Étude ATLAS-2M : la bithérapie CAB + RPV en longue durée d’action tous les deux mois ?

Les études de phase III ont démontré que la bithérapie cabotégravir (CAB) – rilpivirine (RPV) longue durée d’action (LA) administrée en intra-musculaire (i.m.) toutes les 4 semaines était non inférieure à une trithérapie administrée de façon quotidienne.

Les propriétés pharmacocinétiques de cette association permettent-elles d’espacer les administrations tous les 2 mois? C’était l’objectif de cette étude ATLAS-2M: il s’agit d’une étude de phase IIIb de non-infériorité menée en ouvert et comparant un traitement par CAB 600 mg + RPV 900 mg LA tous les 2 mois versus CAB 400 mg + RPV 600 mg LA tous les mois chez des patients prétraités.

Les patients en succès virologique sous CAB + RPV LA tous les mois (issus de l’étude ATLAS) ou sous trithérapie standard ont été randomisés (1:1) pour recevoir CAB 600 mg + RPV 900 mg LA tous les 2 mois ou CAB 400 mg + RPV 600 mg LA tous les mois.

Le critère principal d’évaluation à S48 était le pourcentage de patients présentant une CV≥ 50 copies/mL (analyse en ITT-e, snapshot) avec une marge de non infériorité de 4%. Le critère secondaire principal était le pourcentage de patients présentant une CV<50 copies/mL (ITT-e, snapshot) avec une marge de non infériorité de −10%.

Au total, 1 045 patients ont été randomisés et traités par CAB 600 mg + RPV 900 mg LA tous les 2 mois (n = 522) ou CAB 400 mg + RPV 600 mg LA tous les mois (n= 523): 27% de femmes et 73% de caucasiens. 63% étaient naïfs de CAB + RPV et 37% étaient issus du bras CAB + RPV tous les mois de l’étude ATLAS.

Les résultats confirment l’hypothèse de départ de non-infériorité pour CAB + RPV LA tous les 2 mois versus CAB + RPV LA tous les mois qu’il s’agisse du critère principal (respectivement 1,7% soit 9/522 versus 1% soit 5/523 ; différence ajustée 0,8% ; IC95 : −0,6 ; +2,2) ou du critère secondaire principal (94,3% soit 492/522 versus 93,5% soit 489/523; différence ajustée 0,8% ; IC95 : −2,1; +3,7).

Les échecs virologiques confirmés (deux mesures consécutives de CV ≥ 200 copies/mL) ont été au nombre de 8 (1,5% ; CAB + RPV LA tous les 2 mois) et de 2 (0,4 % ; CAB + RPV LA tous les mois). Des mutations archivées associées à une résistance à la RPV (E138A, Y188L, H221Y, Y181C) ont été retrouvées (PBMC à l’inclusion) soit seules dans 4 échecs virologiques confirmés soit soit pour 1 cas avec une mutation associée à une résistance au CAB (G140R, n = 1) et uniquement dans le bras CAB + RPV LA tous les 2 mois. Des mutations sous traitement associées à une résistance à la RPV (K101E, E138K, M230L), au CAB (N155H, Q148R, E138K) ou aux deux et non présentes dans les PBMC ont été retrouvées pour 5/8 des échecs virologiques confirmés dans le bras CAB + RPV LA tous les 2 mois et dans les 2 échecs virologiques confirmés du bras CAB + RPV LA tous les mois.

Le profil de tolérance est quant à lui comparable pour les deux bras, avec des réactions au point d’injection généralement (98%) d’intensité légère à modérée et d’une durée médiane de 3 jours. Les arrêts de traitement pour effets indésirables ont été peu nombreux (2 %), 1% en rapport avec une réaction au point d’injection dans le bras tous les deux mois et 2% dans le bras 1 fois/mois. Un seul décès (sepsis) a été constaté dans le bras bimensuel. La préférence des patients auparavant sous traitement oral est très largement (98%) pour le schéma tous les 2 mois. Les résultats de l’étude ATLAS-2M sont donc positifs, confirmant l’hypothèse de non-infériorité et avec un profil de tolérance satisfaisant. Ils ouvrent la voie à une possibilité d’administration de cette bithérapie à longue durée d’action en une injection i.m. tous les deux mois, avec des avantages évidents en termes d’adhérence au traitement.

Cet article a été publié dans la Lettre de l’infectiologue consacrée à la CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelles où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH.
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2020. Nous le reproduisons avec leur aimable autorisation.