Rougeole : la baisse de la vaccination fait craindre la multiplication des flambées épidémiques

Les épidémies de rougeole observées ces deux dernières années, notamment dans les pays riches comme le Canada, l’Angleterre ou les États-Unis, pourraient mettre un coup d’arrêt voire inverser les progrès obtenus depuis 2000 en matière d’élimination de la rougeole. La situation décrite par l’OMS en novembre 2025 et les dernières données américaines datant de février 2026 ont en effet de quoi inquiéter.

Couverture vaccinale mondiale : en progrès mais peut mieux faire

Entre 2000 et 2024, le nombre estimé de cas de rougeole dans le monde a diminué de 71 %, passant de 38 millions à 11 millions, tandis que les décès liés à la rougeole ont diminué de 88 %, passant de 777 000 à 95 000, selon un rapport publié par l’OMS le 28 novembre 2025. Des baisses liées à une augmentation constante de la couverture vaccinale à deux doses contre la rougeole : tandis que la couverture mondiale avec la première dose de vaccin contre la rougeole est passée de 71 % en 2000 à 84 % en 2024, celle avec la deuxième dose du vaccin, tout aussi importante, a bondi pour passer de 17 % en 2000 à 76 % en 2024. Si l’on peut saluer cette hausse, la couverture vaccinale est néanmoins encore loin des 95 % requis pour interrompre la transmission du virus de la rougeole hautement transmissible.

  • La Région du monde la moins bien couverte reste l’Afrique avec seulement 71 % de la population vaccinée avec au moins une dose ;
  • Dans la Région de la Méditerranée orientale, la couverture vaccinale a fléchi à 80 % (vs 82 % en 2017) en 2021, et n’a pas évolué depuis ;
  • La Région des Amériques a enregistré la couverture par la primo-vaccination la plus élevée de toutes les Régions de l’OMS en 2000 (93 %), avant de tomber à 84% en 2022. En 2024, elle était légèrement remontée à 88%.
  • Dans la Région du Pacifique occidental, elle a atteint 95 % en 2013 et est restée stable jusqu’en 2019, avant de diminuer pour s’établir à 90 % en 2024.
  • Depuis 2005, la Région européenne maintient une couverture par la primo-vaccination stable et élevée (entre 93% et 95%) ;
  • C’est désormais dans la Région d’Asie du Sud-Est que la couverture vaccinale est la plus élevée, avec un record historique de 96 % en 2024.
Fig. 1 : Évolution des couvertures mondiale et régionale par la première (gauche) et seconde (droite) dose de vaccin à valence rougeole, 2000–2024. MCV1 = première dose de vaccin à valence rougeole ; MCV2 = deuxième dose de vaccin à valence rougeole.

Après le Canada et le Royaume-Uni, les États-Unis vont-ils perdre leur statut de pays exempt de rougeole sous la poussée de mesures anti-Vax de l’administration Trump ?

La couverture ROR est d’environ 84,5% au Royaume-Uni et 83,9% en Angleterre, bien en dessous du seuil de 95% nécessaires.  C’est pourquoi l’OMS lui a retiré le statut de pays exempt de rougeole, rejoignant ainsi l’Arménie, l’Autriche, l’Azerbaïdjan, l’Espagne et l’Ouzbékistan.

Et la situation risque de s’aggraver. Le 10 novembre 2025, le Canada a officiellement perdu son statut de pays exempt de rougeole en raison d’une recrudescence de cas liée à une baisse du taux de vaccination. Les États-Unis, qui avaient gagné le statut de pays sans rougeole en 2000, pourraient-ils suivre le même chemin ? C’est en tout cas la crainte partagée par bon nombre d’experts au vu des dernières flambées épidémiques que connaissent plusieurs États américains. Avant 2025, la moyenne était de 180 cas officiels de rougeole par an depuis plus de deux décennies : la cassure survient en 2025, plus précisément au printemps comme en témoigne la courbure de l’incidence dans l’infographie ci-dessous, avec plus de 2200 cas enregistrés cette année-là ; si la tendance observée en janvier – avec déjà 733 cas – se poursuit, la situation pourrait encore s’aggraver en 2026. D’autant que les certificats d’exemption à la vaccination contre la rougeole ont augmenté aux États-Unis dans 36 États avec 17 qui signalent des taux d’exemption supérieurs à 5 % (source https://www.cdc.gov/measles/data-research/index.html#cdc_data_surveillance_section_4-measles-cases-in-2024 ). Plus de 180 000 enfants de maternelle ont été exemptés pour des raisons non médicales durant l’année scolaire 2024-2025. 

Fig. 2 : Nombre de cas officiels de rougeole aux États-Unis, 2022-2026. Source : CDC
Fig. 3 : Nombre de cas annuels de rougeole aux États-Unis, 2022-2026. Source : CDC
Figure 4 : taux d’exemption vaccinale outre -atlantique

 La même situation est observée dans d’autres pays d’Amérique latine, notamment le Mexique, la Bolivie, le Paraguay et le Bélize. Par rapport à 2024, le nombre de cas confirmés dans la Région des Amériques a ainsi été triplé pour dépasser les 12 000 cas.

Quid de la France et du reste du monde ?

En France, 873 cas de rougeole sont survenus et ont été déclarés en 2025. Parmi les personnes ciblées par la vaccination (âgés de plus d’un an et nés depuis 1980), pour lesquelles le statut vaccinal était connu (n=620), 416 (67 %) étaient non ou incomplètement vaccinées, 194 (31 %) étaient vaccinées avec deux doses et 9 (1 %) cas étaient vaccinées sans que le nombre de doses reçues soit précisé. Les cinq principaux départements avec le plus de cas déclarés sont : Nord (15 %), Bouches-du-Rhône (6 %), Aude (6 %), Haute-Savoie (5 %) et Isère (5 %).

Au niveau mondial, 58 flambées ont été enregistrées en 2023, un chiffre nettement supérieur à ceux de 2021 (21 flambées) et 2022 (37 flambées). L’année 2024 a enregistré le plus grand nombre de flambées signalées depuis le début de la pandémie de CovidCovid-19 Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2. et du deuxième plus grand nombre depuis 2003. Sur les 59 flambées épidémiques survenues en 2024, 23 (39%) concernaient la Région africaine, 20 (34%) la Région européenne, 10 (17%) la Région de la Méditerranée orientale, 5 la Région du Pacifique occidental et 1 la Région de l’Asie du Sud-Est.

Pourquoi une telle recrudescence de la rougeole ?

Comment comprendre ces flambées de rougeole à travers le monde ? Pour Priya Venkatesan, elles sont très fortement liées à la baisse de la vaccination : pour preuve, 39 % des épidémies enregistrées en 2024 sont survenues en Afrique, continent où le nombre d’enfants n’ayant pas reçu leur première dose est le plus important. Pour autant, les causes ne sont pas les mêmes d’une Région du monde à l’autre.

Un accès difficile à la vaccination dans les pays pauvres…

 « L’accès aux vaccins et à leur distribution est un véritable défi et mettre en place des campagnes de vaccination efficaces nécessite des fonds considérables. Les difficultés d’accès aux zones reculées ont également un impact sur la surveillance des maladies et la capacité à mettre en place des mesures efficaces et rapides en cas d’épidémie », explique Alexis Robert (London School of Hygiene & Tropical Medicine, London, UK). Et les coupes budgétaires dans l’aide étrangère fournie par les États-Unis, l’un des principaux partenaires du programme d’élimination de la rougeole et de la rubéole, y sont indubitablement pour quelque chose, pointait l’OMS dans son rapport du 28 novembre 2025.

… et une défiance à l’égard des autorités et de la science dans les pays riches

Aux États-Unis, l’accès à la vaccination n’est pas un problème, et pourtant 93 % de l’ensemble des cas rapportés en 2025 n’étaient pas vaccinés (ou de statut vaccinal inconnu). Dans ce cas, comme dans la plupart des pays riches qui connaissent une résurgence de la rougeole, c’est la défiance à l’égard des vaccins qui est en cause. « La mésinformation, la défiance du public à l’égard des experts et des institutions de santé publique, et l’utilisation croissante des exemptions pour convictions personnelles a probablement joué un rôle, du moins aux États-Unis », analyse Amy K Winter (Center for the Ecology of Infectious Diseases, University of Georgia, Athens, GA, USA). Et Priya Venkatesan de mettre en cause la politique de Santé menée aux États-Unis par le gouvernement Trump, et appliquée par son ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr, antivax revendiqué : « la désinformation politique contribue à la réticence à la vaccination et entraîne des épidémies de rougeole, tout comme l’idée dangereuse d’abandonner le vaccin combiné ROR au profit de vaccins individuels pour chaque virus, ou encore les sites Internet gouvernementaux qui établissent à tort un lien entre le vaccin combiné et l’autisme. » En 2023-2024, la couverture vaccinale dans les écoles maternelles américaines n’était plus que de 92,7 %, en-dessous du seuil des 95 % nécessaires pour éradiquer la rougeole.

Pour l’OMS, il est urgent d’agir. « L’élimination de la rougeole à l’échelle mondiale reste encore un objectif lointain, qui nécessite des ressources suffisantes et un engagement politique soutenu de la part des pays et des partenaires de la vaccination afin d’étendre et de maintenir une couverture vaccinale élevée, tout en renforçant la surveillance et les efforts de riposte face aux flambées épidémiques ».

Références :

1. Progrès accomplis dans le monde en vue de l’élimination de la rougeole, 2000-2024. Relevé épidémiologique hebdomadaire, OMS, 28 novembre 2025.

2. Global resurgence in measles, Venkatesan, Priya.The Lancet Microbe, Volume 0, Issue 0, 101347

Source : https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/measles-europe-december-2025