DOM — Le Plan vu de la Guadeloupe

Si la Guadeloupe et la Guyane sont regroupées dans l’appellation DFA (départements français d’Amérique), elles recouvrent des réalités bien différentes. La population n’est pas la même, l’histoire non plus. En Guadeloupe, l’insularité, l’esclavage, les revendications indépendantistes, la présence du tourisme de masse ont forgé des relations à la France métropolitaine qui sont autres.

Cet article fait partie du Transcriptases n°145, consacré au Plan national de lutte contre le sida français 2010-2014.

Certaines caractéristiques de l’épidémie de sida sont communes aux deux territoires (transmission hétérosexuelle majoritaire, dépistage tardif, précarité administrative des étrangers, etc.) mais les différences de contexte sont telles que les orientations des programmes de lutte contre le sida ne peuvent être les mêmes.

Les personnes ressource locales sont plus créoles en Guadeloupe qu’en Guyane (où un nombre important de personnes «clés» de la lutte contre le sida vient de métropole). L’évolution du tissu associatif y est palpable, passant d’activités caritatives à des positions plus militantes. Mais les obstacles sont bien là : la nouvelle équipe de l’Agence régionale de santé (ARS) de Guadeloupe a fait savoir aux acteurs associatifs que la lutte contre le sida n’était pas une «priorité» pour le département – contrairement à ce qui est écrit dans le Plan national ; les programmes de prévention et d’accès aux soins sont compliqués par la situation des migrants d’origine haïtienne et dominicaine et son cortège de clandestinité, de rejet et d’expulsion. Violences faites aux femmes, recours important à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), nombre de femmes chômeuses et/ou responsables de foyer monoparental : tout cela concorde vers une vulnérabilité économique et sociologique des femmes dans les rapports sociaux de sexe.

Mais si les indicateurs sanitaires départementaux ne sont pas très bons, ils ne témoignent cependant pas d’évolutions importantes constatées sur le terrain : les discours discriminants sur les personnes vivant avec le VIH, les homosexuels ou les migrants s’atténuent beaucoup, les acteurs associatifs adoptent une posture plus militante et plus indépendante qu’il y a quelques années. La vice-présidence du Corevih est assurée par le représentant d’une association de personnes concernées, les efforts de formation des professionnels et des associatifs aux enjeux de l’épidémie commencent à porter leurs fruits et les médias commencent à être sensibilisés.

Reste à mobiliser les élus locaux et les responsables des ARS pour qu’enfin, tous les efforts fournis aboutissent à une réponse à la hauteur des enjeux de l’épidémie dans le département.

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