IAC 2014 — AIDS 2014: Retour sur la Conférence internationale sur le sida de Melbourne

L’été est passé et avec lui la XXe conférence internationale sur le sida de Melbourne, organisée par l’IAS, qui s’est tenue du 20 au 25 juillet 2014. Pour la rentrée, nous revenons à froid sur cette conférence si particulière par bien des aspects avec une même question lancinante à chaque grand évènement international sur le VIH/sida: Y a-t-il encore une place pour autant de conférences? Et qu’en reste-t-il, passées les chaleurs estivales?

Deux tragédies aériennes

Cette conférence a été encadrée et marquée par deux vols aériens qui resteront tristement dans les mémoires. Le vol MH17 de la Malaysia Airlines s’est écrasé le 17 juillet à la frontière ukrainienne dans les conditions que l’on sait. Il transportait, entre autres victimes, six participants à la Conférence internationale sur le sida, dont le pionnier néerlandais Joep Lang, ancien Président de l’IAS, mais aussi Glenn Thomas, porte-parole de l’OMS, et l’activiste Pim de Kuijer de STOP AIDS NOW.

Le vol AH5017 d’Air Algérie, qui devait assurer la liaison entre Ouagadougou au Burkina Faso et Alger, s’est écrasé lui le 24 juillet, dans bien d’autres conditions. L’accident a endeuillé, entre autres, le Burkina Faso, pays phare dans la lutte contre le sida.

Comme le précisait la Professeure Françoise Baré Sinoussi, présidente de l’IAS, il s’agit là d’une véritable tragédie qui touche toute la communauté. La conférence était  d’ailleurs dédiée aux victimes du vol MH17.

La lutte contre les discriminations au cœur des débats

Comme ce fut le cas à Vienne en 2012, la Conférence de Melbourne a été l’occasion d’une pétition dite «déclaration de Melbourne» pour l’éradication des discriminations des populations exposées à la contamination par le VIH. Cette pétition circulait déjà sur le net depuis le 16 mai dernier. L’occasion de rappeler que les lois homophobes ont été scientifiquement dénoncées comme aggravant l’épidémie du VIH et ses conséquences, notamment en augmentant le déficit de dépistage et en freinnant à l’accès aux traitements antirétroviraux.

Le rapport de l’Onusida, publié quelques jours avant la conférence, est revenu sur les 79 pays qui possèdent des lois criminalisant les pratiques sexuelles entre personnes du même sexe. Certains pays ont récemment renforcé leur législation, comme l’Ouganda et le Nigéria (actuellement sur le feu d’une autre actualité virale avec l’Ebola), ou l’Inde qui a restauré une loi pénalisant les rapports anaux.

Au-delà du principe pétitionnaire, il reste à trouver la parade par rapport à ces pays qui interdisent parfois aux homosexuels de simplement se rassembler ou de participer à la vie associative:

– Exercer des sanctions sur les pays occidentaux qui ont financé la moitié des 19 milliards de dollars US (14 milliards d’euros) consacrés à la lutte contre le sida des pays en voie de développement 2013? Ce serait une façon de sanctionner deux fois les homosexuels habitant dans ces pays.

– Exprimer des contestations aux pays donateurs via le fonds mondial de lutte contre le sida, la Tuberculose et le Paludisme, comme l’a suggéré durant la Conférence le Professeur Jean-François Delfraissy?

Sachant que l’affichage de l’Onusida avec une journée mondiale en 2011 et un objectif «atteindre zéro discrimination en 2015» semble totalement aléatoire et illusoire.

«Stepping Up The Pace», accélérer l’allure

La Conférence internationale, pour cette vingtième édition, c’est aussi l’occasion de retenir les messages clés. Au-delà de l’«éradication des discriminations», on peut noter le leytmotiv de la conférence, «Stepping Up The Pace» que l’on peut traduire par «Accélérer  l’allure» et qui correspond plutôt bien aux éléments moteurs de la lutte contre le sida actuellement. On retiendra dans la liste des abstracts la notion, non plus de population à risques mais de populations clés,  «Key Populations», tant ceux-ci ont été au centre de la conférence: HSH («Les Hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes», les trans, les usagers de drogues, les travailleuses et travailleurs du sexe, les femmes, les prisonniers, les migrant-e-s, sans compter les 19 millions de personnes VIH dans le Monde non dépistés!

Certaines de ces populations clés sont plus oubliées que d’autres. Les jeunes filles en Afrique sont au cœur d’une véritable épidémie concentrée à l’intérieur de l’épidémie généralisée. Pour ne retenir qu’un chiffre, en Afrique Sub-Saharienne, 44% des jeune-filles ont leur premier rapport sexuel sous contrainte et dans le KwaZulu-Natal en Afrique du Sud, 74 % des jeune-filles entre 24 et 29 ans sont séropositives pour le VIH contre 16.9% dans la population générale.

Autre mot clé de cette vingtième conférence: «Mieux répartir les moyens». En effet le rapport Onusida a pointé que sur les 2.1 millions de nouvelles infections annuelles, deux tiers étaient réparties dans 15 pays où il fallait probablement répartir et concentrer les moyens de lutte.

Coté science dure, on notera dans une communication concernant la recherche du traitement curatif et l’utilisation des traitements anti-cancéreux pour faire sortir l’ADN peu virale des cellules (exemple de la Romidepsine utilisée au Danemark) associée aux antirétroviraux avec un titre qui résume les prétentions: «Kick End Kill».

La Prep et les recommandations OMS

De cette conférence de Melbourne, on retiendra aussi l’avis concomitant concernant la PreP de l’OMS. Cet avis précise parmi ses lignes directrices: «Pour la première fois, l’OMS recommande vivement aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes d’envisager de prendre des médicaments antirétroviraux en tant que méthode complémentaire de prévention de l’infection à VIH (prophylaxie pré exposition) parallèlement à l’utilisation du préservatif. Les taux d’infection à VIH parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes restent élevés, presque partout il faut d’urgence disposer de nouvelles options de prévention».

L’OMS, dans son rôle en donnant une recommandation qui n’est en rien en injonction, a pourtant surpris par la hardiesse de sa prise de position qui repose sur peu de données scientifiques nouvelles depuis l’étude iPrEx et même si de nouvelles données ont été présentées le mardi 22 juillet en Late Breaker. La suite de l’étude IPREX baptisée iPrEx OLE, pour Open Labo Extension, a été publiée simultanément sur Journal of Infectious Diseases. Il s’agit d’une étude observationnelle menée sur 1 600 hommes ou femmes trans, originaires de différents pays d’Amérique (Pérou, Equateur, Brésil, Etats-Unis) mais aussi en Afrique du Sud et en Thaïlande pendant 72 semaines. 76% des participants à l’étude iPrEx qui comparait l’efficacité du Truvada contre placébo en prophylaxie continue, ont accepté d’être dans l’étude de cohorte. Un test buvard permettant de mesurer  la concentration des deux antirétroviraux contenus dans le Truvada. Les auteurs ont comparé celui-ci à l’incidence du VIH dans la population de la cohorte. Sur les 1 603 personnes incluses, finalement 1 225 (76%) ont reçu la Prep. Parmi celles-ci, l’incidence était de 1,8 infections pour cent personnes par année, comparée à 2,6 infections pour 100 personnes par année chez celles qui n’avaient pas choisi la Prep, soit une diminution du risque (HR) de 0.51 [IC95% : 0.26-1.0]), ajustée par rapports aux facteurs de risques de comportements sexuels, et 3,9 infections pour 100 personnes par année dans le groupe placebo lors de l’étude iPrEx (HR = 0.49 ; IC95% : 0.31-0.77). Plus important encore, quand on comparait celles ayant pris 2 ou 3 comprimés par semaine, le risque était de 0.6% personnes / année de contamination par le VIH, et lorsque les gens avaient pris au moins 4 gélules par semaine, ce risque était de 0% personne / année (P < 0.0001).

Enfin, la Conférence de Melbourne s’est terminée sur une concentration classique et répétitive des déclarations d’intentions de la commission scientifique et des instances internationales, comme L’Onusida ou l’OMS, telles que «une charge virale indétectable pour tous avant 2020» et le questionnement, qui n’est pas qu’associatif, sur «où trouver l’argent?», un questionnement dont les réponses restent d’un intérêt vital.

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