D’après Grinspoon S et al. Abstr. 117 et Martinez E et al. Abstr. 118 actualisés.
1. Biomarqueurs circulants et risque de MACE
Les événements cardiovasculaires majeurs sont plus fréquents chez les PVVIHPVVIH Personne vivant avec le VIH Le rôle prédictif des biomarqueurs cardiaques, inflammatoires et lipidiques dans cette population asymptomatique reste mal défini. Les auteurs ont analysé les concentrations basales de NT-proBNP (N-terminal pro-brain natriuretic peptide, biomarqueur d’insuffisance cardiaque), hs‑cTnT (troponine cardiaque de haute sensibilité marqueur d’atteinte coronarienne), IL‑6, hs‑CRP (Protéine C-Réactive à haute sensibilité maqueur d’inflammation), ApoB‑100 (l’apolipoprotéine B-100 est un transporteur des LDL et VLDL), oxLDL(version oxidifiée du LDL le rendant hautement inflammatoire pour les vaisseaux). et Lp(a)(Lipoprotéine a) à la survenue de MACE. 7005 patients ont été inclus donc 6819 sans MACE et 74 des 186 avec MACE recevaient de la pitavastatine. Tous les biomarqueurs étaient associés individuellement à la survenue de MACE, avec les associations les plus fortes pour l’IL‑6 et la hs‑cTnT.

L’ajout combiné des biomarqueurs cardiaques et inflammatoires l’évaluation du risque cardiaque ( (C‑statistic =0,65 ; AUC5 =0,78). Les valeurs à baseline des biomarqueurs ne modifiaient pas l’effet de la pitavastatine sur la survenue des MACE. En conclusion, les biomarqueurs d’inflammation et de dysfonction cardiaque subclinique améliorent la stratification du risque cardiovasculaire au‑delà des scores traditionnels chez les PVVIH.
2. Hypertension incidente et risque de MACE
L’hypertension est un facteur de risque cardiovasculaire modifiable majeur. Son incidence et son contrôle chez les PVVIH en prévention primaire ont été évalués dans l’étude REPRIEVE.
4 989 participants non hypertendus à l’inclusion ont été inclus, 2496 dans le groupe pitavastatine et 2493 dans le groupe placeboPlacebo Substance inerte, sans activité pharmacologique, ayant la même apparence que le produit auquel on souhaite le comparer. (NDR rien à voir avec le groupe de rock alternatif formé en 1994 à Londres par Brian Molko et Stefan Olsdal.) L’hypertension incidente était définie par un diagnostic clinique ou l’initiation d’un traitement antihypertenseur. Avec un suivi médian de 5 ans, 13,3 % ont développé une hypertension.

La pitavastatine réduit le risque d’HTA de 17% par rapport au placebo (HR= 0,83) et ceci quelques soit les sous-groupes (age, sexe, région d’origine, ethnie, tabagisme et indice de masse corporelle). L’hypertension incidente était associée à un risque plus que doublé de MACE (HR ≈2,1), indépendamment du traitement.
Les facteurs de risque indépendant de survenue d’une HTA sont :
- Sujet âgé
- Patient afro-américains
- Chiffres tensionnels élevés avant la découverte de l’HTA mais inférieurs au seuil de 140/90 mmHg
- Obésité
- Glycémie à jeun élevée.
En conclusion, la prévention de l’hypertension et son contrôle constituent des leviers majeurs de réduction du risque cardiovasculaire chez les PVVIH, avec un effet protecteur potentiel des statines.
Au total, l’intégration de biomarqueurs et d’une surveillance tensionnelle active pourrait améliorer la stratification du risque et la prévention cardiovasculaire dans les populations les plus à risques.
Décalage des recommandations françaises
En échangeant avec les camarades de la SFLS Pierre Leroy et Nicolas Vignier, on note le décalage pris par les recommandations françaises en matière de prise en charge des risques cardiovasculaires que le que soit le score utilisé (Systematic Coronary Risk Evaluation 2, SCORE2) en Europe ou ASCVD risk estimator aux USA). Voir la prescription de statine aux US : https://clinicalinfo.hiv.gov/en/guidelines/hiv-clinical-guidelines-adult-and-adolescent-arv/cardiovascular-complications . On signalera aussi un site non institutionnel pour les praticiens français non spécialistes : https://risquecv.fr/ . GP
Cet article a été publié dans le e-journal de la lettre de l’infectiologue d’Edimark, nous le reproduisons avec leur aimable autorisation.