Grindr, une application smartphone de rencontre pourrait aider la recherche en prévention du VIH chez les gays (Michael Carter, Aidsmap)

Michael Carter, Aidsmap – Des investigateurs de Los Angeles ont publié un article dans la revue « AIDS and Behavior » affirmant que Grindr, une application pour smartphone, permettrait de recruter de manière efficace des participants gays aux études relatives à la prévention du VIH les concernant. Grindr permettrait en effet d’atteindre un public d’homosexuels masculins plus jeunes, plus instruits et ayant un nombre plus élevé de partenaires sexuels.

« Nous en sommes arrivés à la conclusion que Grindr pouvait être un outil efficace pour identifier et recruter des participant parmi les homosexuels masculins de Los Angeles les plus exposés au risque de contracter le VIH » écrivent les investigateurs.

Les smartphones permettent aux utilisateurs d’accéder à Internet de manière rapide, simple et à bas coût. Grindr est un réseau social accessible depuis une application et cible les hommes gays. Elle permet alors d’entrer en contact avec d’autres utilisateurs se trouvant à proximité grâce à un système de géolocalisation. Cette application a été développée en 2009 et fonctionne depuis tout autant sur les iPhone, les BlackBerry que sous le système d’exploitation Android.

Les investigateurs de Los Angeles voulaient vérifier si cette application leur permettait de recruter des hommes gays pour une étude sur les microbicides rectaux (gel lubrifiant contenant un produit actif contre le VIH permettant de bloquer ce dernier au niveau des muqueuses).

Une annonce a été postée à deux reprises sur Grindr en mai et en juillet de l’année 2010, redirigeant vers les détails de l’étude et une page contenant les coordonnées mails et téléphoniques pour participer.

Les investigateurs ont comparé le taux de réponses obtenu entre les personnes recrutées via Grindr et les autres trouvées grâce à des stratégies plus traditionnelles de recherche de participants (flyers, permanences hospitalières, associations communautaires).

En 2010, il y a eu un total de 46 400 utilisateurs de Grindr sur Los Angeles dont 70% se connectant tous les jours. Les investigateurs ont calculé que 32 480 utilisateurs ont potentiellement vu leur annonce. Et au total, 1389 hommes ont effectivement cliqué sur l’annonce et eu accès aux détails de l’étude. Soit un taux de 4,3% permettant au final de rapporter 137 contacts par email ou téléphone.

«Cela correspond à un taux moyen de réponse de 10% des hommes ayant cliqué sur l’annonce et approximativement 0,3% du total des utilisateurs de Grindr sur Los Angeles » soulignent les auteurs. « Nos deux campagnes d’annonce ont néanmoins demandé un minimum de préparation et d’expertise techniques avant d’être lancées».

« Au total, 105 hommes ont participé à l’étude. Leur âge moyen était 38 ans, 1/3 d’entre eux étaient identifiés comme étant d’origine caucasienne, 93% étaient anglophones et 47% sont allés à l’université.»

Les participants à cette étude ont déclaré avoir eu en moyenne une pénétration anale réceptive avec 79 partenaires différents durant leur vie sexuelle, dont 7 dans l’année qui venait de s’écouler et 2 durant les deux semaines précédant le recrutement.

Nombre des participants étaient bisexuels, puisque 30% d’entre eux déclaraient avoir eu un rapport sexuel vaginal dans les 14 jours précédant le recrutement.

Au total, 24% des participants à cette étude ont été recrutés via Grindr. Ceux recrutés par ce biais avaient davantage tendance à se rendre à la visite de contrôle préalable à l’étude puis à participer à cette dernière (24 sur 25 contre 93 sur 132, p <0,05).

Des différences démographiques notables existaient également entre les participants de l’étude ayant été recrutés par Grindr et ceux l’ayant été par d’autres méthodes plus traditionnelles. Ces premiers étaient plus susceptibles d’être âgés de 18 à 30 ans (56% contre 19%, p <  0,01) et d’avoir suivi un enseignement universitaire (68% contre 40%, p < 0,02).

Des différences dans les pratiques sexuelles à risque entre les deux groupes ont par ailleurs été observées, mais pas de manière significative.

Les hommes recrutés via Grindr déclaraient enfin une moyenne de 9 partenaires sexuels avec lesquels ils avaient eu un rapport anal durant l’année précédente contre 6 pour les autres. Ils avaient également eu moins de partenaires sexuelles femmes dans leur vie sexuelle (en moyenne, 2 contre 19).

Les investigateurs pensent que Grindr peut être un bon moyen pour recruter des hommes gays pour une étude de prévention du VIH. « Les participant étaient très motivés et dans une réelle démarche altruiste. »

Néanmoins, ils reconnaissent que davantage d’études doivent être menées, notamment pour explorer d’autres applications de réseaux sociaux alternatifs. Et ainsi tester la capacité de ces derniers à cibler des sous-groupes spécifiques au sein de la population homosexuelle de Los Angeles, afin de démontrer l’efficacité de ce type de recrutement par rapport aux stratégiques classiques.

Sources

Burrell ER et al. Use of the location-based social networking application GRINDR as a recruitment tool in rectal microbicide development research. AIDS and Behavior, online edition. DOI 10.1007/s10461-012-0277-z, 2012.

Cet article provient du site www.aidsmap.com et fait l’objet d’un accord de diffusion. Article original : « Grindr smartphone app could be a good way to recruit gay men to HIV prevention studies » (lien)

Auteur : Michael Carter
Traduction : Vincent Leclercq

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