Swaps 78 : Crise et précarité

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En dépit de cela, les dernières tendances 2013-2014 de l’OFDT montrent, quantitativement et qualitativement, l’adaptation de l’offre en matière de drogue à la crise. Ou comment les officines de vente tentent de pallier les problèmes posés par la paupérisation d’un ensemble sans cesse croissant d’usagers appartenant aux classes moyennes françaises. L’article de Michel Gandilhon illustre parfaitement ces phénomènes d’adaptation, à commencer par une dichotomie sociale assez ancrée dans les esprits, celle de l’usage de free base dans les populations les plus insérées et économiquement saines, et celle du crack dans les bas-fonds de la société. La crise entraîne, en effet, un glissement vers le produit le moins cher, comme en témoigne les scènes de crack du nord-est parisien, qui connaissent un certain accroissement d’activité… sans oublier la mise à disposition, commercialement lucrative, de cocaïne basée dans les cités parisiennes, plutôt habituées au commerce de résine de cannabis. Des décloisonnements sociaux qui ne sauraient se cantonner à la sphère du grand Paris et qui touchent d’autres sites en province.

Autre exemple d’impact de la précarité sur la prise en charge des usagers de drogues, les données issues des CAARUD analysées par Agnès Cadet-Taïrou (OFDT): seuls 17% des usagers des CAARUD vivent de revenu issu du travail, et 27% se trouvent sans revenus hors mendicité, vivant de ressources dites «non officielles». Mais en dépit d’une cartographie socio-comportementale et économique mise en place dans cette enquête, les parcours de vie qui mène à l’extrême précarité sociale chez les usagers de drogues sont multiformes, même s’il existe des marqueurs constants de vulnérabilité sociale comme le plus jeune âge, le fait d’être en situation irrégulière, voire comme cela est encore le cas l’usage du crack.

Cette dimension sociale, au-delà d’être le reflet direct d’une société, pose évidemment des problèmes sur l’aspect sanitaire des usagers des CAARUD. Comment, avec une telle problématique sociale, peut-on instituer dans les CAARUD et les CSAPA des méthodes innovantes de dépistage, puis de prise en charge, de différentes infections VIH, VHB, VHC mais aussi IST, alors même que la prise en charge sociale est la priorité ? De même quelle est place de la réduction des risques par rapport à cette très forte demande sociale, sans compter les risques de reconduite aux frontières?

À ce titre, ce numéro de Swaps consacré à la précarité due à la crise ne saurait se limiter à la dimension économique hexagonale. C’est pourquoi nous avons ouvert un dossier sur le premier centre méthadone en Afrique de l’Ouest, premier centre de soins incluant le traitement de substitution aux opiacés par méthadone, dont l’existence même d’une liste d’attente confirme l’importance de la demande.

Enfin, il n’y aurait pas de débat sur la crise sans un focus sur la situation grecque. La Grèce, qui rentre dans sa sixième année de récession, a une dette publique représentant 324% du produit intérieur brut (PIB) et un taux de chômage estimé à 26%. Même si, en 2013, le ministère de la Santé grec a publié un plan d’action sociale pour répondre à l’épidémie VIH/sida liée à l’usage de drogue, il reste de nombreuses interrogations sur les laissés-pour-compte de ce programme national et plus encore sur la pérennisation des financements nationaux et internationaux.

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