Trois quart des médecins VIH américains prêts à prescrire un traitement précoce à des fins préventives (Michael Carter, Aidsmap)

Michael Carter, Aidsmap – Il existe un large consensus parmi les médecins prescripteurs de traitements contre le VIH aux États-Unis sur le fait que les personnes sous thérapie antirétrovirale sont moins susceptibles de transmettre le VIH à leurs partenaires sexuels. Tels sont les résultats d’une étude publiée dans l’édition en ligne du Journal du Sida (JAIDS). Ceux-ci montrent que plus des trois quarts des médecins VIH sont prêts à prescrire une trithérapie à des personnes séropositives en couple avec une personne séronégative à des fins de prévention de la transmission. L’étude incluant 165 médecins prescripteurs travaillant dans des unités VIH a été menée au Bronx (New-York) et dans la ville de Washington D.C.

L’étude a été conduite entre 2010 et 2011, soit bien avant la publication des résultats de l’étude HPTN 052 durant l’été 2011. Cette dernière est venu montrer en effet que la suppression virale du VIH grâce au traitement réduit le risque de transmission de 96%. Les recommandations américaines ont par la suite été actualisées en 2012 afin d’encourager l’utilisation du traitement pour réduire le risque de transmission du VIH.

« Cette étude auprès de médecins VIH dans deux villes aux États-Unis révèle que ceux-ci croyaient en les capacités des trithérapies antirétrovirales dans la réduction du risque de transmission du VIH. Et ce avant la publication des résultats de l’étude HPTN 052 démontrant l’effet des ARV sur ce risque et avant le changement des recommandations relatives à la mise sous traitement antirétroviral des patients à risque de transmission du VIH » écrivent les auteurs.

L’étude fut conduite par des investigateurs souhaitant montrer quelle était la perception des médecins prescripteurs sur l’efficacité des thérapies antirétrovirales utilisées en prévention. Et de voir dans quelle mesure ceux-ci prescrivaient effectivement un traitement de manière précoce pour justement réduire le risque de transmission du VIH de leurs patients.

Les professionnels de santé ont été recrutés dans des centres participant à l’étude HPTN 065, dont l’objectif principal est d’évaluer la faisabilité d’une offre de dépistage étendue à l’ensemble d’une communauté, ainsi que le lien entre le soin et l’observance au traitement comme stratégie de prévention du VIH. L’étude n’inclue néanmoins pas une initiation précoce de thérapie anti-VIH à des fins préventives.

Les participants ont été invités à remplir un questionnaire sur Internet. Leur âge médian était de 46 ans, 59% étaient des femmes et les 2/3 étaient « blancs ». Les cliniciens avaient un haut niveau d’expérience avec une durée d’activité dans le soin de personnes séropositives au VIH de 13 ans. Une écrasante majorité de leurs patients (85%) prenaient déjà un traitement antirétroviral et 6% des prescripteurs de soins ont déclaré que tous leurs patients étaient sous traitement.

Dans l’ensemble, les cliniciens montraient l’intérêt en ce qui concerne les pratiques à risque pour le VIH de leurs patients. Trois quart indiquaient demander régulièrement à leur patient le statut sérologique de leurs partenaires sexuels ; 97% posaient systématiquement ou souvent la question de l’utilisation du préservatif et deux-tiers questionnaient leurs patients sur la consommation de drogue injectable.

Quasiment l’ensemble des professionnels participant à l’étude (95%) étaient totalement d’accord ou plutôt d’accord que l’initiation précoce des ARV pouvait ralentir la diffusion du VIH dans une communauté, en rendant les patients moins susceptibles de transmettre le VIH aux autres.

Les participants se sont vu interrogées sur leurs pratiques actuelles en matière de prescription. La plupart (92%) déclaraient avoir initier un traitement en regardant l’intérêt pour la santé du patient et si celui-ci était prêt à commencer une thérapie ARV.

Une faible proportion des professionnels (15%) ont indiqué recommander l’initiation d’un traitement quelque soit le niveau de CD4. La majorité (56%) déclaraient que leurs actuelles pratiques en termes de prescription étaient de suggérer au patient un traitement lorsque le niveau de CD4 est inférieur à 500 cellules/mm3. Une majorité substantielle (79%) d’entre eux ont dit être plus susceptibles de recommander l’initiation d’une thérapie anti-VIH, quelque soit le niveau de CD4, si le patient déclare avoir un comportement incluant un risque élevé de transmission du VIH. Enfin les trois quarts ont dit être prêts à proposer un traitement précoce à un patient qui a un partenaire séronégatif.

Néanmoins une proportion substantielle de professionnels ont émis des réserves sur l’utilisation précoce d’une thérapie anti-VIH. A peine moins de la moitié ont des inquiétudes relative au développement de résistances et 52% concernant le risque d’effets secondaires. Enfin moins de 30% s’inquiètent qu’une initiation précoce du traitement puisse avoir pour conséquence la transmission d’un virus résistant à leurs partenaires sexuels.

« Une tension inhérente à la prescription d’ARV à des fins de bénéfice populationnel persiste alors que le profil bénéfice-risque d’une prise de traitement sur plusieurs décennies demeure inconnu », commentent les investigateurs de l’étude. « Néanmoins de nouvelles preuves sont apportées qu’initier un traitement à un niveau élevé de CD4 peut avoir des bénéfices sur l’individu ».

Ils concluent, « nos résultats suggèrent que les professionnels médicaux continueront à peser le pour et le contre concernant l’efficacité des ARV en prévention, du fait de leur devoir de fournir des soins et des conseils bénéfiques à la santé de leurs patients sur le long terme ».

Source

Kurth AE et al.Clinical practices and attitudes regarding early antiretroviral therapy in the US. J Acquir Immune Defic Syndr, online edition. DOI: 10.1097/QAD0b013e31826a184c, 2012.

Cet article provient du site www.aidsmap.com et fait l’objet d’un accord de diffusion. Article original : « Three-quarters of clinicians in the US willing to prescribe early HIV treatment for the purpose of prevention » (lien)

Auteur : Michael Carter
Traduction : Vincent Leclercq

 

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