Tabac — Révision de la directive sur le tabac dans l’Union européenne: réduction du risque refusée aux fumeurs !

Alors que la Commission européenne vient de publier une proposition de révision de la directive sur le tabac, on ne peut que constater, une fois de plus, que l’on refuse aux fumeurs la possibilité de réduire leurs risques s’ils n’arrivent pas à s’arrêter de fumer. Selon cette proposition, l’interdiction de vente du snus1Poudre de tabac humide, parfois conditionnée sous forme de sachet (photo), placée derrière la lèvre supérieure et conservée pendant quelques minutes à quelques heures. Un million de Suédois l’utilisent. Le snus est aussi addictif que le tabac. N’étant pas inhalé, il n’expose pas au cancer du poumon (le produit du tabac le moins dangereux, mais interdit de vente en Europe, sauf en Suède) serait maintenue, et une proposition de réglementation excessive de la cigarette électronique risque de la faire disparaître, alors qu’elle se profilait comme une alternative crédible par rapport à la cigarette.

Cet article a été publié dans le Swaps n°69. Il rend compte du premier colloque commun Cnam/AIDES/vih.org organisé le 29 novembre 2012 au Conservatoire National des Arts et Métiers.à Paris.

Bien qu’étant une étude de l’industrie du tabac suédoise (Swedishmatch), l’enquête de Rutqvist (2012) vient s’ajouter à de nombreuses autres pour montrer que le snus a été utilisé en Suèdepar de nombreux ex-fumeurs (22% des hommes et 5% des femmes) pour arrêter de fumer (à comparer avec 14% des hommes et 26% des femmes ayant utilisé une aide comportementale et/ou pharmacologique ; les autres, 68% des hommes et 78% des femmes, ayant arrêté sans aucune aide [certains utilisant plusieurs aides, le total est supérieur à 100 %]). De plus, parmi ceux ayant utilisé le snus lors de leur dernière tentative d’arrêt, 81% des hommes et 72% des femmes déclarent être abstinents, contre 50 à 60% de ceux ayant utilisé l’aide à l’arrêt comportementale et/ou pharmacologique.

L’éditorial de Gartner et al. (2012) est principalement axé sur la situation en Australie, mais pose cependant une question importante. En Australie, la vente de tabac non fumé de type « snus » est interdite, mais l’importation pour la consommation personnelle est possible. En revanche, la vente de cartouches et de e-liquide pour les cigarettes électronique est interdite, car la nicotine est considérée comme un poison. Mais, à côté de cela, les cigarettes se vendent à peu près n’importe où ! La consommation de tabac non fumé a faiblement augmenté entre 2007 et 2010 (passant de 0,5 à 0,7% de la population de 14 ans et plus), et il n’existe pas de données sur la e-cigarette dont on estime cependant la consommation très faible. Les auteurs citent en comparaison les consommations d’ecstasy (3%), de cocaïne (2,1%), de méthamphétamine (2,5%) et de cannabis (10,3%). Compte tenu de l’évolution du contrôle du tabac en Australie au cours de ces 10 dernières années, les auteurs estiment que le risque de voir une explosion de la consommation de produits non fumés est très faible, et qu’une interdiction totale de produits à base de nicotine (sous entendu les e-cigarettes) ne peut apparaître que comme fondé sur des raisons morales plutôt que sur la santé publique.

Compte tenu de l’échec de la politique de lutte contre le tabagisme en France, mis en évidence par la Cour des comptes, ne serait-il pas temps en France de prendre la réduction du risque tabagique au sérieux?

Références

Rutqvist LE.
Population-based survey of cessation aids used by Swedish smokers.
Harm Reduct J. 2012 Dec 4;9(1):38.

Gartner CE, Hall WD, Borland R.
How should we regulate smokeless tobacco products and e-cigarettes ?
Med J Aust. 2012 Dec 10;197(11):611-2.

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