Santé publique — Les Français et leurs médecins face à la vaccination

Une enquête comportementale menée par l’Inpes et l’InVS montre que le grand public et les médecins restent dans leur grande majorité favorables à la vaccination, mais confirme l’émergence de réticences. Ainsi qu’une mauvaise connais­sance de l’opinion de leurs patients chez les médecins…

Cet article a été publié dans Transcriptases n°142.

L’enquête Nicolle 2006 est une enquête déclarative réalisée par téléphone dont les deux échantillons, grand public et médecins, ont été constitués par tirage aléatoire: d’une part, 4112 personnes âgées de 18 à 79 ans, parlant le français et dont la résidence principale se situe sur le territoire métropolitain, représentent la population générale française; d’autre part, 2027 médecins libéraux, généralistes et pédiatres.

Ce travail avait pour objectif de mieux appréhender les connaissances et les comportements face au risque infectieux, les attentes de la population et des professionnels de santé ainsi que les freins à certaines pratiques. L’un des volants de l’enquête concernait la vaccination.

La perception de la vaccination par la population générale

Place de la vaccination dans la prévention
«Etre à jour dans ses vaccinations» arrive en sixième position (11,6%) des mesures de prévention citées pour lutter contre les maladies infectieuses, en proportion égale par les hommes et les femmes et quel que soit le niveau de revenu ou le lieu de résidence, mais en proportion croissant avec l’âge et le niveau d’études. Pour 29,6% des enquêtés, vacciner mieux et davantage est une solution pour parvenir à une maîtrise des risques infectieux.

Obligation vaccinale
56,5% des participants sont partisans d’une vaccination obligatoire, 35,4% le sont «pour certains vaccins seulement» et 7,1% ne le sont pas. Entre 18 et 24 ans et au-delà de 65 ans, près de deux personnes sur trois y sont favorables alors que, chez les 25-34 ans, une personne sur deux seulement se prononce en faveur de la vaccination obligatoire. Ce pourcentage d’opinions favorables augmente avec le niveau d’études, et les enquêtés des régions du Sud de la France sont plus réticents.

Intérêt de la vaccination
Les Français sont sensibles à l’importance de la vaccination en termes de contrôle de la propagation des maladies et perçoivent son intérêt de santé publique. Pour près de 95% des personnes interrogées, se faire vacciner est «très» ou «plutôt» important pour se protéger individuellement et pour éviter de transmettre la maladie.

Vaccination contre l’hépatite B
Une personne sur deux est globalement favorable à la vaccination des nourrissons, deux sur trois à celle des préadolescents (voir tableau 1).
Les hommes sont plus favorables (66,7%) à cette vaccination anti-VHB que les femmes (53,7%). Les parents y sont moins favorables que les personnes sans enfants. Cette opinion favorable décroît avec l’âge (83,4% chez les 18-24 ans contre 52,4% chez les 35-49 ans) et le niveau d’études.

Tableau 1. Le point de vue de la population générale

vaccination anti-VHB

nourrissons

préadolescents

tout à fait justifiée

31,4

37,8

plutôt justifiée

23,3

35,4

plutôt pas justifiée

22,0

13,7

pas du tout justifiée

14,6

7,2

ne se prononce pas

8,7

5,9

La vaccination du point de vue du médecin

Place de la vaccination dans la prévention
«Etre à jour dans ses vaccinations» arrive en quatrième position (10,4% des généralistes et 11,3% des pédiatres) des mesures de prévention conseillées à leurs patients pour lutter contre les maladies infectieuses.

Obligation vaccinale
42,2% des généralistes et 42,4% des pédiatres approuvent l’obligation vaccinale. 35,2% des pédiatres contre 48,8% des généralistes la préféreraient restreinte à certains vaccins. Seuls 18,3% des médecins généralistes et 19% des pédiatres pensent que leurs patients sont en faveur de l’obligation vaccinale (en réalité, 56,5% d’après cette enquête).

Intérêt de la vaccination
Plus de 95% des médecins reconnaissent l’importance de l’immunité de groupe conférée par la vaccination, mais un peu plus de la moitié d’entre eux estiment que cette importance n’est pas perçue par leurs patients (en réalité, 94,9% d’après cette enquête).

Vaccination contre l’hépatite B
Deux tiers des pédiatres pensent que la vaccination anti-VHB des nourrissons est «tout à fait» justifiée versus un tiers des médecins généralistes. Huit pédiatres sur dix versus cinq généralistes sur dix le pensent pour la vaccination des préadolescents (voir tableau 2).

Tableau 2. Le point de vue des médecins

 

généralistes

pédiatres

généralistes

pédiatres

Vaccination anti-VHB

nourrissons

préadolescents

tout à fait justifiée

32,6

63,5

52,6

83,1

plutôt justifiée

25,3

18,3

32,3

13,5

plutôt pas justifiée

26,2

12,0

9,6

2,5

pas du tout justifiée

14,6

6,0

4,2

0,7

ne se prononce pas

1,3

0,2

1,3

1,1

En conclusion, population générale et médecins restent dans leur très grande majorité favorables à la vaccination, mais l’enquête confirme l’émergence de réticences. La demande d’une plus grande implication personnelle dans le processus de décision vaccinale se dessine. La prise en compte de cette évolution et une meilleure connaissance de l’opinion de leurs patients devraient être encouragées chez les médecins.

Référence

Vaccination : perception et attitude, Nicolay N, Lévy-Bruhl D, Fonteneau L, Jauffret-Roustide M, in Enquête Nicolle 2006 : connaissances, attitudes et comportements face au risque infectieux, Sous la direction de Gautier A, Jauffret-Roustide M, Jestin C, Editions Inpes, collection Etudes santé, 2008, p. 85-101

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