Ouverture de la première salle de consommation à moindre risque (SMCR) parisienne

La première salle de consommation à moindre risque en France a été inaugurée à Paris le 11 octobre par la ministre de la santé, Marisol Touraine, et la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo.

Son ouverture s’inscrit dans le cadre d’une expérimentation de six ans, un principe qui figure dans la loi santé adoptée en décembre 2015 par le Parlement. Située au 4 rue Ambroise-Paré, dans le nord du Xe arrondissement de Paris, l’Espace Gaïa sera ouvert tous les jours aux usagers de 13h30 à 20h30 à partir du 14 octobre. La salle est située dans un bâtiment de l’hôpital Lariboisière, avec une entrée autonome. Elle se trouve dans la plus importante zone de consommation de drogue de la capitale.

Au niveau politique, c’est l’aboutissement d’un long processus politique commencé le 14 décembre 2009, jour où le député Jean-Marie Le Guen a défendu devant le Conseil de Paris la mise en place de salles de consommation de drogue dans la capitale, reprennant les revendications des associations d’usagers de drogue.

Après Paris, des salles devaient ouvrir à Strasbourg et Bordeaux. Elles sont présentes dans de nombreuses villes en Europe et dans le reste du monde: en Allemagne, en Australie, au Canada, en Espagne, au Danemark, au Luxembourg, en Norvège, aux Pays-Bas et en Suisse.

La ministre de la Santé et des Affaires sociales, Marisol Touraine, a déclaré dans Libération:

«D’abord, ce n’est pas une, mais deux salles de consommation à moindre risque qui vont ouvrir cet automne. Je me rends aujourd’hui dans la première, à Paris. D’ici à la fin du mois, une autre ouvrira à Strasbourg. (…)

Au final, combien de centres devrait-on arriver à ouvrir ainsi ?

Je ne me fixe pas d’objectifs chiffrés. Dans la dizaine de pays qui ont ouvert ce type de salles à travers le monde, il y en a à peu près une centaine. J’espère qu’une fois l’élection présidentielle passée, d’autres projets vont voir le jour et aboutir en France. Et je rappelle qu’il s’agit d’expérimentations.»

Le fonctionnement de la salle

Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, explique, dans Le Monde, le fonctionnement des salles :

«Le principe est globalement toujours le même : l’usager va d’abord s’enregistrer, même avec une identité fictive. A Paris, on lui délivrera un ticket et, comme à la “Sécu”, il devra attendre que son numéro s’affiche pour entrer dans la salle. Il devra également présenter le produit qu’il compte utiliser. La question de la qualité pourra aussi être abordée, par exemple si l’équipe de la salle sait qu’une drogue frelatée est en circulation à ce moment-là.

L’usager rentre ensuite dans le local où a lieu la consommation. Il s’installe, fait sa préparation et dispose de trente minutes pour s’injecter sa dose. A Paris, il y a peu ou pas d’héroïne, mais beaucoup de skénan, un médicament revendu 5 euros le cachet.

Le personnel surveille et se tient prêt à intervenir en cas d’overdose ou si un consommateur n’arrive pas à trouver une veine. Mais il lui est interdit d’aider physiquement à l’injection. Ensuite, c’est la salle de repos, et la possibilité d’accéder à un infirmier, un travailleur social ou un médecin.»

Elisabeth Avril, directrice de Gaïa Paris, précise sur le site de la mairie de Paris:

«Les personnes qui viennent pour la première fois passent un entretien pour faire le point sur leurs consommations et leur situation médicale, et tous doivent signer un contrat d’utilisation des lieux», explique Elisabeth Avril, directrice de Gaïa Paris. Chacun donne ensuite son prénom et sa date de naissance, et montre les produits qu’il souhaite consommer. «Puis, on leur donne un ticket avec un numéro de passage, poursuit Elisabeth Avril. Une seule consommation est autorisée à chaque passage».

Pourquoi il ne faut pas parler de «salles de shoot»

Les opposants au projet l’ont qualifiée de «salle de shoot». Pour Jean-Pierre Coutron qui répondait à LCI, c’est à la fois «stigmatisant et factuellement faux» :

«”Le ‘shoot’ est une expression d’argo pour décrire une façon de s’injecter. Elle renvoie à un côté brutal, à l’image du junkie », explique-t-il. « Cette image, on peut l’assumer, mais il est vrai qu’une salle de consommation a pour but d’encadrer ce geste, d’offrir les conditions qui vont le modifier et d’en faire un acte à moindre risque. En d’autres termes, de passer de la rue à un lieu sûr. Parler d’une ‘salle de shoot’, c’est sous-entendre qu’on ne change rien, c’est remettre en cause les acquis de ces locaux. »

(…)

Une expression qui cantonne aussi ces nouveaux locaux à leur unique fonction d’aide à l’injection. Alors même que la salle a été pensée pour permettre d’autres formes de consommation de drogues à moindre risque. « A Paris, le matériel de la salle permet non seulement l’injection de substances, mais aussi leur inhalation. Cette méthode est utilisée pour le crack notamment, et parfois l’héroïne » nous précise Jean-Pierre Coutron. C’est pourquoi nous préférons parler de « salle de consommation ». Et pour ceux qui veulent gagner de la place, il milite pour « l’acronyme ‘SCMR’, plus court encore que ‘salle de conso’ ! » Mais qui attend, encore, de rentrer dans les usages.»

Un dispositif efficace

Les arguments des opposants à l’ouverture de ces lieux sont connus, et souvent mal documentés: développement du traffic, message permissif aux jeunes, augmentation des nuisances… Dans une intervention mise en ligne par la revue Le Flyer, le Dr Benjamin Rolland présente l’intérêt des SCMR ainsi que leur éventuelles limites, par l’intermédiaire d’une revue systématisée de la littérature scientifique.

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