Virus respiratoire syncytial (VRS): les stratégies de prévention efficaces chez le nourrisson et l’adulte

La stratégie de prévention de l’infection par le VRS qui, en France, s’appuie sur trois approches complémentaires pour protéger les nourrissons et les personnes âgées et/ou fragiles, s’avère aussi efficace en vie réelle que dans les essais cliniques, selon plusieurs études. Des données rassurantes qui vont devoir être prises en compte par les autorités de santé afin de lever les freins (manque de communication, absence de remboursement de certains vaccins, etc.) qui empêchent le bon déploiement de cette stratégie.

Le virus respiratoire syncytial (VRS) n’est pas uniquement l’agent responsable des bronchiolites du nourrisson. Chez l’adulte, et plus encore chez les personnes âgées ou porteuses de comorbidités, il est désormais clairement associé à des formes sévères responsables de décompensations et d’hospitalisations cardio-respiratoires, ainsi qu’à un excès de morbi-mortalité. Ces données conduisent à considérer le VRS comme un virus à impact systémique, dépassant largement la sphère respiratoire.

Il est bien établi que les infections respiratoires aiguës peuvent déstabiliser le système cardiovasculaire par des mécanismes inflammatoires, hémodynamiques et thrombotiques. Le VRS s’inscrit pleinement dans ce cadre. Une large étude de cohorte populationnelle menée à Singapour1Wee LE, Loy EX, Ngiam N, Lim JT, Chiew CJ, Li RJ, et al. Risk of new-onset heart failure and heart failure exacerbations following COVID-19Covid-19 Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2. influenza or respiratory-syncytial-virus hospitalisation. Eur. J. Prev. Cardiol. 2025;zwaf714. a comparé le risque d’insuffisance cardiaque après hospitalisation pour VRS, grippe ou CovidCovid-19 Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2. à celui observé après hospitalisation pour des causes non infectieuses :

  • Chez les adultes sans antécédents d’insuffisance cardiaque, une hospitalisation pour VRS est associée à un risque d’insuffisance cardiaque incidente deux fois plus élevé jusqu’à six mois après la sortie.
  • Chez les patients déjà insuffisants cardiaques, le risque de ré-hospitalisation pour décompensation est significativement accru, en particulier lorsqu’ils sont âgés de 70 ans et plus.

Une vulnérabilité plus marquée en phase aiguë de l’infection

Cette vulnérabilité est encore plus marquée en phase aiguë de l’infection. Une analyse nationale danoise2Lassen MCH, Modin D, Johansen ND, Sivapalan P, Hviid A, Krause TG, et al. Respiratory Syncytial Virus and Incidence of Cardiovascular Events. J. Am. Coll. Cardiol. 2025;85:1504‑7., utilisant la méthode des self-controlled case series, a évalué le risque d’événements cardiovasculaires dans les jours suivant une infection à VRS documentée chez des adultes âgés de 65 ans ou plus. Le risque d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque y est multiplié par plus de quatre, celui d’accident vasculaire cérébral ischémique par plus de huit, et l’incidence globale des événements cardiovasculaires par plus de six. Au-delà de cette phase initiale, les données montrent que le risque persiste dans le temps. Dans une cohorte nationale danoise appariée3Hviid A, Fischer TK, Biering-Sørensen T, Bech Svalgaard I. Cardiovascular Events 1 Year After Respiratory Syncytial Virus Infection in Adults. JAMA Netw. Open 2025;8:e2547618., le surrisque cardiovasculaire s’étend jusqu’à un an après l’infection, avec un fardeau particulièrement élevé chez les patients hospitalisés et chez ceux présentant une maladie cardiovasculaire préexistante ou un diabète. Autrement dit, le VRS ne se limite pas à « faire décompenser sur le moment » : il s’associe à un excès d’événements cardiovasculaires durables, cliniquement pertinents, et d’ampleur comparable à celle observée après une grippe.

Trois approches complémentaires pour prévenir l’infection à VRS

En France, la prévention du VRS repose aujourd’hui sur trois approches complémentaires :

  • La vaccination maternelle par RSVpreF (Abrysvo®) : elle vise à protéger le nouveau-né par le transfert transplacentaire d’anticorps maternels et est recommandée entre la 32ème et la 36ème semaine d’aménorrhée à compter du début de la campagne.
  • Le nirsevimab (Beyfortus®) : cet anticorps monoclonal à longue durée d’action est indiqué chez l’ensemble des nourrissons entrant dans leur première saison d’exposition au VRS à partir du début de la campagne, en l’absence de vaccination maternelle.
  • Par la vaccination de l’adulte : plusieurs vaccins (Arexvy®, Abrysvo®, mRESVIA®) sont recommandés chez les personnes de plus de 75 ans, ou entre 65 et 74 ans en cas de pathologie cardiaque ou respiratoire chronique. Il est important de souligner que ces vaccins disposent d’une autorisation de mise sur le marché et sont agréés aux collectivités, mais ne bénéficient pas à ce stade d’un remboursement par l’Assurance maladie pour une prescription individuelle en ville, ce qui limite leur déploiement en pratique courante.

Sur le plan de la sécurité, les premières données de pharmacovigilance françaises analysées par l’ANSM sont rassurantes et ne mettent pas en évidence de signal inattendu majeur. Les alertes concernent principalement des situations impliquant une mauvaise utilisation, telles que des erreurs d’indication d’âge, des confusions entre anticorps monoclonal et vaccin, ou des problèmes de calendrier. Ces éléments soulignent la nécessité d’une information claire et homogène des professionnels de santé et du public, dans un contexte d’évolution rapide des outils de prévention disponibles.

L’efficacité confirmée en vie réelle…

Les données d’efficacité en vie réelle issues des premières saisons d’utilisation confirment largement les résultats des essais cliniques, tant chez l’adulte que chez le nourrisson. Lors de la saison 2023–2024, des études populationnelles de type test négatif menées aux États-Unis ont montré une efficacité vaccinale de l’ordre de 75 à 80 % contre les hospitalisations et les passages aux urgences liés au VRS chez les adultes âgés de 60 ans et plus, y compris chez les personnes très âgées et celles présentant des comorbidités à haut risque4Payne AB, Watts JA, Mitchell PK, Dascomb K, Irving SA, Klein NP, et al. Respiratory syncytial virus (RSV) vaccine effectiveness against RSV-associated hospitalisations and emergency department encounters among adults aged 60 years and older in the USA, October, 2023, to March, 2024: a test-negative design analysis. The Lancet 2024;404:1547‑59.
Surie D, Self WH, Zhu Y, Yuengling KA, Johnson CA, Grijalva CG, et al. RSV Vaccine Effectiveness Against Hospitalization Among US Adults 60 Years and Older. JAMA 2024;e2415775.
Tartof SY, Aliabadi N, Goodwin G, Slezak J, Hong V, Ackerson B, et al. Estimated Vaccine Effectiveness for Respiratory Syncytial Virus-Related Lower Respiratory Tract Disease. JAMA Netw. Open 2024;7:e2450832.
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…mais quid de sa durabilité ?

L’une des principales questions encore en suspens concerne la durabilité de la protection vaccinale chez l’adulte sur plusieurs saisons. Les données de suivi issues des essais cliniques suggèrent qu’une protection conférée par une dose unique persiste au-delà d’un an, sans argument actuel en faveur d’une revaccination annuelle systématique. Des données récentes en vie réelle, couvrant deux saisons épidémiques, apportent toutefois des éléments supplémentaires. Dans un essai « émulé » portant sur près de 290 000 vétérans américains âgés de 60 ans et plus5Bajema KL, Bui DP, Yan L, Li Y, Rajeevan N, Vergun R, et al. Durability of Respiratory Syncytial Virus Vaccine Effectiveness Among US Veterans. JAMA Intern. Med. [Internet] 2025 [cité 2025 déc 22];Available from: https://doi.org/10.1001/jamainternmed.2025.6355., l’efficacité vaccinale contre l’infection à VRS documentée diminuait progressivement, passant d’environ 83 % peu après la vaccination à 59% à 18 mois. Une évolution comparable était observée pour les passages aux urgences et les hospitalisations liées au VRS. Chez les personnes immunodéprimées, la diminution de l’efficacité était plus marquée. De façon concordante, une étude multicentrique menée au sein du réseau IVY (Investigating Respiratory Viruses in the Acutely Ill (IVY) Network) a montré qu’une dose unique de vaccin réduisait les hospitalisations liées au VRS avec une efficacité plus élevée lorsque la vaccination avait eu lieu au cours de la même saison que celle de l’exposition, par rapport à la saison précédente6Surie D, Self WH, Yuengling KA, Lauring AS, Zhu Y, Safdar B, et al. RSV Vaccine Effectiveness Against Hospitalization Among US Adults Aged 60 Years or Older During 2 Seasons. JAMA 2025;334:1442.. Ces résultats soutiennent l’existence d’une protection cliniquement pertinente sur plusieurs saisons, tout en suggérant une atténuation progressive de l’efficacité au fil du temps.

La vaccination maternelle protège le nouveau-né, mais moins que l’immunisation directe

Chez le nourrisson, les premières données sur l’utilisation de la vaccination maternelle confirment également l’efficacité observée dans les essais de phase III. L’étude BERNI menée en Argentine met en évidence une réduction d’environ 71 % des hospitalisations liées au VRS chez les nourrissons jusqu’à l’âge de 6 mois, avec une protection encore plus marquée contre les formes sévères, notamment celles nécessitant une admission en soins intensifs7Marc GP, Vizzotti C, Fell DB, Nunzio LD, Olszevicki S, Mankiewicz SW, et al. Real-world effectiveness of RSVpreF vaccination during pregnancy against RSV-associated lower respiratory tract disease leading to hospitalisation in infants during the 2024 RSV season in Argentina (BERNI study): a multicentre, retrospective, test-negative, case–control study. Lancet Infect. Dis. 2025;25:1044‑54.. Les études observationnelles et la surveillance post-autorisation n’ont pas montré d’augmentation du risque d’événements indésirables périnataux majeurs par rapport aux femmes enceintes non vaccinées8Hsieh TYJ, Wei JCC, Collier A ris. Investigation of maternal outcomes following respiratory syncytial virus vaccination in the third trimester: insights from a real-world United States electronic health records database. Am. J. Obstet. Gynecol. 2025;233:e181‑90.. En pratique, la plupart des recommandations nationales préconisent désormais que la protection des nouveau-nés contre le VRS repose soit sur la vaccination maternelle pendant la grossesse, soit sur l’administration de nirsevimab au nourrisson peu après la naissance. Ces stratégies sont considérées comme efficaces et complémentaires, mais ne sont généralement pas utilisées conjointement chez un même enfant, sauf dans des situations particulières de très haut risque. À cet égard, une analyse récente issue d’EPI-PHARE à partir du SNDS, portant sur la saison 2024–2025, suggère que si les deux stratégies réduisent efficacement les hospitalisations liées au VRS chez le nourrisson, l’immunisation directe par nirsevimab est associée à une réduction plus importante du risque d’hospitalisation et des formes sévères par rapport à la vaccination maternelle par Abrysvo9Jabagi MJ, Bertrand M, Gabet A, Kolla E, Olié V, Zureik M. Nirsevimab vs RSVpreF Vaccine for Respiratory Syncytial Virus–Related Hospitalization in Newborns. JAMA [Internet] 2025 [cité 2025 déc 26];Available from: https://doi.org/10.1001/jama.2025.24082..

Conclusion

Longtemps cantonné au champ pédiatrique, le VRS apparaît désormais comme responsable d’une morbi-mortalité cardio-respiratoire importante chez les adultes fragiles. Dans ce contexte, la prévention du VRS doit être envisagée comme un levier potentiel de réduction des hospitalisations à tous les âges. Les outils de prévention existent ; leur efficacité a été montrée dans les essais cliniques et les premières études de «vie réelle» et leur profil de sécurité est rassurant. Le principal défi n’est donc plus scientifique mais organisationnel et politique : identifier clairement les populations prioritaires, assurer une information cohérente des professionnels et du public, et lever les freins à l’accès aux stratégies préventives, notamment en accélérant le remboursement chez l’adulte à risque. Les prochaines années devront également préciser la place des rappels vaccinaux et affiner les stratégies en fonction de la durabilité de la protection observée.