États-Unis — PEPFAR : la seule lumière d’une sombre présidence

À l’heure du bilan, la présidence de George W. Bush n’a rien de positif à mettre en avant, si ce n’est un sujet sur lequel on ne l’attendait pas : la lutte contre le sida. Avec le PEPFAR, les États-Unis vont consacrer 48 milliards de dollars dans les 5 prochaines années à combattre l’épidémie.

Ce sera l’un des paradoxes de l’histoire de la lutte contre le sida et un pied de nez nord-américain à l’actualité : le relatif bilan positif de l’administration Bush en termes d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (connue sous l’acronyme de PEPFAR) est relativement passé sous silence. Le pire, c’est que la faute n’en incombe pas à l’Obamania ambiante mais à un Airbus A320 posé par un pilote américain de génie dans les eaux glacées de l’Hudson le jour au George Bush faisait son bilan de départ dans un record sans précédent d’impopularité aux Etats-Unis!1On retiendra quand même cette assertion : « Le Bien et le Mal sont présents en ce monde et entre les deux, il ne peut pas y avoir de compromis » Pourtant – et sans faire insulte aux 146 passagers du vol US Airways n °1549 -, le bilan du PEPFAR méritait plus d’ampleur. Et sans doute un vrai débat.

Lancé en 2003 par le président Bush sous l’appellation particulièrement singulière et personnalisée de US Président’s Emergency Plan For Aids Relief (sic), ce programme américain multilatéral a dépassé en 2008 les objectifs fixés sur ses cinq premières années. A savoir financer le traitement de 2 millions de personnes infectées par le VIH et apporter des soins à 10 millions d’autres personnes touchées par le virus dans le monde, y compris – image emblématique de la « victime innocente » expiatoire des péchés du monde – les « orphelins et d’autres enfants en situation vulnérable ».

Une véritable manne

Comme le rappelle clairement le rapport annuel du PEPFAR [en] présenté au Congrès avant la fin de l’ère Bush, ce plan de lutte contre le sida constitue le plus important effort à grande échelle consacré à la lutte contre cette maladie dans les pays en développement, avec une donation initiale de 15 milliards de dollars sur les cinq premières années et un financement qui a atteint en cumulé 18,8 milliards de dollars ! Qui plus est, l’administration Bush a promulgué en 2008 une loi qui prévoit l’affectation de près de 48 milliards de dollars sur les cinq ans à venir à la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme via le Fonds mondial du même nom. Une manne qui constitue bien sûr la plus grosse contribution au Fonds. A titre de comparaison, le Fonds, principale source de financement des programmes de lutte contre le SIDA jusqu’à présent, représentait 11,4 milliards de dollars US de financements approuvés en 2008.

Le tout pour offrir un traitement antirétroviral à au moins 3 millions de personnes supplémentaires dans les pays en développement et promouvoir des politiques de prévention devant empêcher 12 millions de nouveaux cas de contamination… tout en finançant la formation de 140 000 nouveaux soignants et autres agents de santé (Selon le site du Département d’État états-unien [en]).

Quinze pays aidés

Il suffit de feuilleter le rapport du PEPFAR tel que déposé au Congrès pour se convaincre de la puissance d’un tel programme ; mais aussi de ses bonnes intentions. On y voit en effet pêle-mêle Laura Bush converser avec des « victimes innocentes » en Haïti, des dignitaires Namibiens au garde à vous, le président Bush lui-même, bien sûr, à la signature ou en affichage de remerciements dans des campagnes publicitaires en Afrique anglophone, etc.

Cette aide considérable a été centralisée sur 15 pays : le Botswana, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Guyana, Haïti, le Kenya, le Mozambique, la Namibie, le Nigeria, le Rwanda, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, l’Ouganda, la Zambie et le Vietnam.

Outre George Bush, l’une des plus dithyrambiques sur le bilan PEPFAR est Condoleezza Rice, l’ex-secrétaire d’Etat de l’administration Bush qui, lors d’une conférence de presse organisée le 12 janvier à l’occasion de l’apparition dudit rapport, affirmait que « rien n’occupera une position aussi importante dans les cœurs et les esprits des peuples du monde entier et dans notre propre conscience que le travail et les réalisations du PEPFAR ».

Un programme idéologique

Reste qu’un certain nombre d’éditoriaux du New York Times récemment compilés par le journal Le Monde ont une analyse autre que quantitative du programme PEPFAR. Nicholas Kristof y dénonce en effet « un programme qui semble avoir été écrit plus pour gagner des votes aux Etats-Unis que pour sauver des vies en Afrique »… Accusation particulièrement sévère liée au fait que l’administration Bush a exigé qu’un tiers des fonds attribués à la prévention soient réservés à encourager l’abstinence sexuelle avant le mariage dont les méta-analyses démontrent purement et simplement l’inefficacité en termes de prévention du VIH ; et ce sans compter la pression faite par le PEPFAR sur le Consortium pour la santé reproductive des réfugiés sous prétexte qu’un de ses membres était lié au programme de limitation des naissances en Chine ! Une pression qui avait aussi conduit à fermer deux cliniques et à licencier 80 médecins et infirmières au Kenya dans le cadre de cette restriction jugée par beaucoup comme une pression morale ultraconservatrice. Une situation suffisamment grave pour que l’intéressée chinoise, Sue Hornick, affirme que « la mort de 9400 mères et de 150000 enfants aurait pu être empêchée si Washington n’avait pas coupé son aide au fonds des Nations unies pour la population au nom de sa Global Gag Rule ».

On l’a compris, si le plan Bush – qu’avait aussi voté Obama – en matière de lutte contre le sida est indiscutable sur le plan quantitatif, il reste aussi un modèle exemplaire de l’impact du moralisme politique sur les attitudes et sur les campagnes de prévention et de soins en matière de VIH dans les pays en développement.  

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