Note de lecture — TasP et nouveaux outils de prévention : «Pour en finir avec le Sida»

Le dernier livre de Jacques Leibowitch revient bien sûr sur 30 ans d’épidémie et sur les derniers progrès du Treatment as Prevention (TasP), mais s’attarde particulièrement sur l’essai thérapeutique concernant les «traitements de suite intermittents en cycles effectifs courts» mené par le chercheur.

Autant l’écrire tout de go, ce livre de Jacques Leibowitch, très attendu depuis près de 2 ans, est, compte tenu de ce que l’on sait de la «grande gueule» de son auteur, plutôt un petit livre. Il fait en effet 118 pages, très aérées pour 30 ans de VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi.
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, avec des chapitres saccadés où l’on retrouve essentiellement dans les titres la gouaille épistémologique du pionnier de la lutte contre le VIH.

Deuxième élément de surprise, l’auteur s’est peu mis en scène lui-même, notamment en ce qui concerne son apport historique à la lutte contre le sidaSida Syndrome d’immunodéficience acquise. En anglais, AIDS, acquired immuno-deficiency syndrome.
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et à toutes formes d’agitations d’idées autour de cette maladie. Il fut pourtant l’un des deux pionniers, avec Willy Rozenbaum, du Groupe de Travail Français sur le sida, le GTFS.

Avec ce livre, nous sommes donc assez loin de Un virus étrange venu d’ailleurs, ouvrage que Jacques Leibowitch  publia en 1984 avec cette citation de Milan Kundera, annonciatrice des années actuelles du Sida : «Depuis que l’homme peut nommer toutes les parties de son corps, ce corps l’inquiète moins.»

Un plaidoyer plutôt courageux pour le TasPTasp «Treatement as Prevention», le traitement comme prévention. La base du Tasp a été établie en 2000 avec la publication de l’étude Quinn dans le New England Journal of Medicine, portant sur une cohorte de couples hétérosexuels sérodifférents en Ouganda, qui conclut que «la charge virale est le prédicteur majeur du risque de transmission hétérosexuel du VIH1 et que la transmission est rare chez les personnes chez lesquelles le niveau de charge virale est inférieur à 1 500 copies/mL». Cette observation a été, avec d’autres, traduite en conseil préventif par la Commission suisse du sida, le fameux «Swiss statement». En France en 2010, 86 % des personnes prises en charge ont une CV indétectable, et 94 % une CV de moins de 500 copies. Ce ne sont pas tant les personnes séropositives dépistées et traitées qui transmettent le VIH mais eux et celles qui ignorent leur statut ( entre 30 000 et 50 000 en France).
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Jacques Leibowitch, dans ce court ouvrage, balaye les différentes composantes actuelles du traitement, de la prévention, de la transmission sexuelle. Avec talent bien sûr, et une écriture sans pareille. L’auteur livre également un plaidoyer plutôt courageux et ouvert face aux «nouveaux outils de prévention» tel que le TasP (Traitement as Prevention) dans le sillage de l’avis suisse, ou la circoncision.

Si on sent bien que le texte a été édité par Claude Capelier, qui a collaboré à l’ouvrage, on retrouve néanmoins quelque unes des saillies prosaïques qui ont fait une partie de la notoriété de Jaques Leibowitch:

– à propos des groupes vulnérables: «Le cours de la pandémie dans le monde s’éloigne de certaines idées trop longtemps établie. Si nous sommes tous, ou presque, biologiquement égaux face aux risques d’attraper le sida, forcer de constater, statistique à l’appuie, certains groupes de population sont plus égaux que d’autres!»
– à propos des lypodystrophies, ce titre: «Pour qui sonne le gras sinon pour les plus gras?»
– à propos des pathologies de la restauration immune: «IRIS, l’oxymore retors» (qui renvoie à des annexes qui ne figurent pas dans l’ouvrage)
– et cette insertion rapportée à la circoncision comme outil de prévention: «Circoncision: gland dur, no, gland sec, si…».

L’auteur réclame page 42 un «grenelle pour le sexe contre le sida et son virus», proposant au passage de revisiter le fameux message de prévention publicitaire des années Michelle Barzach: «Le sida ne passera pas par moi», qui pourrait être adapté en «Sida, je ne te transmets pas»! (page 42 et page 21).

Le tout est enlevé, rapide, et paradoxalement assez clair. Pour ce qui est du titre, il faut attendre la page 116 pour comprendre qu’il fait référence à la tribune de «dame Carla Bruni-Sarkozy» parue dans Libération.

L’étude ICCARRE

Mais l’ouvrage est particulièrement dirigé et construit autour du chapitre 7, qui présente une nouvelle piste thérapeutique par «traitements de suite intermittents en cycles effectifs courts» et l’étude correspondante, baptisée ICCARRE. Un projet ambitieux, en difficulté d’installation institutionnelle et financière pour l’heure, auquel l’auteur de ces lignes a projeté  de collaborer si toutes les garanties étaient obtenues.

Cette citation résume l’essai : «Puisque si longtemps dure, car trop ne pèse…». Le volet économique d’ICCARE, qui offre de traiter 4 jours contre 7, est également intéressant. Si l’intérêt en terme d’efficacité durable et de non perte de chance pour la personne vivant avec le VIH est confirmé, cette stratégie permettra de réaliser des économies, même si le concept ne d’adressera qu’à chez certains patients, avec certaines molécules. Ce qui impliquera, par temps de crise et malgré les génériques, une écoute importante au nord et au sud.

Reste, évidemment, à l’essai ICCARE, soutenu par un certain nombre d’associations (Aides, Actif Santé, Sida info service), d’être transformable et transformé. 

> Pour en finir avec le Sida — Jacques Leibowitch, éditions PLON, 118 pages, 15 €