Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Ces derniers temps, sur les réseaux sociaux (avec orientation sida et Gay) ont un sujet qui vient et revient en boucle.

 

En effet suite à la très récente prise de position de l’OMS sur le traitement comme prévention, plusieurs dizaines d’internautes de tous poils s’interrogent sur ce nouvel outil.

S’interroger est capital et utile. S’interroger sur les réussites ou les échecs d’un tel outil. S’interroger sur les effets secondaires ou les effets à long terme du traitement PreEP. S’interroger sur les effets généraux sur la visibilité de l’infection à VIH, sa compréhension par le grand public et peut être aussi sur les répercussions sur la prévention face au Virus.

Toutes ces questions (et d’autres sans aucun doute) sont légitimes. Or, il me semble que la science à répondu à un certain nombre d’entre elles.

Il faut y répondre, de façon claire sans parti pris et avec comme seul but d’éradiquer le VIH. ERADIQUER selon le LAROUSSE, c’est faire disparaître un mal, une maladie. Il est clair qu’à l’heure actuelle malgré 30 années d’efforts des cliniciens, chercheurs, pouvoirs publics et associatifs, on n’est véritablement pas arrivé à ERADIQUER l’infection causée par le Virus de l’immunodéficience humaine.

Depuis la découverte du Virus en France en 1983, par l’équipe de Françoise BARRE SINOUSSI plusieurs marches ont été gravies :

  • Le niveau 0 fut la prise en charge des Infections Opportunistes qui canalisait (très peu) l’action dévastatrice du virus sur l’immunité.
  • Puis l’AZT, qui, malgré des espoirs immenses, fut très nuisibles à beaucoup de personnes qui n’y survécurent pas.
  • L’association de molécules commença à porter des fruits.
  • L’arrivée en, 1996 des « TRITHERAPIES » a effectivement bouleversé la prise en charge des personnes séropositives.
  • Très vite l’objectif des soignants est devenu « écraser la charge virale » et on comprit vite (enfin certains) que plus la charge virale serait indétectable plus les risques de transmissions seraient faibles.

De tout ceci découla une formule magique assez simple sur le papier : Dépistage+traitement = éradication,

Simple ou simpliste diront beaucoup. Mais pourtant, dans l’absolu en ayant la possibilité de tester toutes les personnes porteuses du VIH, et en les traitants, on pourrait arriver à ce qu’il n’y ait plus de transmission, or plus de transmission voudrait dire ERADICATION.

Pourquoi dans la vraie vie n’y arrivons nous pas ?

Déficit de dépistages :

  • trop de personnes ne pensent pas avoir été en contact avec le virus.
  • Trop de lois sont discriminantes pour des personnes qui sont justement les plus en capacité de rentrer en contact avec ce virus (Homosexuels, Bisexuels, Transsexuel(le)s, Travailleurs(euses) du sexe, usagers de drogues, détenus…)
  • Trop de tabous et d’images négatives entourent encore non seulement le virus lui-même mais aussi les personnes séropositives.

Déficit de traitements :

  • Le manque d’implication financière des états, en particulier là où l’épidémie est la plus forte est un frein à la mise sous traitement de tous ceux qui devraient l’être.
  • Le manque d’implication politique et financière de certains  pays riches ou émergeants1Sur la période 2002 à 2015, 54 gouvernements donateurs ont promis de donner 28,8 milliards de dollars US et versé 24 milliards de dollars..

Déficit en implication politique :

  • Depuis l’arrivée des trithérapies, peu à peu,  dans un monde où la pathologie à été reprise par le pouvoir médical, la militance et donc la visibilité a disparu de la circulation. La rage et la créativité ont laissé place aux querelles inter-associatives qui bien sûr confortent les pouvoir publics dans l’idée que finalement si on a du temps à passer sur des bisbilles stériles c’est qu’il n’y a plus véritablement d’urgences.
  • L’alibi de la crise a été aussi utilisé pour réduire les subventions ce qui ne permet plus une prévention, une prise en charge et un accompagnement adaptés et efficaces (5). 

Alors comment faire ?

Il faudrait pouvoir disposer d’une multitude d’outils différents pour contourner tous les freins décrits plus haut.

Il faudrait pouvoir entendre les messages des scientifiques sans les accommoder à sa sauce en fonction de telle ou telle opinion, ou en fonction de son propre parcours, ou de sa vie, ou en fonction de son vécu, en fonction de ses échecs ou de ses réussites.

On devrait pouvoir donner un éventail le plus large possible de moyens pour :

  • Rester négatifs
  • Si  on ne connait pas son statut, se dépister
  • Si on est positif, pouvoir se traiter et ne pas contaminer

Alors bien sur on peut dire, crier, hurler, prier, se rouler parterre avec un seul mot PRESERVATIF, et oui le préservatif est utile, efficace pour effectivement éviter bons nombres de situations à risques. Mais une fois qu’on a entendu une personne disant (que ce soit pour de bonnes ou mauvaises raisons peu importe) qu’elle ne peut pas (ou ne veut pas) utiliser un préservatif… on fait quoi ? On rétablit la peine de mort ? On le passe à la gégène ? Et bien on essaie de l’amener vers d’autres pratiques ou d’autres outils pour réduire jusqu’à qu’à éliminer des risques potentiels de contamination.

Parmi ces outils, il ya désormais le traitement pré-exposition (PreEP)….. et c’est pour cela qu’il doit être reconnu et utilisé (par ceux qui le souhaitent) en France.

Alors faire un sondage sur : «vous êtes pour ou contre la PreEP ? » c’est un peu comme si on demandait « vous êtes pour ou contre la voiture ? », la voiture est extrêmement décriée, polluante, chère…. Mais nous tous, à un moment donné, nous en avons (et en l’absence de rapide moyen substitutif) en auront encore besoin.

 
ut venenatis, ut felis et, id mi, commodo in