Le meilleur du VIH en 2011 (2/4) : retour sur un an de stratégies

Suite de notre série de rétrospectives 2011. Le 2e épisode concerne les stratégies de traitement… et l’utilisation des génériques.

Cet article a été publié sur Séronet.

1. Intensification : plus ne fait pas mieux que bien
Déceptions en rafales pour les tenants de l’intensification des trithérapies, c’est-à dire le rajout d’une ou deux molécules antirétrovirales à une combinaison déjà efficace, permettant une charge virale (CV) indétectable (moins de 50 copies de VIH/ml de sang). Certains espéraient que cela permettrait de réduire la CV résiduelle, à quelques unités de copies seulement. L’année 2011 a été émaillée d’études sans résultat bénéfique. En février, une étude n’a montré ni intérêt virologique (pas de baisse de la cette charge virale résiduelle) ni immunologique (pas d’augmentation des CD4) après 12 mois d’une pentathérapie (cinq antirétroviraux, en ajoutant raltégravir et maraviroc). En juillet, une étude similaire n’a montré aucun résultat, même en scrutant de nombreux paramètres, y compris les tissus digestifs. Aucun résultat donc, si ce n’est l’accumulation d’effets indésirables… qui dans certains essais, ont occasionné un taux d’arrêt du traitement plus important.

2. Restaurer l’immunité avec maraviroc : ça ne marche pas !

De même pour l’intensification par maraviroc (Celsentri) pour augmenter le nombre de CD4 chez les personnes chez lesquelles ils ne remontent pas au-delà de 350. Dans les essais français ANRS-Marimuno et italien HSL/MVO1, le gain transitoire est d’une trentaine de CD4. Ça revient au niveau d’origine dès l’arrêt de l’intensification.

3. Bithérapies avec antiprotéases boostées

L’idée est d’éviter les toxicités à long-terme des nucléosides – base de toute trithérapie actuelle – notamment sur les graisses et sur le rein, en misant sur l’efficacité des antiprotéases. Isentress et Prezista boosté, le tout en deux prises par jour, semble possible. Cette bithérapie a été testée six mois sur 80 personnes. C’est aussi efficace qu’une trithérapie, mais l’essai a été trop court et trop petit (en termes de participants) pour voir une différence sur les graisses et les fonctions rénales. L’étude ANRS 143 / NEAT 001, sur 800 personnes, apportera plus d’éléments. Pour Celsentri (maraviroc) et Reyataz boosté, le tout en une prise par jour, l’efficacité est globalement bonne, mais quelques rebonds de CV (élévation ponctuelle de CV, ici en-dessous de 200 copies/ml). A suivre…

4. Traiter dans les six mois après l’infection ? Bof…

Déconvenue pour SPARTAC, une étude qui évaluait un traitement commencé dans les six mois suivant l’infection (Combivir + Kaletra) puis arrêté. Cette stratégie pouvait-elle retarder la mise sous traitement ultérieure ? Un traitement de 11 mois permettait de retarder la mise sous traitement (décidée en fonction du nombre de CD4) en moyenne de 15 mois… soit un bénéfice de seulement 4 mois ! Un traitement de 3 mois n’avait aucun bénéfice. Selon d’autres analyses, faites a posteriori (ce qui diminue leur valeur scientifique), le bénéfice serait plus marqué chez les personnes ayant commencé moins de 3 mois après l’infection. Leur niveau de réservoirs-VIH était d’ailleurs plus bas que celui des autres. Nul doute que les résultats de SPARTAC ont été examinés en détail par l’équipe de l’essai ANRS-OPTIPRIM. Ce dernier évalue actuellement le bénéfice d’un traitement de deux ans commencé 10 semaines après l’infection. Soit sensiblement plus tôt. Les recrutements viennent de se terminer. L’espoir est que chez 5 à 10% des personnes, ce traitement très précoce permette au système immunitaire de développer des réponses suffisamment efficaces pour un contrôle du VIH sans antirétroviraux. Résultats en 2015.

5. Iccarre : côtés ailes, ca colle, côté sous, ça coule !
Des médicaments anti-VIH pris quatre jours sur sept peuvent-ils rester efficaces chez une personne dont la réplication du virus est contrôlée depuis plusieurs mois ? C’est ce que veut tester une équipe de l’hôpital de Garches emmenée par Christian Perronne, Pierre de Truchis et l’iconoclaste Jacques Leibowitch, 70 ans. A l’origine du projet, ce dernier a, depuis 2003, invité, dans le cadre d’un suivi médical très pointu, quelques uns de ses patients, à réduire leurs prises d’antirétroviraux. Des personnes dont le  virus est contrôlé depuis plusieurs mois et dont les résultats biologiques sont sous surveillance rapprochée. De sept jours par semaine, ils passent à cinq. Puis à quatre si la charge virale reste indétectable, puis trois, voire deux, pour quelques uns, rares. Après une publication en janvier 2010 sur 48 personnes, une nouvelle à la conférence de Rome, en juillet 2011, sur 70 personnes cette fois. En début d’année, on rencontrait Jacques Leibowitch. Un an plus tard, le projet a été présenté publiquement à la journée du TRT-5. Sur Seronet, nous avons été parmi les premiers à ouvrir le débat, et nous en sommes fiers ! Problème : le projet est en « difficulté institutionnelle et financière », comme l’explique Gilles Pialoux sur VIH.org. Rien ne dit qu’il sera mené. Ce serait dommage. En attendant, Jacques Leibowitch avertit : « N’essayez pas l’intermittence seul dans votre coin. Ca se fait avec son médecin, dans certaines conditions et avec un suivi rapproché obligatoirement ». Sinon, risque de résistance !

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