu évoquée, même si comme l’a rappelé l’orateur, ce sont les données qui doivent nous guider et non notre enthousiasme. Il est toujours étonnant de voir comment on s’occupe de traiter les conséquences —l’obésité— sans trop se soucier des causes: pauvreté et malbouffe!
Référence
GLP-1 Receptor Agonists: Are They a Cure for Everything?
Todd T. Brown, The Johns Hopkins University School of Medicine, Baltimore, MD, USA
Cet article a été publié sur le site du CoReSS Bretagne, nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation de son auteur.