Un Plan crack à Paris

Doté de 9 millions d’euros sur trois ans, incluant cinq partenaires, le plan 2019-2021 de lutte contre le crack qui fait des ravages dans le nord-est parisien veut changer le paysage, tristement célèbre, de la Colline. Un plan sans suite?

«C’est un plan inédit, élaboré avec la Préfecture de Paris et de région, l’ARS, la Mildeca, la mairie de Paris et les associations, alors qu’on n’a rien fait depuis 30 ans», selon Anne Souyris, adjointe en charge de la santé à la mairie de Paris. Signé fin mai, ce plan en préparation depuis un an et demi comprend 4 objectifs, déclinés en 33 actions. Il s’agit «d’accompagner les usagers pour réduire les risques et favoriser les parcours de soin, de renforcer les capacités d’hébergement et d’espaces de repos, d’intervenir dans l’espace public à destination tant des usagers que des habitants, et d’améliorer la connaissance des publics concernés».

Parmi les mesures, le renforcement des accueils de jour, avec l’ouverture le matin de la salle de consommation à moindre risque de la gare du Nord, gérée par Gaïa; la création de lieux de repos pour les usagers, avec l’ouverture du Sleep in dans la journée d’une part et la création d’un espace de repos porte de la Chapelle, d’autre part. Ouvert à partir du 18 novembre, il fonctionne de 8 h à 14 h, 7 jours sur 7, et permet d’accueillir 26 personnes dans deux containers. D’autres modulaires (6 en tout) proposent un espace accueil et infirmerie, un espace douche, un sanitaire et un espace administratif. Géré par Aurore et Gaïa, il a pour objectif le repos certes, mais aussi l’orientation vers l’accompagnement médicosocial. Pour Anne Souyris, «une des manières de réduire la fréquence des consommations, c’est d’offrir un peu de repos aux usagers, et cela permet de calmer aussi l’espace public».

Une réflexion est engagée pour ouvrir de nouvelles SCMR, suite à l’arrêté du 15 juillet dernier qui les élargit à toutes les consommations, et donc aux fumeurs de crack. Élisabeth Avril, présidente de Gaïa, précise: «Nous avons été sollicités avec Aurore pour ouvrir un espace de consommation porte de la Chapelle, mais avec la période des élections, on ne sait pas ce qui va se passer… Les besoins sont là, il faut être pragmatique.»

Les maraudes «médico-sociales de réduction des risques» sont renforcées, une nouvelle maraude spécialisée «riverains, usages de drogues et médiation sociale» est financée par la mairie de Paris, et un plan en coordination avec la RATP renforcé pour rediriger les consommateurs de crack vers les dispositifs médico-sociaux de surface.

Enfin, les places d’hébergement sont multipliées: l’État finance la création de 80 nouvelles places d’hébergement pérenne pour les usagers (1,2 millions d’euros par an), le dispositif Assore géré par l’association Aurore est renforcé pour ouvrir 60 places de mise à l’abri (hôtel) avant l’hébergement pérenne. L’accompagnement social et médicosocial devrait compléter le simple hébergement, avec un accent porté sur les troubles psychiatriques: d’une part, des «maraudes interdisciplinaires psychiatriques et sociales» devraient voir le jour après un appel d’offres, et d’autre part, une coordination médicosociale psychiatrique et sociale se mettra en place pour le suivi des «cas complexes».

«L’objectif, c’est qu’on n’ait plus de gens qui vivent dans la rue, qui ont l’air d’avoir 70 ans quand ils en ont 30, qui grattent la terre pour chercher du crack. Il faut qu’ils soient pris en charge et rentrent dans un processus», plaide Anne Souyris. Les associations, qui ont été parties prenantes de son élaboration, souhaitent que le plan se déploie ces trois prochaines années, sans être freiné par les élections.

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