Trump : Dix ans pour mettre fin à l’épidémie de VIH/sida

Le président américain Donald Trump a annoncé mardi 5 février lors de son discours annuel devant le Congrès vouloir mettre fin à l’épidémie de VIH/sida aux États-Unis dans la prochaine décennie.

Alors que les Etats-Unis sortent à peine du blocage législatif qu’il avait provoqué pour obtenir le financement de son mur anti-migrants au Sud du pays, Donald Trump a choisi de mobiliser le Congrès autour du VIH/sida.

Source : HHS.gov U.S. Department of Health & Human Services.

Pour «mettre fin à l’épidémie de VIH en Amérique» d’ici 2030, le but est de réduire le nombre des nouvelles infections de 75% en cinq ans et de 90% en dix ans (PDF), a déclaré Alex Azar, secrétaire à la Santé et aux Services sociaux. C’est lui qui a coordonné le développement du plan présenté par le président, qui prévoit de se concentrer sur les 48 comtés où presque la moitié des nouvelles infections ont lieu1. On compte 3000 comtés aux États-Unis.. Les dix comtés qui ont connu le nombre le plus élevé de nouveaux diagnostics VIH en 2016 et 2017 sont Los Angeles, Miami, Houston, Chicago, Dallas, Fort Lauderdale (Floride), Brooklyn, Atlanta, Phénix et le Bronx.

Source : HHS.gov U.S. Department of Health & Human Services.

Le Dr Robert R. Redfield, directeur des Centres de contrôle et de prévention des maladies, a déclaré que l’agence allait concentrer ses efforts pour diagnostiquer les infections dans ces zones sensibles, et non tout le pays. Sans donner beaucoup plus de détails, les équipes prévoient une campagne ciblée en déployant des groups d’agents de santé communautaires pour renforcer la prévention, et en particulier la Prep, le dépistage précoce et la mise sous traitement des personnes concernées pour bénéficier de l’effet Tasp au niveau populationnel.

Source : HHS.gov U.S. Department of Health & Human Services.

Le gouvernement américain reconnaît ainsi à travers cette annonce l’importance et l’efficacité de la prévention biomédicale : à l’heure de la prophylaxie pré-exposition (Prep) et du traitement comme prévention (Tasp), la tâche est devenue envisageable, mais seulement si la volonté politique se traduit en actions concrètes.

Une tâche de grande ampleur

Le nombre de nouvelles infections n’a pas diminué au cours des dernières années, avec environ 40 000 nouveaux diagnostics par an. Selon le Secrétaire américain à la santé, près de 90% des nouvelles infections ont lieu à cause des personnes qui ne savent pas qu’elles sont séropositives ou qui ne sont pas sous traitement. On estime que 165 000 Américains ignorent qu’ils ont été contaminés.

La moitié des personnes vivant avec le VIH sont dépistées au moins trois ans après leur infection et une personne séropositive sur quatre vit avec le VIH au moins sept ans avant que l’infection ne soit diagnostiquée. Aujourd’hui, seule une personne vivant avec le VIH sur deux a une charge virale indétectable.

Comme dans la plupart des autres pays occidentaux, l’épidémie est concentrée dans des populations particulièrement exposées : les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), les Afro-Américains et les populations autochtones d’Amérique et d’Alaska.

Le Sud des États-Unis concentrait à lui seul 52% des nouveaux diagnostics VIH en 2017, selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies. Selon une de leur études, en 2016, un Noir américain homosexuel ou bisexuel sur deux risque d’être infecté par le VIH au cours de sa vie.

Il faudra donc, pour que leur action soit efficace, que les pouvoirs publics mettent l’accent sur l’accès à la prévention et au traitement dans ces populations, aujourd’hui malmenées par la politique du gouvernement de Donald Trump.

Un annonce accueillie avec prudence

Si tout le monde semble se réjouir d’entendre les mots VIH et sida dans le discours annuel du Président et se félicite de l’ambition de cette annonce, les organisations et les personnes engagées dans la lutte contre le sida restent prudentes.

«Mettre fin à l’épidémie de VIH correspond à la réalité scientifique – nous pouvons le faire», a déclaré Jeremiah Johnson, directeur de projet du Treatment Action Group, à BuzzFeed News. «Mais cela ne correspond pas à la réalité politique de notre époque.» Michael Weinstein, président de l’organisation AIDS Healthcare Foundation, qui gère 64 centres médicaux aux États-Unis et des centaines dans le monde, a déclaré à l’AFP : «contrôler le VIH en une décennie est une tâche titanesque, mais nous applaudissons la volonté affichée».

L’IAS (International Aids Society) «applaudit cet engagement» mais reconnaît cependant que cette annonce «est incompatible avec les politiques et les discours qui attaquent les personnes transsexuelles et la communauté LGBTQ, les utilisateurs de drogues injectables, les personnes de couleur, les réfugiés, les travailleuses du sexe et les droits des femmes».

Malgré les discours, le gouvernement américain ne semble en effet pas pouvoir — ou vouloir — mettre au point une politique cohérente de lutte contre le VIH/sida. Donald Trump n’a toujours pas nommé de nouveau directeur pour le Bureau de politique nationale de la Maison Blanche sur le sida depuis la démission fracassante du directeur précédent en janvier 2017. Le Conseil présidentiel consultatif sur le VIH et le sida, dont les membres avaient été remerciés en 2017, ne s’est pas réuni du tout en 2018. En décembre 2018, ce sont des équipes de recherche qui se sont également vu interdire de poursuivre leurs recherches sur VIH sur du tissu foetal de souris. À peine un jour après la déclaration de Donald Trump devant le congrès, le ministère de la Justice a engagé mercredi 6 février des poursuites pour empêcher l’ouverture de la première salle de consommation à moindre risque à Philadelphie. Les études montrent pourtant que cette approche pragmatique de prise en charge des addictions évite les décès par overdose et diminue le risque de contamination par le VIH. Particulièrement aux États-Unis, où les usagers de drogues injectables représentent encore 6% des contaminations VIH.

Les attaques de l’administration contre l’Affordable Care Acte, connue sous le nom d’Obamacare et l’extension du Medicare touchent également les personnes vivant avec le VIH. Aux États-Unis, environ la moitié des personnes diagnostiquées n’a pas accès à un traitement anti-VIH, en grande partie parce qu’elles n’ont pas d’assurance et qu’elles ne peuvent pas le payer. Environ 56% des personnes vivant avec le VIH ont accès à une couverture de santé fédérale comme le Medicare, 30% ont une assurance privée et 14% n’ont pas d’assurance du tout.

Quels moyens financiers pour cette annonce?

Enfin, le point le plus important n’a pas été précisé : quelles sont les ressources qui vont être véritablement consacrées à la lutte contre l’épidémie? Aucune estimation des coûts n’a été avancée pour le projet de Donald Trump, et le montant des nouvelles sommes d’argent qui seront demandées au Congrès seront connues au printemps.

Cette annonce surprise peut faire penser à la décision inattendue de George W. Bush d’appeler en 2003 à la création du Plan d’urgence du président des États-Unis pour lutter contre le sida (PEPFAR), une organisation qui a fourni un traitement contre le VIH à plus 14 millions de personnes dans plus de 50 pays.

Mais l’an dernier, l’administration Trump avait proposé de réduire d’un milliard de dollars le budget du PEPFAR et de 425 millions de dollars celui du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Le Congrès avait refusé.

Seul le détail au printemps prochain du montant véritablement consacré à cette politique permettra de savoir s’il s’agissait d’une simple d’annonce sans effets ou d’une révolution. 

id accumsan nec ipsum libero Aliquam fringilla dolor. Curabitur ante. diam