«Tomber la culotte», une brochure dédiée à la santé sexuelle des femmes lesbiennes et bisexuelles

La nouvelle version de la brochure initialement publiée en 2011 a été dévoilée le jeudi 24 avril, porté par l’ENIPSE (Equipe nationale d’intervention en prévention et santé) et avec le soutien de Santé publique France.

L'édition 2019 de «Tomber la culotte».

«Tomber la culotte #2» a été réalisée par un comité de pilotage coordonné par Coraline Delebarre et Clotilde Genon. Cette brochure s’adresse aux femmes, cis et trans, qui ont des rapports avec d’autres femmes (FSF), de manière exclusive ou non, et quelle que soit la façon dont elles se définissent. Comme pour la première version, des artistes lesbiennes, bies, queer et/ou féministes ont illustré les différents chapitres de l’ouvrage.

«Tomber la culotte» se veut «un outil de valorisation, de visibilité et d’empowerment». Elle aborde, dans plusieurs chapitres, le rapport au corps, une histoire des luttes pour les droits des lesbiennes, les sexualités entre femmes, et la santé sexuelle des FSF. Quelques adresses et un glossaire complètent cette nouvelle édition. La brochure, imprimée à 20 000 exemplaires, sera disponible en ligne sous forme de PDF très rapidement.

Les FSF, une population peu étudiée

En 1972, une première enquête citée par Annie Velter de Santé publique France rapportait que 2,6% se définissait comme une femme ayant eu des rapports sexuels avec une autre femme, au moins une fois au cours de sa vie. Cette proportion est désormais de 5,6% en 2011, preuve que la parole se libère.

Les études qui permettraient de mieux connaître les FSF restent rares et cette population hétérogène mal connue. Les itérations de l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes, par exemple, n’interrogeaient, avant celle de 2011, que les hommes gays (ce qui n’avait pas empêché plus de 200 femmes lesbiennes et bisexuelles de répondre et de renvoyer un questionnaire qui ne les sollicitait pourtant pas).

Les données de l’enquête SexoFSF menée en 2016 par Coraline Delebarre, décrivent une population éduquée (86% ont un niveau d’étude supérieur au bac), mais souvent précarisée: 36% des répondantes gagnent moins de 999€. Des résultats qui confortent ceux de l’Enquête Presse Gay et Lesbienne 2011 d’Annie Verter: 70% des répondantes avaient fait des études supérieures et 37% d’entre elles étaient cadre. Dans les deux études, 11% des répondantes avaient des enfants. Les deux études dessinent en tout cas une grande variété d’auto-identification et de parcours sexuels.

De nombreuses discriminations

Un grand nombre des participantes aux enquêtes déclarent avoir fait face à la lesbophobie et en particulier dans le cadre de la santé: 20% des répondantes de SexoFSF y ont fait face dans l’espace médicale (46% dans l’espace public). Dans l’Enquête Presse gays et lesbiennes, 10% des répondants ont partagé leur orientation sexuelle leur médecin et ont fait face à une réaction déplaisante.

Accès aux soins et aux dépistages, EPGL2011, Annie Velter, Santé publique France

Ces discriminations et cette invisibilisation ont des conséquences en terme de santé. La crainte d’être confronté à de la la lesbophobie expliquent probablement en partie la réticence de certaine FSF à consulter. (60% des lesbiennes n’ont jamais réalisé de frottis cervico-utérins, par exemple). Les discriminations ont un impact significatif sur la santé psychologique des FSF et 43% des répondantes à SexoFSF déclarent un état psychologique moyen ou mauvais, avec la lesbophobie vécue citée comme facteur aggravant. 

Enfin, si les FSF qui ont des rapports exclusivements avec d’autres femmes ne semblent pas exposées face au VIH/sida —dans l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes, aucune n’a déclarée vivre avec le VIH—, les FSF ayant eu des rapports avec un homme au cours de leur vie sont plus nombreuses à déclarer avoir été infectées par une IST dans les 12 derniers mois.

Prévalence VIH et autre IST, EPGL2011, Annie Velter, Santé publique France.

«Tomber la culotte #2», 2019

Comité de pilotage national : Enipse Prévention Santé, Caélif Etudiants Lgbt+, Collectif Lesbien Lyonnais, Fières, Frisse Asso, Grey Pride – La Révolution Senior, la Commission lesbophobie de SOS Homophobie, Sida Info Service; Clotilde Genon et Coraline Delebarre, psychologue/sexologue, coordinatrices du projet pour l’Enipse, Anne Susset, Carole Mettavant, kinésithérapeute et sexologue.

Conception graphique: Marthe’Oh. Aicha Snoussi, Emilie Jouvet, Essica, Faustine Jacquot, La fesse cachée, Maryssa RACHEL, Mélanie Martinez, Nina Faustine et Sophie Arbez ont illustré les différents chapitres de la brochure.

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